LAUTMAN Albert

Par Marie-Thérèse Grangé

Né le 8 février 1908 à Paris (IXe arr.), exécuté sommairement le 1er août 1944 au camp de Souge, commune de Martignas-sur-Jalle (Gironde) ; normalien, agrégé de philosophie, docteur es-lettres, enseignant ; résistant, membre de l’Armée secrète.

Albert Lautman (1908-1944)
Albert Lautman (1908-1944)
Archives mémorial François Verdier, Toulouse.

Son père Samy Lautman, originaire de Braïla (Roumanie), de confession israélite, fut diplômé de l’Université de Vienne puis de la Faculté de médecine de Paris en 1897. Médecin, il s’engagea volontairement dans la Légion étrangère en 1914, fut mutilé de guerre (cécité à 90%), puis naturalisé le 2 mars 1920 et fait chevalier de la Légion d’honneur en décembre 1932. Il était marié à Claire Lajeunesse, leurs enfants devinrent pupilles de la Nation.
Albert Lautman, après une scolarité à Nice ( (Alpes-Maritimes) où son père était en convalescence, fut élève de khâgne au lycée Condorcet (Paris, IXe arr.) puis entra à l’École normale supérieure de la rue d’Ulm (Paris, Ve arr.) en 1926 et milita aux Étudiants socialistes. Élève brillant, il fréquenta les mathématiciens du groupe Bourbaki et soutint une thèse de doctorat en 1938, intitulée Essai sur les notions de structure et d’existence en mathématiques, sa thèse complémentaire portant sur L’unité des sciences mathématiques dans leur développement actuel.

Au début des années 1930, Albert Lautman avait effectué plusieurs voyages, à Berlin et à Vienne. Durant ses années d’études, il avait épousé Suzanne Perreau-Detrie en septembre 1931 devenue agrégée de philosophie. Après son service militaire, il vécut deux ans au Japon ou il enseigna à Osaka (1931-1932). Il prit un poste à Vesoul en 1933-1934. Revenu à Paris en 1934-1936, il bénéficia d’une bourse de la Caisse nationale des recherches.Il enseigna au lycée Marceau de Chartres de 1936 à 1939.
Proche des idées socialistes, sensibilisé au pacifisme, il suivit néanmoins la préparation militaire pour officiers en 1938, car la montée du nazisme et le contexte international l’inquiétaient.

Mobilisé au début de la Seconde Guerre, Albert Lautman se révéla un officier précieux et devint capitaine d’une batterie de Défense antiaérienne, au sein de laquelle il se distingua notamment en abattant sept avions de l’Axe lors de la débâcle de juin 1940. Fait prisonnier à la frontière belge, près de Dunkerque, il fut envoyé à l’Oflag IV D en Saxe, dont il s’évada le 14 octobre 1941, avec quinze autres détenus, par un tunnel creusé au fil de leurs mois de détention. Il y avait dans cet Oflag près de 500 enseignants dont des écrivains comme Julien Gracq et Patrice de la Tou du Pin et il y eut un activité intellectuelle constante. Démobilisé à Clermont-Ferrand,le 28 octobre suivant, il gagna la zone libre, s’installa à Toulouse (Haute-Garonne) où enseignait son épouse, sans pouvoir lui-même reprendre un poste en raison des lois antisémites. Il rejoignit l’Armée secrète (AS). Il s’occupa entre autres de l’évasion et de l’escorte vers l’Espagne d’aviateurs américains, anglais et canadiens, avec le réseau Pat O’Leary (Voir Ponzán Vidal Francisco), ainsi que le réseau Françoise, et devint un des responsables du secteur I de l’AS (Grenade). Il fut l’adjoint d’Albert Carovis. Son pseudonyme était Langeais.

Son frère Jules, résistant, avait été arrêté et interné à la prison Saint-Michel de Toulouse. Le 15 mai 1944, tandis qu’il s’y rendait pour lui porter des provisions, Albert Lautman fut arrêté suite à une dénonciation. Emprisonné dans la même prison jusqu’au 3 juillet suivant, Albert Lautman fut ensuite acheminé dans un train en direction de l’Allemagne, pour déportation. Ce train, qui devait rester célèbre sous le nom de « Train fantôme » (il mit deux mois pour arriver à destination et fut maintes fois attaqué), revint à Bordeaux (Gironde) le 5 juillet après avoir été bombardé à Angoulême (Charente). Là, les prisonniers y restèrent trois jours entier avant d’être conduits dans une synagogue où il restèrent presque un mois. Le 31 juillet, l’un des militaires allemands chargés de l’escorte du train vint lire aux prisonniers une liste de dix noms, parmi lesquels celui d’Albert Lautman. Les dix appelés furent sommés de préparer leurs affaires et de le suivre. Conduits au fort du Hâ, les dix prisonniers furent ensuite acheminés au camp de Souge, où ils furent fusillés le 1er août par les autorités allemandes.

