RETROUVEY Gaston, Jean

Par Michel Thébault

Né le 20 novembre 1924 à Belfort (Territoire-de-Belfort), fusillé le 26 septembre 1943 après condamnation à mort à la citadelle de Besançon (Doubs) ; ouvrier agricole ou employé ; résistant au sein des FTPF.

Célibataire, Gaston Retrouvey résidait à Boussières (Doubs), où il exerçait la profession d’ouvrier agricole (d’autres sources le présentent comme employé à la papeterie de Torpes (Doubs), commune limitrophe de Boussières). Il avait reçu une convocation pour le STO. Il s’engagea, sous le nom de Narcisse, dans la Résistance en mars 1943, au sein du groupe Guy Môquet des Francs-tireurs et partisans français (FTPF) auquel participait déjà son beau-frère, Georges Rothamer. Ce groupe, fondé et dirigé par Marcel Simon, était constitué de jeunes hommes de Larnod (Doubs) et de ses environs, en banlieue de Besançon. Créé dès l’été 1940, longtemps autonome, il s’était rattaché en février 1943 aux FTPF et prit le nom de « Guy Môquet », en l’honneur du jeune lycéen fusillé par l’occupant allemand le 22 octobre 1941 au camp de Châteaubriant (Loire-Inférieure, Loire-Atlantique). Le groupe a été à l’origine de nombreux coups de main contre l’occupant (trente et un attentats répertoriés dans l’acte d’accusation lors du procès de Besançon).
Gaston Retrouvey fut arrêté le 2 juillet 1943 à Boussières par la Sipo-SD. Incarcéré à la prison de la Butte à Besançon sous les motifs d’« aide à l’ennemi et attentats terroristes », il fut jugé par le tribunal militaire allemand de Besançon (FK 560), avec vingt-deux camarades FTPF, dans un procès organisé à la prison de la Butte du 15 au 18 septembre 1943.
Il fut condamné à mort avec quinze de ses camarades (sept peines de travaux forcés furent également prononcées). Le 26 septembre 1943 à 5 h 40, quatre camions montèrent les seize résistants à la citadelle de Besançon. Ils chantèrent « La Marseillaise ».
Ils ont été fusillés par groupes de quatre, de 7 h 36 à 8 h 24. Gaston Retrouvey a été fusillé à 7 h 36.
Son nom figure à ce titre sur le monument commémoratif « Aux Martyrs de la Résistance » établi dans la citadelle.

Dernières lettres
 
à Monsieur Félix RETROUVEY, à Boussières.
 
Le 26 septembre 43.
 
Chers parents,
Je suis heureux de pouvoir vous donner de mes nouvelles qui sont bonnes, et je vous recommande de ne pas vous en faire à mon sujet, même si le plus grave arrive comme je m’en doute. C’est peut-être la dernière ; c’est vers six heures que j’apprends que je vais être exécuté, mais ne vous en faites pas. Priez toujours pour moi, comme j’ai prié pour vous.
Dites au revoir à tous les parents et amis de Dieu.
 
Gaston.
 
Chers Parents,
 
Je vous envoie cette seconde lettre pour vous dire comme par la première de ne pas vous en faire. Papa, travaille toujours, mais ne te fais mourir. Fais dire une messe pour moi et pour Georges, et pour tous les jeunes de Boussières. Pour le moment, je suis avec quatre camarades, et nous sommes tous joyeux, et nous mangeons tous avec plaisir. Je vous embrasse bien fort. Ne vous en faites pas pour moi, j’ai mon âme à Dieu.
 
Gaston.
 
Chers Parents,
Cette lettre est sûrement la dernière et ne vous en faites pas. Donnez le bonjour à tous et à Monsieur le Curé, et veuillez lui dire de prier pour nous ; et surtout continuez votre vie comme si j’étais avec vous car je serai toujours avec vous. Nous avons été joyeux même devant la mort. Je pense à tous, à René qui est loin de se douter de ce qui va m’arriver  ; je pense à Belfort. Je mets mon âme à Dieu. Adieu.
Gaston.
Le bonjour à tous les amis de Belfort, et je les embrasse bien fort,
Adieu à tous. Bons baisers.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article168373, notice RETROUVEY Gaston, Jean par Michel Thébault, version mise en ligne le 10 décembre 2014, dernière modification le 14 janvier 2022.

Par Michel Thébault

SOURCES : AVCC, Caen (Notes Thomas Pouty). – La Résistance dans le Doubs, DVDrom, AERI. — Raymond Tourrain, L’Histoire du groupe Guy Mocquet, Amicale du groupe Guy Mocquet, imprimerie A. Eblé, Besançon, 1974. — Fanny Monin, Les fusillés dans le département du Doubs de 1941, à 1944, Mémoire de master 1, Université de Franche-Comté, 2009.

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