REUSSNER André, Georges

Par Jean-Sébastien Chorin

Né le 10 novembre 1925 à Genève (Suisse), fusillé le 4 août 1944 au fort de la Duchère (Lyon, Rhône) ; naturalisé français ; étudiant en médecine ; résistant au sein des Jeunes des Mouvements unis de la Résistance (MUR) à Lyon.

André Reussner était le fils de Georges Reussner, ingénieur, et de Madeleine Vuilles. Il demeurait avec sa famille à Megève (Haute-Savoie). Né en Suisse, André Reussner fut naturalisé français par décret du 13 mai 1940. Il était étudiant en médecine.
En 1944, il fut recruté à Lyon par Denise Domenach et devint membre des groupes francs étudiants des Jeunes des MUR (au sein des Forces unies de la jeunesse patriotique). Il remplaça ensuite Jean Brénas comme chef des groupes francs.
Le 1er juillet 1944, il participa au braquage d’une agence du Crédit lyonnais, dans le quartier de Monplaisir à Lyon, afin de récolter des fonds pour la Résistance. Arrêté alors qu’il tirait en l’air pour protéger le repli de ses camarades, il fut incarcéré à la prison Saint-Paul (Lyon). Avant que son dossier ne soit traité par le parquet, René Cussonac, l’intendant de police de Lyon, se saisit de l’affaire afin qu’il soit déféré à la cour martiale. André Reussner fut extrait de la prison entre le 6 et le 18 juillet et remis à la Milice, qui le tortura.
A son père qui lui rendit visite un jour il dit : « Tu sais papa, je ne croyais pas que le corps humain soit à ce point résistant ». André ne parlera jamais.
Un jour que deux jeunes sont emmenés pour être fusillés, il écrit à sa famille une longue lettre très instructive : « La cellule est toujours pareille. Rien de changé : les murs sont là ; le robinet fuit ; les mouches énervées par l’orage s’acharnent sur nos boutons ; le gardien a refermé la porte qu’il ne rouvrira que demain matin, tout comme les autres jours.
Et pourtant, à 5 heures, on est venu appeler deux d’entre nous. Ils sont partis, ignorant leur sort ; le bruit court qu’on va les fusiller, qu’ils sont fusillés peut-être.
Qu’ont-ils fait ? Ils ont été patriotes, c’est à dire terroristes. Tout le monde les admire en silence et quelques juges, combien plus coupables, les ont condamnés. Personne n’a bougé.
Ah ! Quelle tristesse entraîne semblable exécution. Ils ont 19 ans ; ils ont fait leur devoir envers la France et on les oublie, de même qu’on oublie des centaines d’autres garçons du même âge, plus vieux, plus jeunes aussi !
Le Monsieur Replet continue de traiter des affaires plus ou moins louches avec les Allemands. De nombreux individus trouvent que c’est normal et n’accordent pas une pensée aux « partisans ». « Ils n’avaient pas besoin de faire de la Résistance ! »
Cependant tous ces oublieux, ces intéressés, ces dégonflés affirment leur espoir d’une victoire alliée, parce que servants à leurs aises, et c’est à ces fusillés, ces deux garçons au milieu d’une foule d’autres garçons que la France doit sa reconnaissance. Ah ! pourquoi faut-il que leur gloire passe inaperçue ?
 » (Journal Libération n°13 du 7 septembre 1944)
Le 4 août au matin, il écrit à sa mère : « Le paquet m’est bien arrivé. J’ai pu manger à ma faim. Les pansements ont été confisqués. J’ai été aussi bien content de pouvoir fumer. Ça passe agréablement le temps, presque aussi agréablement que le sommeil. »
La famille Reussner tenta d’intervenir pour lui éviter la cour martiale et Georges Reussner rencontra, vainement, Joseph Darnand (chef de la Milice et secrétaire général au Maintien de l’ordre, SGMO) et son représentant à Lyon, Joseph Boiron. Le 4 août, André Reussner fut condamné à mort par la cour martiale du SGMO siégeant à la prison Saint-Paul. Le jour même, des Groupes mobiles de réserve (GMR) le fusillèrent dans les fossés du fort de la Duchère. L’aumônier de la prison témoigna de ses derniers instants : « en descendant de voiture, il me demande à parler encore. Le peloton d’escorte nous laisse seuls et suit à quelques pas... [...] Au poteau, il se redresse bien droit, m’embrasse pour sa maman à qui va sa dernière pensée. Puis, calme, sans mot de forfanterie, avec le seul regret de ne pas voir la victoire prochaine, il tombe frappé de douze balles. J’aide à ranger son corps ensanglanté dans le cercueil, et il s’en va [...] rejoindre au cimetière de la Guillotière ses camarades tombés comme lui pour la résurrection de la France. »
Il fut la dernière victime des cours martiales du SGMO.
Inhumé dans un premier temps au cimetière de la Guillotière, son corps fut transféré après la guerre dans le cimetière de Megève (Haute-Savoie). Il fut cité à l’Ordre de la Nation, avec la Croix de Guerre : « Malgré son jeune âge, a su donner à sa Patrie d’adoption une preuve de courage exemplaire. Tout en gardant un mutisme absolu, a subi avec un héroïsme sans pareil les tortures infligées par l’ennemi. Est mort lâchement fusillé ». Une décision du Ministère des Anciens Combattants en date du 25 janvier 1949 lui accorda la mention « Mort pour la France ». Il figure sur le monument aux morts de sa commune d’adoption.


Lyon, fort de la Duchère (19 février - 4 août 1944)

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article169340, notice REUSSNER André, Georges par Jean-Sébastien Chorin, version mise en ligne le 30 décembre 2014, dernière modification le 7 septembre 2020.

Par Jean-Sébastien Chorin

SOURCES : Arch. Dép. Rhône, 3678W21. – Virginie Sansico, La justice du pire, les cours martiales sous Vichy, Paris, Éd. Payot, 2002. – Bruno Permezel, Résistants à Lyon, Villeurbanne et aux alentours, 2 824 engagements, Éd. BGA Permezel, 2003. — Michel Germain, Haute-Savoie Rebelle et martyre, Mémorial de la Seconde guerre mondiale en Haute-Savoie, La Fontaine de Siloé, 2009.

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