CHASSIN Théodore, Henri [CHASSIN Henri]

Par Gilles Pichavant, complété par Rolf Dupuy et Marianne Enckell

Né le 7 janvier 1887 à Paris, mort le 20 juillet 1964 ; Cheminot, employé à la gare du Nord à Paris, poète chansonnier ; militant syndicaliste CGT, libertaire.

Henri Chassin naquit le 7 janvier 1887 à Paris XIXe arr., fils de Théodore Chassin et de Henriette Marguerite Levistre. Son père ou son grand-père aurait été Communard. En 1910 il se maria à Paris avec Marie Chopin. En 1920 le couple habitait 88 rue Rochechouart, Paris XIXe arr. Veuf, il se remaria en 1936 avec Yvonne Detraz ; il habitait alors 46 rue de Clichy, Paris IXe arr.

Militant au début des années 1910 de la FRC, Henri Chassin était en 1913 membre du Théâtre social.

Après deux ans de service militaire en Tunisie, il fut rappelé le 4 août 1914. Déclaré déserteur le 4 novembre 1916, il fut condamné à cinq ans de travaux publics, peine suspendue à son retour au front un an plus tard, bien qu’il ait raconté avoir fait cinq ans de bat’ d’Af. Il en sortit pacifiste et antimilitariste.

Henri Chassin avait occupé divers emplois avant d’être embauché à la gare du Nord, à Paris. Il s’était syndiqué et militait à la fédération des cheminots, affiliée à la CGT. En 1920, il avait 33 ans et était de corpulence forte. D’après la police dieppoise, il avait une "allure et tenue montmartroises", c’est à dire qu’il portait les cheveux longs. Il fut délégué avec Louis Leclerc*, par la fédération des cheminots pour faire une tournée de propagande dans le nord de la France, dans le cadre de la 2e grève des chemins de fer commencée le 1er mai 1920. Il se déplaçait entre autre dans une automobile qui était conduite par Jean Chauffy*, Aline Leclerc* accompagnant ton mari.

Venant du Nord, en passant par la Somme ils s’arrêtèrent le 9 mai au soir, à Neufchâtel-en-Bray (Seine-Inférieure, Seine-Maritime), pour y tenir une réunion avec les cheminots, qui avait été préparée par Villemont* et Edmond Nana*, respectivement secrétaire et secrétaire adjoint du syndicat des cheminots locaux.

Le 10 mai, Henri Chassin fut arrêté malgré l’opposition de la foule, en plein meeting qui se tenait en plein air au Champ-des-Oiseaux dans le quartier de Janval, et incarcéré à la prison du Pollet. Il fut inculpé de complot contre la sécurité de l’État, et de menées anarchistes. Il fut rejoint le 12 mai, par Paul Briard, instituteur, Sylvain Laffargue, cheminot, Alfred Roussel, Mlle Eugénie Graigon, et son père, qui étaient accusés d’avoir fomenté la création d’un soviet local. Henri Chassin fut mis en liberté le 12 juin suivant, mais son domicile parisien avait été perquisitionné.

Pendant sa détention il reçut une lettre de Maurice Hallé, directeur de la Vache enragée. La lettre était écrite au dos de prospectus imprimés, invitant à participer "aux soirée artistiques et littéraires du cabaret du peuple, organisées tous les dimanches à 20 heures 30 par la Vache enragée , rue Saint-Georges à Paris, dans laquelle le nom d’Henri Chassin et de Maure Hallé apparaissaient au milieu de poètes chansonniers comme Xavier Privas et sa femme Francine Lorée-Privas, Louis Loréal, Clovys, Fernand Jack, Michel Herbert, Frédéric Mouret, et de nombreux autres. L’adresse était ainsi spécifiée : Poète Henri Chassin, conseiller municipal spirituel de la commune libre de Montmartre, détenu politique, Hôtel meublé de la 3e république, prison de Dieppe. La fiche de l’hôtel "Le Mouton d’Or" à Neuchâtel-en-Bray, qu’il avait remplie, mentionne poète comme métier, et non pas cheminot.

En tant que poète chansonnier, Henri Chassin avait en effet rejoint, peu après la Première Guerre mondiale, le groupe La Muse Rouge, reconstitué notamment par Clovys en 1918. Il y croisa Pierre Dac. En 1922 il était membre du bureau de la fédération internationale des arts, des lettres des sciences (FIALS) et fondateur de la revue L’Aquadémie. Il collaborait à la même époque à l’hebdomadaire puis bi-mensuel individualiste L’Ordre naturel (Paris, n°1, 9 décembre 1920 à mars 1922) dont le directeur était Marcel Sauvage ainsi qu’à la série du journal Le Raffut (Paris, juin 1921-décembre 1922), sous-titré "contre toutes les iniquités" et dont le principal rédacteur et gérant était Georges Cochon. Il publia un recueil en argot, Machin de Belleville (1927) :
Y avait des mecs en conférence / Qui jaspinai’nt la bouche en cœur. / « Le Kravail erlèv’ra la France / En une vague de bonheur, / Le Kravail fait l’homm’ sain, robuste, / Le Kravail rend les gens heureux… »

Il fit des études de droit jusqu’à la licence et entra chez Dunlop où il fut chef du contentieux jusqu’à sa retraite en 1952. Il fut initié à la franc-maçonnerie en 1933.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article169480, notice CHASSIN Théodore, Henri [CHASSIN Henri] par Gilles Pichavant, complété par Rolf Dupuy et Marianne Enckell, version mise en ligne le 5 janvier 2015, dernière modification le 12 janvier 2021.

Par Gilles Pichavant, complété par Rolf Dupuy et Marianne Enckell

SOURCE : Arch. Paris, Etat civil, Recrutement militaire de la Seine. — L’Impartial, bihebdomadaire local, édition du 15 mai 1920, au fonds ancien de Dieppe. — Arch. Dép. de Seine-Maritime, cote 3U 1/898. — Le Vieux Montmartre, Société d’histoire et d’archéologie des IXe et XVIIIe arrondissements éditrice, Bulletin mensuel, 1989-05. — Annuaire général des lettres (Paris),1931. — Robert Brécy, Autour de La Muse rouge (Groupe de poètes et chansonniers révolutionnaires) 1901-1939, Éditions Christian Pirot, 1991. — H. Coston, Dictionnaire de la politique française, Paris, 1972, t. 2. — Monde Libertaire, n°104, septembre 1964 (article de M. Joyeux). — Le Réfractaire, n°106, août 1964 (nécro. de B. Salmon). — R. Bianco, Un siècle de presse..., op. cit.Les Temps Nouveaux, année 1912 — Le Libertaire, année 1921.

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