MARTY Louis

Par Jean Darracq

Né le 5 novembre 1913 à Avernes (Seine et Oise,Val d’ Oise), exécuté sommairement le 27 juin 1944 au carrefour de Vaugeton (Celle-l’Evescault, Vienne) ; métallurgiste, ajusteur-régleur ; militant communiste et syndicaliste à la CGT ; résistant, membre des FTPF.

Fils de Louis-Antoine Marty (né en 1873), boulanger à Dourdan et de Eugènie-Angèle-Félicité-Clémentine Coquillat (née en 1874), ils habitaient jusqu’en 1937 à Arpajon et s’installèrent ensuite rue de l’Abbé Groult dans le XVe arrondissement de Paris. Louis Marty s’était marié le 30 septembre 1933 avec Fernande-Louise Navarre, née à Arpajon, ouvrière en chaussures avec laquelle il eût trois enfants Jean en 1934, Micheline en 1935 et Claude en 1937. Il se sépara de son épouse et divorça officiellement en 1942. Il se remaria le 28 décembre 1943 alors qu’il était en prison aux Tourelles avec Berthe-Charlotte Dabit et habita 1 rue de l’amiral Roussin dans le XVe arrondissement. À l’époque de son premier mariage, il travaillait comme serrurier dans une entreprise métallurgique d’ Arpajon. Ensuite, à Paris, il était ajusteur-régleur à la société Thomson 200 rue de Lourmel à Paris XVe. Il avait adhéré au Parti communiste et à la Confédération générale du travail (CGT) avant la guerre et participé aux actions politiques et syndicales de cette époque à Arpajon avec Louis Namy, conseiller général et Sénateur communiste après la guerre et dans le XVe arrondissement de Paris .Après la dissolution du Parti communiste en 1939 il continua ses activités militantes communistes. Il participa activement à la propagande patriotique sous toutes ses formes. Il devint en 1941 responsable du secteur 22 du Parti communiste à Paris. Il rejoignit les rangs du Front national dès sa formation en mai 1941 et se consacra à la propagande patriotique sous toutes ses formes (distribution de tracts, de journaux appelant à la lutte contre l’occupant, etc.).

Il fut arrêté sur dénonciation, avec plusieurs résistants, rue de la Convention, le 23 février 1943 par la première brigade de Gendarmerie Mobile de Réserve et incarcéré à la Santé. Le 30 juin 1943 il était transféré aux Tourelles et le 6 janvier 1944 au camp de Rouillé. Il était condamné à un an de prison et 1200f d’amende par la Section Spéciale de la Cour d’appel de Paris 8 juillet malgré ses dénégations concernant son appartenance au Parti communiste et les résultats négatifs de la perquisition à son domicile. Il a cherché à s’évader de Rouillé sans succès jusqu’au 15 mai 1944 où il s’évada de l’Hôtel Dieu de Poitiers où il s’était fait transférer le 20 ou 21 mars pour une maladie imaginaire des yeux grâce à la complicité du docteur Cheminée médecin du camp de Rouillé. Il s’évada le 15 mai 1944 avec 6 autres détenus hospitalisés : Louis Marcovitch (Lieutenant Ftp « Marco »), Robert Poirier, Paul Thomoux* (également massacré plus tard à Vaugeton), Marcel Berthier, Stephan Gayat et Gabriel Fougère. Louis Marty avait fabriqué une clé pour ouvrir la porte du local où ils étaient enfermés et ils avaient organisé une beuverie à l’intention des gardiens qu’ils neutralisèrent. Il prit la tête des évadés et se foula la cheville en sautant du mur d’enceinte de l’hôpital. Leur objectif était de regagner la région de Rouillé à une trentaine de kilomètres.

Après leur évasion, les évadés furent cachés près de Poitiers dans la ferme de M Jarry à Beaulieu jusqu’à ce qu’il trouvèrent une liaison sur Rouillé. Ils bénéficièrent sans doute d’un transport en camion organisé par Louis Namy qu’il connaissait à Arpajon avant-guerre et faisait partie de la direction clandestine des FTP des régions Poitou-Vendée-Basse Bretagne. Blessé, il était caché et soigné dans la ferme de Marcelle Bonnifet et de son mari au village de la Litière au nord-ouest de la forêt de Saint Sauvant. Dans la nuit du 10 ou 12 juin selon les sources, le Comité de la résistance de Rouillé mis en place fin 1943 fit libérer les prisonniers politiques du camp de Rouillé et emporta les armes des GMR. Une quarantaine de prisonniers, en majorité des Républicains espagnols libérés préfèrent malgré le choix des responsables de les disperser dans les fermes alentours comme les maquis FTP de Rouillé, Saint Sauvant, Sanxay entrèrent directement dans la lutte armée malgré le manque d’armes mais avec la prévision d’un parachutage le 20 juin. Ils furent installés avec d’autres maquis de la région dans le bois des Cartes à proximité de Rouillé. Après leur libération, les policiers du SAP, les miliciens et les polices allemandes se lancèrent à leur poursuite. Le 14 juin après un accrochage sanglant avec les troupes allemandes ils avaient quitté le bois des Cartes et s’étaient réfugiés dans la forêt de Saint-Sauvant juste avant une attaque des Allemands qui ont brûlé le bois. Malgré l’ordre de ne pas décrocher avant le parachutage d’armes, les responsables du maquis avaient décidé l’évacuation le 26 juin et laissé un détachement sur place pour récupérer les armes. Le 27 juin, des éléments du 80e corps d’armée de la Wehrmacht du général Von Gallenkampf qui avait des blindés et la « section rapide 608 » chargée du maintien de la sécurité des communications et de l’encadrement des colonnes de représailles contre les maquis encerclaient la forêt de Saint Sauvant avec une force estimée à 2 000 hommes, guidés par les miliciens et le SD. La bataille commencée à 7 heures du matin fut terminée à 9 heures et le ratissage de la forêt se poursuivit jusqu’à 16h 30.

