BLINEAU Charles

Par Julien Cahon, Gilles Morin

Né le 10 janvier 1929 à Couéron (Loire-Atlantique) ; agent immobilier puis ouvrier ; militant JAC puis socialiste PSU, syndicaliste CGT ; responsable fédéral de la JAC en Loire-Atlantique (1947), secrétaire fédéral PSU de la Somme (1964-1972) puis membre du bureau fédéral, chargé du secteur entreprises (jusqu’en 1985) puis du bulletin fédéral (jusqu’en 1988), membre de la commission nationale des comptes du PSU ; conseiller municipal de Poulainville (1965-1971 et 1983-1988).

Charles Blineau
Charles Blineau
Le courrier picard, 21 juin 1968

Né dans une famille catholique pratiquante, fils de modestes agriculteurs, Charles Blineau était l’aîné de huit enfants. Il a dû travailler dès l’âge de neuf ans pour aider ses parents sur l’exploitation agricole de dix hectares, avant d’aller à l’école, le matin, et après, le soir, pour la traite des vaches. Scolarisé dans le privé, Charles Blineau quitta l’école à treize ans après avoir échoué au certificat d’études, mais prit ensuite des cours agricoles par correspondance. Exempté de service militaire, il quitta sa région natale pour entrer au centre de formation technique et pédagogique de Geresmes, à Crépy-en-Valois (Oise), alors que ses parents venaient d’acquérir une plus grande ferme. Appartenant à la promotion 1950-1951, il effectua un stage pratique dans une ferme herbagère en Normandie, puis quand la formation technique et générale prit fin, on lui proposa un poste de moniteur stagiaire à la maison familiale de Villers-Bocage, qu’il accepta pour six mois. En formation pédagogique pendant trois mois à Pontcharra-sur-Turdine (Rhône), il revint comme directeur à la maison familiale de Villers-Bocage de 1952 à 1955. Désavoué par son conseil d’administration, il quitta ce travail pour devenir négociateur en immobilier à partir de 1956. Agent immobilier, co-directeur de l’agence Blijac à Amiens (transactions immobilières et commercial), Charles Blineau résidait à Poulainville, commune de la périphérie amiénoise où habitaient également ses parents, Charles Blineau et Angèle Moriceau.

Militant des mouvements catholiques (il est devenu responsable fédéral de la JAC à dix-huit ans, en Loire-Atlantique), il adhéra au PSU en 1961, dès sa constitution dans la Somme – le premier congrès fédéral du parti, programmé en décembre 1960 ayant du être repoussé – et devint secrétaire fédéral de ce parti le 30 août 1964. Sur le plan syndical, Charles Blineau militait à la CGT.

Candidat aux cantonales de mars 1964 dans le canton de Villers-Bocage, il ne recueillit que 121 voix au premier tour (sur 3032 exprimés). En septième et dernière position au premier tour, il se désista pour le candidat communiste au second tour.

Conseiller municipal de Poulainville (Somme) élu en 1965 sur une liste d’union de la gauche, Charles Blineau était secrétaire fédéral PSU en 1965-1966 et au moins jusqu’en 1972. En 1975, Jacques Désidéri était premier secrétaire fédéral tandis que Charles Blineau figurait au bureau fédéral du parti. Membre de la commission nationale des comptes en 1965 et 1967, il a été candidat du PSU aux législatives de juin 1968 dans la 4e circonscription (Abbeville) : il recueillit 848 voix sur 47461 exprimés, le candidat UDR (Dezoteux) devançant de plus de 4500 voix Max Lejeune (FGDS, 16911 voix), et le communiste Guy Rocques* (8185 voix).
En 1967 et 1969, il représenta la fédération de la Somme aux Ve et VIe congrès nationaux du PSU de Paris (maison des métallurgistes) et de Dijon. Le 11 décembre 1970, lors d’un meeting PSU à Amiens, il figurait à la tribune avec Michel Rocard*, André Barjonet*, Guy Bourguelle* et Bernard Delemotte*. Cette même année, il était membre de la commission nationale de contrôle financier du parti.

« Gagné par la côte mauvaise presse des agences immobilières en même temps qu’approch[ait] la montée du mouvement de mai 68 », Charles Blineau s’est « culpabilisé », et abandonna l’immobilier, « poussé par sa conscience ». La préoccupation de Charles Blineau fut alors de travailler en usine. En janvier 1970, il entra à la SAB (société des régleurs de freins) comme ouvrier grenailleur, « pour mettre en pratique les mots d’ordre du PSU, pouvoir ouvrier, pouvoir paysan, pouvoir étudiant ». En octobre 1970, il fut à l’origine d’un mouvement de grève de 18 jours au sein de cette usine, installée sur la zone industrielle d’Amiens depuis 1967 et qui n’avait jamais connu un mouvement de grève. Charles Blineau avait été licencié et, à l’appel de la CGT, 61 ouvriers sur 70, puis la totalité, cessèrent le travail par solidarité. En marge de ce conflit, une distribution de tracts pour « souten[ir] la grève exemplaire de la SAB » et des collectes en faveur des grévistes furent organisées par le Secours rouge, organisation dans laquelle Charles Blineau militait et dont le responsable local était Francis Déprez. Charles Blineau ne fut pas réintégré.

