ROSELL BARRACHINA Vicente [écrit aussi ROSELL Vincent]

Par Annie Pennetier, Michel Thébault

Né le 18 avril 1919 à Valence (Espagne), exécuté sommairement le 27 juin 1944 à Vaugeton, commune de Celle-Lévescault (Vienne) ; Espagnol ; membre du Parti communiste d’Espagne clandestin ; résistant FTPF.

Vicente Rossel Barrachina
Vicente Rossel Barrachina
Carlos Fernandez, op. cit.

Fils de Léopold Rosel et de Maria Barrachina, Vicente Rosel Barrachina exerçait le métier de peintre en bâtiment ; il était membre du syndicat UGT. Il s’engagea dans le 10e Corps, service de l’intendance de l’Armée républicaine espagnole au moment de la guerre civile.

Dans le cadre de La Retirada, il entra en France le 11 février 1939 par Port-Bou et Cerbère (Pyrénées-Orientales), fut interné au camp de Saint-Cyprien (Pyrénées-Orientales) où il resta un mois puis déplacé dans le camp du Barcarès (Pyrénées-Orientales). En octobre 1939, il rejoignit la région de Poitiers (Vienne), car il avait été affecté à la 97e CTE, Compagnie de Travailleurs Étrangers dirigée à partir de Mine-Auxances. De nouveau interné au camp d’Argelès en février 1940, il fut incorporé, le mois suivant, dans la 114e CTE près d’Évreux (Eure) que la débâcle et l’arrivée des troupes allemandes désorganisa. Il profita de cette situation pour rejoindre Paris où il travailla comme ouvrier peintre jusqu’en septembre 1940 puis occupa un emploi dans les travaux publics à Dreux (Eure-et-Loir) jusqu’à la fin mars 1942. Vicente Rosel partit pour la Loire-Inférieure, à La Baule où l’entreprise Le Guillou l’employa comme manœuvre certainement dans la construction des fortifications de la côte atlantique, en effet, environ mille six cents Espagnols travaillaient sur les chantiers de l’organisation Todt. Grâce à des documents saisis sur des responsables départementaux du Parti communiste d’ Espagne clandestin, en juin 1942, la police connaissait l’effectif de 900 sympathisants et militants communistes espagnols en Loire-Inférieure. (rapport mensuel du préfet). À partir du 27 juin, les arrestations se multiplièrent dans la région nantaise. Avec ses camarades résistants espagnols, Vicente Rosel Barrachina fut arrêté le 11 juillet 1942 et le SPAC (Service de police anticommuniste) l’identifia dans une cellule portant le n° 9 composée de 4 membres de l"État major de l’Armée républicaine en réserve" située à La Baule (Francisco Fernandez Cararro, Acuna Lopez Manuel, Urbiztondo Barber Thomas) .
La répression en Loire-Inférieure fut l’œuvre de plusieurs services de police : Renseignements Généraux,Police Judiciaire d’Angers et de Rennes, SPAC de Paris, Sûreté et Police locale. Le tout sous le contrôle d’Ernst, SS Kommandeur d’Angers. il faut ajouter, sur le plan national, la police franquiste et les services de renseignement de la Phalange Extérieure, représentés par le Commissaire Pedro Urraca Renduelles également agent de haut niveau de la Gestapo.

Transféré à la prison de la Santé, Vicente Rosel Barrachina fut jugé et acquitté par la Section spéciale de la Cour d’Appel de Paris le 11 décembre 1942.Une centaine de résistants espagnols connurent le jugement de cette juridiction pendant la première quinzaine de ce mois de décembre . Les acquittements et les peines relativement légères s’expliquent par le contexte international défavorable aux armées allemandes (Stalingrad, la capitulation de l’Italie, débarquement en Corse). Mais, bien qu’acquitté, comme ses camarades « jugés susceptibles de constituer dans l’avenir un élément de désordre pour l’ordre intérieur de pays », Vicente Rosel Barrachina fut interné à la prison des Tourelles à Paris, puis transféré au camp de Rouillé le 6 mai 1944. Ce camp ouvert en septembre 1941, sous la dénomination de « centre de séjour surveillé » regroupait avant sa libération 379 internés, pour l’essentiel des « politiques », communistes, républicains espagnols et des « indésirables » étrangers, arméniens, russes, italiens… Les 11 et 12 juin 1944, un maquis FTPF parvint à libérer le camp d’internement De Rouillé. Après la libération du camp, un groupe d’internés d’origine étrangère pour la plupart (dont une vingtaine de républicains espagnols) décida de rejoindre les rangs de la Résistance. Ils formèrent un maquis FTP sous les ordres de Marcel Papineau, alias « capitaine Bernard ». Le maquis s’établit d’abord dans le bois des Cartes sur la commune de Rouillé, puis après un accrochage sérieux le 14 juin sur la place de Rouillé avec les troupes allemandes circulant sur la route nationale Poitiers – Niort, dans la forêt de Saint Sauvant.

Le 27 juin 1944, les Allemands, renforcés par des miliciens français, encerclèrent le maquis de Saint-Sauvant. Au cours d’un dur combat, plusieurs maquisards furent tués, les autres capturés et exécutés à Vaugeton, commune de Celle-Lévescault (31 victimes au total) dont Vicente Rosell Barrachina. A l’issue des opérations militaires, l’officier allemand commandant les troupes convoqua le maire de Celle-Lévescault pour lui ordonner d’enterrer les morts. Le maire fit alors appel aux maires des communes voisines de Lusignan et Saint Sauvant pour se répartir les 31 corps. Vincent Rosell fut inhumé à Lusignan avec huit autres camarades sans qu’un acte de décès soit dressé. Ce n’est que le 30 juin 1945 que les corps furent exhumés et identifiés et que leurs actes de décès furent inscrits à l’état civil de Lusignan. Son corps fut transféré dans la nécropole nationale de Sainte-Anne-d’Auray (Morbihan).

Il a obtenu la mention « Mort pour la France ». Son nom est inscrit sur la stèle commémorative de Vaugeton.

Parmi eux se trouvaient neuf Espagnols qui s’étaient évadés de Rouillé : Luis Gomez Castaño, Juan Hernandez Rodriguez, Antonio Serra Clariani, Honorio Perez Gonzalès, Ricardo Rojas Gil, Santiago Marruedo Fraile, Rafael Massa Andreu, Angel Sanchez Garcia et Vicente Rosel Barrachina.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article168644, notice ROSELL BARRACHINA Vicente [écrit aussi ROSELL Vincent] par Annie Pennetier, Michel Thébault, version mise en ligne le 19 décembre 2014, dernière modification le 20 février 2022.

Par Annie Pennetier, Michel Thébault

Vicente Rossel Barrachina
Vicente Rossel Barrachina
Carlos Fernandez, op. cit.
Dans la nécropole nationale</br> de Sainte-Anne-d'Auray
Dans la nécropole nationale
de Sainte-Anne-d’Auray
SOURCE :
Photos Jean-Pierre et Jocelyne Husson

SOURCES : Carlos Fernandez, De la guerre d’Espagne...à la Résistance, Comité départemental 44 du Souvenir des fusillés de Châteaubriant et Nantes et de la Résistance en Loire Inférieure, Amicale de Châteaubriant, Voves-Rouillé, Nantes, 2010 .— Sites internet. — Liste des exécutés établie par Guy Dribault, président de l’Association pour la mémoire de la Résistance, de l’Internement et de la Déportation en pays Mélusin. — Notes et photographies de Jean-Pierre et Jocelyne Husson — État civil, Lusignan registre des décès 1945 acte n° 24.

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