Albert Lautman a été décoré, à titre posthume, de la Croix de guerre avec palmes, de la Médaille de la Résistance, de la Medal of Freedom, et de la British Medal Order et a reçu la mention « Mort pour la France », attribuée sur avis du secrétariat général aux Anciens combattents et victimes de guerre en date du 8 mai 1945. Son nom a été cité à l’ordre de la division et à celui de l’armée. Après la Libération, la première rue de Toulouse rebaptisée a pris le nom d’Albert-Lautman. Son nom figure sur le monument aux morts de Toulouse, sur le mémorial des fusillés de Souge, à Martignas-sur-Jalle (Gironde), ainsi que sur la plaque commémorative des écrivains morts pendant la Seconde Guerre mondiale, au Panthéon (Paris, Ve arr.). Après la guerre, un survivant du train fantôme, Francesco Nitti, écrivit d’Albert Lautman : « Il me frappa par la dignité de son attitude et la profondeur sérieuse de ses réflexions. »
Voir Camp de Souge (1940-1944)
Son nom est inscrit sur le monument aux Morts des élèves et professeurs du lycée Marceau de Chartres sous la forme de Lautmann Paul sans qu’on comprenne cette erreur de prénom.
Il fut homologué FFC pour la période du 1er janvier 1943 au 15 mai 1944, grade de sous-lieutenant, ainsi que FFI pour la même période comme commandant.
La citation à l’ordre de la division date du 10/11/1945. Elle semble liée à une proposition de ses chefs au sein du 404e RA de DCA, mais il se plaint lui-même en mars 1943 que la décoration ne vient pas du fait que certains de ses chefs ont prisonniers.
La proposition de citation à l’ordre de l’Armée est signée du général commandant régional des FFI de Toulouse est marquée "posthume". Elle date du 29/11/1945.
Son dossier de décès indique "Croix de guerre" sans autre précision.
Il est Chevalier de la Légion d’honneur à titre posthume par décret du 07/05/1946 sur proposition du commandant régional des FFI de Toulouse

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article169028, notice LAUTMAN Albert par Marie-Thérèse Grangé, version mise en ligne le 20 janvier 2015, dernière modification le 4 février 2020.

Par Marie-Thérèse Grangé

Albert Lautman (1908-1944)
Albert Lautman (1908-1944)
Archives mémorial François Verdier, Toulouse.
Plaques en français et en occitan (2019). Le patronyme est orthographié de façon erronée ("Lautmann" au lieu de "Lautman").
Cliché : André Balent, 6 août 2019. ">Toulouse (Haute-Garonne), plaques de la rue Albert
Toulouse (Haute-Garonne), plaques de la rue Albert "Lautmamn"
Plaques en français et en occitan (2019). Le patronyme est orthographié de façon erronée ("Lautmann" au lieu de "Lautman").
Cliché : André Balent, 6 août 2019.

ŒUVRES : Considérations sur la logique mathématique (1934). — Mathématiques et réalité (1935). — De la Réalité inhérente aux théories mathématiques (1937). — Essai sur l’unité des sciences mathématiques dans leur développement actuel (1937). — Essai sur les notions de structure et d’existence en mathématique (1937). — Nouvelles recherches sur la structure dialectique des mathématiques (1939). — Symétrie et dissymétrie en mathématiques et en physique : le problème du temps (1946) avec en introduction une notice biographique établie par sa femme Suzanne Lautman.

SOURCES : : SHD Vincennes, 16 P 343456 et GR 8Ye 5586. SHD/AVCC Caen, GR 21 P 247385 ( sa date de décès est, dans ces trois dossiers, indiquée au 29/07/1944, car c’est la date portée sur son acte de décès établi par le maire de Martignas-sur-Jalle le 30/08/1944. La mairie continue de délivrer des copies ou extrait portant 29/07/1944. Mme Lautman écrit encore en 1947 que son mari a été fusillé le 29/07/1944. Les travaux historiques relatifs au camp de Souge ont permis de fixer au 01/08/1944 la date de son exécution. — Comité du souvenir des fusillés de Souge, Les 256 de Souge, op. cit. — Michel Goubet et Paul Debauges, Histoire de la Résistance en Haute-Garonne,, Milan, 1986. — Jean-François Sirinelli, Génération intellectuelle/Kahagneux et Normaliens dans l’entre-deux-guerres, PUF, Paris, 1994. — Annuaire des anciens élèves de l’École normale supérieure. — Francesco Nitti, Chevaux 8 Hommes 70, Le train fantôme, 3 juillet 1944, Mare Nostrum, éditions, Perpignan, 2004. — Mémorial GenWeb. — Biographies et bibliographies disponibles sur divers sites Internet. — Note d’André Balent et Julien Lucchini,.— État civil.
Christophe Mandelkern, "Albert Lautman (1908-1944), philosophe et martyr de la Résistance", Bull. Association des anciens élèves des lycées de Chartres, 2018-2019, p. 22-36. — Le fils Jacques Lautman, né en 1934, professeur émérite de sociologie Aix-Marseille, fut directeur adjoint de l’ENS Ulm de 1993 à 1996. Un colloque "Albert Lautman" sera organisé à l’ENS de la rue d’Ulm les 19 et 20 mars 2020 à l’ENS Paris.

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