Les corps des 5 maquisards tués furent transportés au PC des forces allemandes au carrefour de Vaugeton ainsi que 25 maquisards prisonniers, groupe dont faisait partie Louis Marty qui avait rejoint le maquis. Les allemands avaient aussi récupéré dans cette opération sept des leurs, prisonniers du maquis qui n’avaient subi aucune représailles . Cela ne les a pas empêché de torturer les prisonniers et de les achever à coups de rafales de mitrailleuses. L’officier commandant l’opération a convoqué le maire de Celle l’ Evescault pour enlever les morts. Celui-ci les a évacués et avec l’aide des maires des communes environnantes. Treize corps son inhumés à Celle-l’Evescault, neuf à Saint-Sauvant et neuf à Lusignan. A l’exhumation et l’identification des corps, le 30 juin 1945, Louis Marty est identifié à Lusignan par Louis Markovitch évadé avec lui de l’hôpital de Poitiers, caché dans une ferme, arrêté le 27 juin ainsi que 7 autres patriotes tous déportés. Revenu de déportation il avait reconnu le corps par sa culotte militaire et ses leggins qu’il lui avait prêtées.

Louis Marty fut enterré au cimetière de Lusignan puis dans la nécropole nationale de Sainte Anne d’Auray (Morbihan), tombe 384, carré 2, rang 2.

Il a été déclaré « Mort pour la France » à titre militaire le 29 mai 1945 et le titre d’Interné-résistant lui a été attribué à titre posthume.

Son nom figure sur plusieurs plaques commémoratives : à Arpajon, Vaugeton, au syndicat CGT de la métallurgie parisienne, Il figure aussi par erreur sur la plaque des fusillés de Biard (Vienne)

Son fils Claude Marty né en 1937 est la figure emblématique de « l’affaire Speidel » en 1957-1958. Le colonel Hans Speidel, chef d’Etat Major du général Von Stülpnagel commandant en chef de l’armée allemande en 1940-41 puis général chef d’ Etat major du Feld-maréchal Rommel, commandant du groupe d’Armée B sur le front ouest en 1944 avait été nommé commandant des forces terrestres du secteur Centre Europe de l’Otan. Pendant la guerre en France, il participa à la mise en place de la ligne de démarcation et des sections spéciales en juillet-août 1941 qui ont jugé de nombreux résistants pendant toute la guerre et à la répression nazie en France. Claude Marty qui a signé une lettre comme environ 140 fils de Résistants et Déportés au président René Coty lui précisant qu’il ne ferait pas son service militaire sous « les ordres de Speidel, assassin de nos pères » est le premier appelé au service militaire. Il fut emprisonné le 15 mars 1957 à la prison de Fresnes. Douze autres fils de martyrs le rejoignirent à Fresnes en 1957 et début 1958. Dix autres furent emprisonnés, 6 au Maroc, 3 à Metz, 1 à Bordeaux. De nombreuses associations de résistants et déportés, des témoignages individuels, des représentants d’associations de solidarité comme le Secours Populaire, de syndicats comme la Confédération générale du travail, l’Union de la Jeunesse communiste, d’éminents représentants de la société civile interviennent pour sa libération et contre la présence du Général Speidel à l’ Etat major de l’Otan. Au terme de l’instruction et avant de le déferer devant la justice militaire et tenant compte des nombreux appuis en France et à l’étranger (Allemagne, Angleterre, Danemark...) le gouvernement céda. Jacques Chaban Delmas Ministre de la défense nationale et des forces armées envoya une lettre en avril 1958 à Daniel Mayer président de la Ligue des droits de l’Homme où il reconnaissait la justesse du combat des signataires de la lettre au Président Coty. Il leur proposa de faire leur service militaire Outre mer hors du commandement de l’Otan. Claude fit son service militaire au Tchad. Sans être objecteurs de conscience,, cette reconnaissance d’une « clause de conscience collective » précéda le statut de l’objection de conscience de 1963.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article168641, notice MARTY Louis par Jean Darracq , version mise en ligne le 19 décembre 2014, dernière modification le 8 février 2022.

Par Jean Darracq

Dans la nécropole nationale</br> de Sainte-Anne-d'Auray
Dans la nécropole nationale
de Sainte-Anne-d’Auray
SOURCE :
Photos Jean-Pierre et Jocelyne Husson

SOURCES :SHD, Vincennes, RG 16 P 400303. — Archives de Mme Micheline Entine, fille de Louis Marty. — Jean Bélingard Comra, Louis Marty (1913-1944) Vie et mort d’un résistant Arpajonnais. — "Le massacre du maquis de la forêt de Saint-Sauvant (86)" Jacques Papineau, Revue sur l’histoire et le patrimoine de Saint Sauvant, n° 14. - Jean Claude Faipeur, Crime de Fidélité ou Speidel, l’affront fait à la France (1957-1958), en réédition Le Terrier 24150 Cause de Clérans — Archives de « l’affaire Speidel » Musée de la Résistance Nationale de Champigny. — Notes de Émeric Tellier. — Notes et photographies de Jean-Pierre et Jocelyne Husson.

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