BLOCH-LAINÉ François

Par Thibault Tellier

Né le 25 mars 1912 à Paris, mort le 25 février 2002 à Paris ; haut fonctionnaire ; militant associatif (éducation populaire, logement, tourisme social)

Par ses origines familiales, François Bloch-Lainé appartenait à la bourgeoisie parisienne. Du côté de son père, banquier de son état, il était issu d’une famille lorraine d’origine juive qui rejoignit la France après la défaite de 1870 et l’annexion de la Lorraine par l’Allemagne. Parmi ses ascendants directs, on relève un polytechnicien, un saint-cyrien et un inspecteur des Finances qui fut président de la Cour des comptes. Après avoir été élève au lycée Jeanson de Sailly, François Bloch-Lainé entama des études de droit et de sciences politiques. Docteur en droit et diplômé de l’École libre des sciences politiques, il s’orienta très vite vers la haute fonction publique.
Dans son essai d’autobiographie, il se présente comme « un bourgeois, judéo-chrétien (les deux), qui penche plutôt à gauche ». Ses influences philosophiques sont à rechercher du côté d’Emmanuel Mounier et de ses idées « personnalistes et communautaires ». Lui-même ne fit jamais mystère de son engagement catholique. Ce qui le définit également, c’est l’originalité de son parcours de haut fonctionnaire qui chercha toujours à croiser son service de l’État avec ses convictions militantes, celles liées à l’éducation populaire avant tout. Lui-même se définit toujours avant tout comme un militant en faveur des associations. Au début des années 1930, il appartint au mouvement des Scouts de France ainsi qu’aux Équipes sociales de Robert Garric comme formateur. Quelques années avant le Front populaire, il emmena régulièrement des jeunes de la banlieue parisienne à la mer ou à la montagne.
Originalité encore du personnage, il consacra en 1935 sa thèse de doctorat en droit à l’emploi des loisirs ouvriers et à l’éducation populaire. La même année, il devint inspecteur des Finances. Quand la guerre éclata, il fut mobilisé dans l’infanterie et échappa de peu à la captivité. Sous l’Occupation, demi-juif et non exclu, il accomplit à la direction du Trésor des travaux pour la modernisation de la comptabilité publique. Il devint résistant aux côtés du délégué clandestin de la France libre en zone occupée, Alexandre Parodi et coordonna les opérations de financement de la Résistance. François Bloch-Lainé ne participa pas à l’aventure de l’École d’Uriage contrairement à certains de ses amis tels que Hubert Beuve-Méry, Paul Delouvrier ou encore Joffre Dumazedier.
À la Libération, il fut membre du cabinet du ministre des Finances René Pleven puis sous-directeur du Trésor. Après avoir été conseiller financier du haut-commissaire en Indochine et envoyé en poste à Washington auprès du Fonds monétaire international (FMI), il prit la direction du cabinet de Robert Schuman aux Finances en juin 1946. Ce dernier le nomma en juin 1947 directeur du Trésor. Fin 1952, il devint directeur de la Caisse des Dépôts et Consignations et de la Banque européenne d’investissements. Il y resta quatorze ans. C’est au cours de ce mandat que, sous son impulsion personnelle, s’organisa l’accueil des familles dans les nouvelles cités ainsi que les organismes liés à l’hébergement des jeunes travailleurs et des personnes âgées. La Société centrale immobilière de la Caisse des dépôts (SCIC) mit également en place les conseils de résidents dont le but était de favoriser la prise de responsabilité par les locataires eux-mêmes de leur cadre de vie dans certaines de ses structures, en particulier celles à visée associative comme les centres sociaux. Les locataires y avaient aussi un pouvoir de représentation envers les dirigeants du groupe. Réfléchissant sur l’expérience de Sarcelles, il écrivit que « la technocratie des promoteurs est infirme sans la démocratie des habitants ».
C’est également François Bloch-Lainé qui inspira à la Caisse des dépôts et consignations la création et le développement du tourisme social, en particulier par la fondation des premiers villages de vacances VVF (village, vacances, famille). Il s’agissait, notamment, de croiser la problématique du loisir avec celle plus large de l’aménagement du territoire. En 1963, il fut d’ailleurs nommé vice-président de la commission nationale de l’aménagement du territoire et l’année suivante, président de la commission de l’équipement urbain, constituée en vue de l’établissement du Ve Plan. Pendant plusieurs années, il fut aussi membre du Conseil supérieur du Plan.
En 1967, à la demande du premier ministre Georges Pompidou, il accepta de prendre, sans enthousiasme confia-t-il plus tard, la présidence du Crédit Lyonnais dont la santé financière est des plus fragiles. La même année, toujours à la demande du chef du gouvernement, il rédigea un rapport sur « le problème général de l’inadaptation des personnes handicapées ». Il s’agissait pour lui d’étudier l’ensemble des mesures juridiques, administratives, économiques et sociales permettant d’apporter une solution au problème général de l’inadaptation, surtout, du point de vue de l’insertion des personnes souffrant d’un handicap dans la vie économique et professionnelle. L’originalité principale de ce rapport consistait à s’interroger sur les droits des personnes handicapées et, réciproquement, sur les devoirs de la société à leur égard. Ce qui nécessitait, selon François Bloch-Lainé, la mise en œuvre de nouveaux mécanismes de solidarité de la part des pouvoirs publics. En cela, certaines propositions émises dans ce rapport inspirèrent les auteurs de la loi de 1975 sur le handicap.
