MONOT Paul, Mathurin

Par Gilles Pichavant

Né le 1er juin 1921 à Brest (Finistère), fusillé par condamnation le 17 septembre 1943 au Mont-Valérien, commune de Suresnes (Seine, Hauts-de-Seine) ; électricien à l’Arsenal de Brest ; syndicaliste CGT ; résistant de l’Organisation spéciale de combat (OS) et des FTPF.

Paul Monot adhéra au Parti communiste français en 1938, à dix-sept ans. Mobilisé en 1939, et démobilisé en fin 1940, il reprit aussitôt le contact avec le Parti communiste. Il diffusa alors les tracts clandestins du PCF, des Jeunesses communistes (JC), puis du Front national à sa création. Il fit des inscriptions sur les murs, et fut aussi collecteur du Secours populaire clandestin.
D’après Eugène Kerbaul, au début de 1941, il commença de premiers sabotages, avec son groupe communiste dirigé par Pierre Corre. On pense qu’il faisait partie du premier groupe Organisation spéciale (OS) du PCF, qui organisa en mars 1941 une embuscade, au cours de laquelle plusieurs militaires allemands furent tués et leurs corps dénudés, immergés en rade.
Paul Monot participa à la préparation et au déroulement de grèves organisées à l’Arsenal de Brest par le PCF clandestin en octobre et décembre 1941, dont l’un des aspects était la protestation contre les exécutions des otages de Chateaubriand et des condamnés du groupe Élie par les Allemands.
Il prit part à des actions de sabotage de sous-stations électriques à l’Arsenal de Brest le 27 mars 1942. De même il pratiqua des sabotages destinés à marquer, le 14 juillet 1942, la fête nationale dont la célébration avait été interdite par les autorités allemandes avec l’accord de Pétain.
Parmi les attentats attribués avec certitude à Paul Monot, citons celui à la dynamite contre le Gasthaus de la rue Jean-Jaurès, lieu de rendez-vous et de débauche pour les officiers allemands, qui fut perpétré avec Lucien Argouarc’h et quelques autres Francs-tireurs et partisans français (FTPF). Autre attentat, celui de la « Maison de Hitler » située au bas de la rue Jean-Jaurès, appelée comme telle par les Brestois parce qu’il s’y trouvait en permanence dans la vitrine des portraits des principaux dirigeants du IIIe Reich. Passé aux FTP dès leur création fin avril 1942, il participa à plusieurs de leurs actions, y compris à des missions de sabotage et coups de main, à Lorient et dans divers secteurs du Morbihan. Il fabriquait des bombes chez lui.
Le 1er octobre 1942, Paul Monot fut arrêté à Brest par des policiers français du Service de police anticommuniste (SPAC) et abominablement torturé. Le 11 novembre 1942, il fit une tentative d’évasion qui échoua en raison de l’intervention d’un policier français. En représailles, du 13 novembre 1942 au 28 janvier 1943, Paul Monot et ses camarades de cellule, dans le château de Brest, eurent les fers aux mains et aux pieds. Il fut transféré à Rennes le 28 janvier 1943, où il fut à nouveau torturé, mais il supporta ces supplices avec un courage admirable. Il fut transféré à la prison de Fresnes le 28 juillet, jugé le 28 août 1943 par le tribunal allemand du Gross Paris, 11 rue Boissy-d’Anglas à Paris, et condamné à mort pour sabotages et actes de franc-tireur.
Il a été fusillé le 17 septembre 1943 au Mont-Valérien, en même temps que dix-huit autres résistants communistes brestois. Il fut inhumé au cimetière d’Ivry-sur-Seine (Seine, Val-de-Marne).
Il reçut la mention « Mort pour la France » attribuée par le ministère des Anciens Combattants en date du 16 juin 1949 et fut cité à l’ordre du régiment no 419, Rennes, 30 août 1946, comportant Croix de guerre avec étoile de bronze.

Fresnes, le 17 septembre 1943
Chers Grand-mère, oncle, tante et cousine !
Je vous envoie un mot pour vous donner une bien triste nouvelle : il est près de 11h et on vient de me prévenir que mon recours en grâce a été rejeté et que je serai fusillé cette après-midi à 16h. Mais je saurai mourir en vrai Français.
Je demande pardon à Grand-mère et à vous tous car je n’ai pas toujours été chic et je ne savais pas ce que je faisais. Mais depuis le temps que je suis ramassé j’ai eu le temps de réfléchir à tout cela et de me mordre les doigts bien des fois.
N’oubliez pas surtout les policiers français et il faut qu’ils payent ce qu’ils ont fait, car je les déteste bien plus que l’occupant et ceux-là oui sont les vrais traîtres à la patrie.
Pour moi, je suis (difficile à lire), je pars et c’est la loi, je trouve cela régulier. Il y en a qui meurent dans leur lit, d’autres au champ d’honneur, moi je meurs au poteau. Qu’est-ce que vous voulez, c’est la destinée, je ne suis pas jaloux de ceux qui restent et comme il y a déjà des monceaux de cadavres avant moi, j’espère que je serai dans les derniers à payer de la vie la joie de voir enfin la victoire qui approche à grand pas.
L’unité communiste réalisée pour un monde sans guerre. Car n’oubliez jamais que vous n’aurez cela qu’avec un régime où tous les prolétaires seront unis.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article168232, notice MONOT Paul, Mathurin par Gilles Pichavant, version mise en ligne le 6 décembre 2014, dernière modification le 7 juin 2022.

Par Gilles Pichavant

Paul Monot
Paul Monot

SOURCES :DAVCC, Caen (Notes Thomas Pouty). – Fichier des fusillés, FNDIRP du Finistère Nord à Brest. – Eugène Kerbaul, 1918-1945, 1640 militants du Finistère, Presses de l’imprimerie commerciale de Rennes, 1988. – Eugène Kerbaul, Chronique d’une section communiste de province, Brest, janvier 1935 - janvier 1943, Presses de l’imprimerie commerciale de Rennes, 1992. – Site Mémoire des Hommes. — Notes de Jean-Pierre Ravery.

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