LAZZARINO Henri

Par Antoine Olivesi, Robert Mencherini

Né le 27 septembre 1889 à San Germano Chisone, dans le Piémont, près de Turin (Italie), exécuté sommairement le 13 juin 1944 au Fenouillet, commune de la Roque-d’Anthéron (Bouches-du-Rhône) ; débitant de boissons à Port-de-Bouc (Bouches-du-Rhône) ; militant socialiste ; résistant des Mouvements unis de Résistance - Mouvement de libération nationale (MUR MLN) et de l’Armée secrète (AS).

Fils de Constantin Lazzarino et Marie-Madeleine Beux, né en Italie, Henri Lazzarino fut naturalisé français le 26 janvier 1926. Employé comme journalier, il habitait alors la cité ouvrière de Port-de-Bouc (Bouches-du-Rhône). Marié avec Marie, Marceline, Élisabeth, née Fouque à Port-de-Bouc, le 24 février 1892, il était père de trois enfants. Il travailla ensuite comme gérant du Central Bar, rue Mirabeau.
Engagé en politique, Henri Lazzarino dirigeait, en 1934, la section socialiste SFIO de la ville qui comptait alors une quarantaine d’adhérents et le resta jusqu’en 1939. Aux élections municipales de 1935, il fut candidat sur une liste d’union avec les communistes. Son bar servait de lieu de réunion au Parti socialiste, à la Libre pensée. Il était également secrétaire du Club ouvrier sportif local.
Henri Lazzarino rejoignit rapidement la Résistance. Selon l’attestation délivrée en décembre 1945 par Max Juvenal, chef régional des MUR-MLN, « républicain et socialiste, aimant sa patrie avec ardeur, Henri Lazzarino fut l’animateur de notre action dans la ville de Port-de-Bouc. Avant que les forces françaises de l’intérieur ne soient organisées, il recruta et commanda l’armée secrète avec la double fonction de chef civil et militaire [… Il] eut l’initiative et le contrôle de tous les actes de sabotages qui furent organisés dans son secteur par l’AS-CFL ». Il était également en charge de la propagande en accord avec son chef Aldéric Chave.
Aldéric Chave fut arrêté le 7 juin 1944 à Martigues, par les services du SIPO-SD (la « Gestapo »). Cette arrestation qui faisait suite à celle d’André Gérard à Marseille, était l’une des conséquences de la trahison d’un agent français parachuté, Maurice Seignon de Possel, Noël, pour la Résistance, Erick pour les Allemands, passé au service de ces derniers. A son tour, Henri Lazzarino fut interpellé par la « Gestapo », le 8 juin, devant la gare de Port-de-Bouc. Les services allemands firent, à cette occasion, une saisie importante d’armes : neuf mitraillettes, une mitrailleuse anglaise, deux mille balles, cent grenades et cinquante kilos d’explosifs. Henri Lazzarino fut conduit à Marseille où il fut interrogé et emprisonné. Il apparaît dans le « rapport Catilina » du SIPO-SD, qui fait le bilan de la répression des maquis de juin 1944, sous le n°12, comme « chef de la ville de Port-de-Bouc ». Le 13 juin, extrait de sa prison marseillaise, comme ses camarades, il fut fusillé, avec vingt-sept autres résistants, dans la clairière du Fenouillet, près de la Roque d’Anthéron. Leurs corps furent enterrés dans une fosse commune creusée par les habitants du village.
Le 17 octobre 1944, la presse régionale annonça que l’on venait de découvrir le destin tragique et le lieu d’exécution des huit résistants des Martigues, dont les familles étaient à la recherche depuis la Libération. Mais ce n’est que le 19 octobre que leurs dépouilles furent exhumées et identifiées.
Henri Lazzarino fut inhumé dans le caveau de famille du cimetière de Port-de-Bouc. Il a obtenu les mentions « Mort pour la France » et « Interné résistant ». Décoré de la médaille de la Résistance française, il fut homologué capitaine à titre posthume. Son nom figure sur la stèle érigée dans la clairière du Fenouillet et sur le mémorial du maquis de Sainte-Anne à Lambesc. A Port-de-Bouc, il est inscrit sur le monument aux morts et a été donné à une place. Une plaque commémorative a été apposée sur une stèle face à la gare de cette ville. Elle porte l’inscription : « Ici-même Henri Lazzarino, Résistant français né à Port-de-Bouc a été arrêté par la Gestapo avant d’être fusillé au Fenouillet le 13 juin 1944 ». Son fils, Georges, fut député communiste des Bouches-du-Rhône, conseiller municipal de Marseille, secrétaire fédéral et membre du Comité central du Parti communiste.

Voir La Chaîne des Côtes et ses environs, Lambesc, Charleval, La
Roque-d’Anthéron, Le Fenouillet (Bouches-du-Rhône), 11 -
13 juin 1944

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article169746, notice LAZZARINO Henri par Antoine Olivesi, Robert Mencherini, version mise en ligne le 12 janvier 2015, dernière modification le 22 juillet 2019.

Par Antoine Olivesi, Robert Mencherini

SOURCES : AVCC Caen, 21P 72356, 21P 587854. — Arch. nationales, 72 AJ 104, AIII 7 bis, le Kommandeur de la SIPO et du SD de Marseille, « Rapport final […] Affaire Catilina », Marseille, 6 juillet 1944, signé Dunker, SS Scharführer. — Jacky Rabatel, Une ville du Midi sous l’Occupation, Martigues, 1939-1945, Martigues, Centre de développement artistique et culturel, 1996. — Madeleine Baudoin, « Témoins de la Résistance en R2, intérêt du témoignage en histoire contemporaine », thèse de doctorat d’État, Université de Provence, 1977. — Robert Mencherini, Résistance et Occupation (1940-1944). Midi rouge, ombres et lumières, tome 3, Syllepse, 2011. — État civil.

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