La présidence de la deuxième banque française de dépôts ne l’éloigna pas de ses engagements associatifs. Par ailleurs, en 1967, il devint également président du comité financier de l’ORTF, marquant ainsi son intérêt pour ce nouveau moyen de communication. À partir des années 1970, il s’engagea en faveur de la recherche médicale, notamment à l’Institut Pasteur. Il fut en outre membre du comité de direction de la Croix-Rouge française.
Redevenu inspecteur des Finances en 1974 après son départ du Crédit lyonnais, il fonda, en compagnie de Jacques Delors et de Philippe Viannay, l’animateur d’« Échange et projets », l’Association pour le développement des associations de progrès (ADAP). D’existence volontairement éphémère, la structure laissa rapidement la place à la Fondation pour le développement de la vie associative (FONDA) dirigée alors par Frédéric Pascal, par ailleurs président de la SCIC (Société central immobilaire de la caisse des dépôts et consignation). Selon François Bloch-Lainé lui-même, il s’agissait de favoriser dans la population des élans plus « autogestionnaires », notamment pour résoudre des questions aussi délicates que les relations au sein des associations entre des experts professionnels, de plus en plus nombreux dans le domaine social, et des militants bénévoles ou bien encore pour savoir comment aborder la question de l’évaluation par les pouvoirs publics du rôle de ces associations dans le respect de leur autonomie.
Pour François Bloch-Lainé, alors président de l’Union nationale interfédérale des œuvres et organismes privés sanitaires et sociaux (UNIOPSS), organisme chargé de fédérer les intervenants du secteur privé dans les domaines de la santé et de l’action sociale et qu’il présida durant dix ans, le développement associatif fut vital pour la France. L’une de ses ambitions était alors de bâtir un partenariat efficace entre experts professionnels et militants bénévoles. C’est pour cela qu’il créa, en 1989, avec dix-huit associations et fondations, le Comité dit de la Charte. Chargé de porter un regard extérieur sur le fonctionnement d’organisations à caractère social et humanitaire grâce à un comité de surveillance, il s’assura que les associations et fondations membres du Comité « disent ce qu’elles font et font ce qu’elles disent ». Dans un ouvrage paru à la veille du centenaire de la loi sur les associations, qui entendait dresser un bilan du monde associatif et de ses évolutions, François Bloch-Lainé rappela ce qu’il qualifiait de « spécificités méritoires » concernant ces associations. Elles ont, de ce point de vue, « une fonction d’avant-garde », servant de « réfection du tissu social », notamment en direction des personnes les plus démunies. Il s’agissait ni plus ni moins de proposer la mise en place d’une véritable démocratie participative, autre manière selon lui, à côté de la démocratie représentative, de « faire société ». Une fois encore, son propos apparaissait extrêmement prospectif et anticipant des mutations à venir.
Menant toujours parallèlement ses engagements associatifs et son statut de haut fonctionnaire, il fut l’auteur, à la demande du gouvernement Mauroy, d’un rapport sur l’état de la France en 1981. Il présida également entre 1983-1985 l’établissement public chargé de la construction de l’Opéra Bastille. Jusqu’à la fin de sa vie, il garda cette liberté de ton et cette clairvoyance qui le caractérisaient. Ainsi, dans un ouvrage au titre quelque peu provocateur, Faut-il supprimer l’ENA, Bloch-Lainé rappelle dans sa préface son attachement à cette institution mais avoue que son succès lui fait peur ou du moins certains effets de sa triomphante réussite : « L’école qui délivre un tel passeport fait accéder au pouvoir et à la fortune. Sur des parcours où le service de l’État semble compter de moins en moins dans les intentions des voyageurs. »
François Bloch-Lainé fut assurément ce que l’on appelle un grand commis de l’État. Ce qui le caractérise également, c’est son engagement militant jamais démenti en faveur du monde associatif, et plus spécialement celui œuvrant dans le domaine social. Dans chacun de ses mandats, il sut apporter son expertise technique ainsi que ses convictions personnelles, ce qui lui vaut sans aucun doute de figurer dans ce Dictionnaire.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article16933, notice BLOCH-LAINÉ François par Thibault Tellier, version mise en ligne le 20 octobre 2008, dernière modification le 13 septembre 2016.

Par Thibault Tellier

SOURCES : Notes de Thibault Tellier. — Collectif, François Bloch-Lainé, financier, citoyen, Paris, Comité pour l’histoire économique et financière de la France, 2005, 272 p.

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