Délégué régional du PSU au congrès national de Lille des 26-27-28 juin 1971, il était alors stagiaire au centre de formation professionnelle des adultes d’Amiens (il suivait alors une formation d’ajusteur-mécanicien). En janvier 1972, « évitant la zone industrielle », il retrouva un travail à Daours (Somme), à la SARIR (fabricant de roues de brouettes) qu’il quitta suite à une menace de licenciement (selon le témoignage de Charles Blineau, il avait « osé parler aux travailleurs immigrés logés dans un grenier insalubre »). En août 1972, il fut embauché chez Cosserat, usine amiénoise, fleuron de l’industrie textile, qui comptait 700 ouvriers. A cette époque, Charles Blineau figurait parmi les membres du Secours rouge et du MPDL (Mouvement pour la paix, le désarmement et la liberté). Au sein de l’usine Cosserat, il devint rapidement secrétaire du comité d’entreprise. En décembre 1976, il fut le meneur d’un mouvement de grève pour l’obtention d’une prime pour les ouvriers (treizième mois) qui fit grand bruit au sein du groupe industriel Agache-Willot, et à Amiens. Après une grève de 21 jours, les travailleurs ont repris le travail sur une victoire ; la direction avait signé l’accord.

Battu aux élections municipales de 1977 à Poulainville, il fut élu en 1983 en compagnie d’un autre militant PSU, Jacques Darras, qui avait été le suppléant de Jacqueline Maitte* aux élections législatives de 1978, sous l’étiquette « Front autogestionnaire ». Licencié et mis en pré-retraite en 1985 suite à l’éclatement du groupe Boussac-Saint frères, et la vente de l’usine Cosserat à un négociant en tissus, il s’occupa pendant trois ans de l’impression du bulletin fédéral du PSU, puis s’investit au sein du mouvement Arc-en-ciel. Durant cette période de quinze années (1970-1985) au sein de l’usine Cosserat, il milita moins activement au PSU, l’organisation du travail « en équipe (5 heures – 13 heures ou 13 heures – 21 heures), l’ayant éloigné de l’activité quotidienne du parti ». Toujours membre du bureau fédéral du parti, il avait en charge, à cette époque, le secteur entreprises.

En 1988, sa fille unique ayant obtenu sa mutation à Challans (Vendée), il décida de quitter la Somme avec sa compagne, rencontrée au début des années cinquante, pour rejoindre sa région natale et retrouver sa famille, qu’il avait quittée en janvier 1951. De retour en Vendée, Charles Blineau n’adhéra à aucun parti, mais son « souci des autres, des laissés pour compte par la société [l’] a poussé vers d’autres engagements » : il s’investit dans l’animation d’un comité de chômeurs, puis dans la création d’une association intermédiaire et de chantiers d’insertion, ainsi que dans la défense des sans papiers.

En 2010, Charles Blineau résidait toujours à Challans. Agé de quatre-vingt-deux ans, il avait milité vingt-sept ans dans les rangs du Parti socialiste unifié. Il soutenait l’association Handicap international.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article16918, notice BLINEAU Charles par Julien Cahon, Gilles Morin, version mise en ligne le 11 août 2010, dernière modification le 11 août 2010.

Par Julien Cahon, Gilles Morin

Charles Blineau
Charles Blineau
Le courrier picard, 21 juin 1968

ICONOGRAPHIE  : Arrêt de travail des ouvriers de l’usine Cosserat, le 28 mai 1982. Un plan de restructuration venait d’être annoncé. Debout sur une chaise, Charles Blineau, responsable CGT, prenait la parole et improvisait un meeting devant les portes de l’entreprise. [Sources : Le courrier picard, 29 mai 1982 et papiers personnels de Charles Blineau.]

SOURCES : Tribune socialiste, 27 mars 1965, 18 juin 1966, 29 juin 1967, 22 octobre 1970 (Michel Camouis, « Amiens : un licenciement qui fait du bruit », page 14). — Le courrier picard, 1960-1972 — Arch. Dép. Somme, série W. — Arch. OURS, dossiers Somme. — Archives personnelles de Bruno Poucet. — Papiers personnels de Charles Blineau. — Correspondance de Charles Blineau avec Julien Cahon, 9 mai 2010, 6 août 2010.

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