AMALBERT Maurice

Par Gérard Leidet

Né le 1er mai 1923 à Gréasque (Bouches-du-Rhône), infirmier puis employé administratif (service du personnel) aux Houillères de Provence (Bassin de Gardanne-Fuveau), militant socialiste (SFIO puis PS), syndicaliste (Force ouvrière) ; maire de Gréasque (1963-1977).

Maurice Amalbert
Maurice Amalbert

Maurice Amalbert naquit à Gréasque en plein cœur du bassin minier de Provence. Son père François Amalbert était alors mineur au puits Hély-D’Oissel récemment ouvert (en 1922) à Gréasque. En janvier 1935, ce dernier fut candidat suppléant lors des élections des délégués mineurs de Fuveau et Gréasque auxquelles les seuls ouvriers français étaient appelés à participer. Il représentait le « vieux syndicat » (cette expression était utilisée dans le Bassin minier pour désigner la CGT par opposition à la CGTU) et fut battu par le candidat « unitaire » Etienne Sylva, obtenant 127 voix contre 164 pour Sylva réélu délégué suppléant. L’autre candidat titulaire de la CGT, Eugène Agostini, fut également battu par son concurrent de la CGTU, Etienne Emmanuelli* (128 voix contre 166 à Emmanuelli réélu délégué titulaire). La victoire des « unitaires » était due en grande partie aux mineurs demeurant à Gréasque (284 voix pour la CGTU ; 95 voix pour la CGT). Sa mère née Fernande Coste s’occupait du foyer. Après avoir fréquenté l’école primaire de son village, il poursuivit ses études au Cours complémentaire (CC) situé dans les locaux du collège communal de Gréasque qui accueillait les élèves du canton de Roquevaire et aussi en partie de Gardanne. En 1959, avec la transformation des CC en Collège d’enseignement général (CEG), ce petit établissement de quatre classes devint CEG ; puis il fut l’un des premiers collèges nationalisés du département en août 1963, au moment même où Maurice Amalbert devint maire du village (création des CES-collège d’enseignement secondaire). La période de l’après-guerre, avec la création de ces structures ouvrant la voie à des tentatives de démocratisation scolaire apportèrent à certains jeunes enfants d’ouvriers la possibilité d’accéder à l’enseignement primaire supérieur et ainsi à la promotion sociale ; cela avait pu être le cas de Maurice Amalbert juste avant la guerre.

Sur le plan des loisirs Maurice Amalbert s’adonna très jeune au football, sport éminemment populaire dans le Bassin minier, très prisé par le monde ouvrier et les milieux patronaux. Membre de l’Union Sportive de Gréasque qui avait pris la succession de La Gréasquéenne, société de sports créee en 1921, il participait notamment aux nombreux tournois de sixte qui animaient alors la vie sociale dans les cités-alors minières- voisines de Gréasque : Mimet, Saint-Savournin, Cadolive, Fuveau, hameau de Biver etc.

Après avoir obtenu le brevet élémentaire Maurice Amalbert entama dès l’âge de 15 ans, une longue carrière à la mine dans le Bassin de Fuveau-Gardanne. D’abord au Puits Hély-D’oissel situé dans son village natal, entre 1938 et 1962 ; ensuite aux Puits Courau et Boyer à Meyreuil, village distant d’une dizaine de kilomètres, de 1962 à 1978, suite à la fermeture du puits Hély-d’Oissel. Il fut d’entrée embauché au fond comme Galibot- du nom de ces enfants de moins de 18 ans qui travaillaient à différentes tâches au fond de la mine- avant d’être très rapidement employé aux ateliers de réparations puis de terminer son parcours professionnel aux houillères au service du personnel (dossiers des retraites). Entre temps, il avait été infirmier, toujours au sein des Houillères du bassin de Provence (HBP).

C’est dans ce contexte social et professionnel singulier, intimement lié à l’exploitation des gisements locaux de lignite, que Maurice Amalbert adhéra au Parti socialiste (SFIO) et à la CGT-Force ouvrière (CGT-FO), sans doute au début des années cinquante, en pleine guerre froide. Son expérience de syndicaliste lui fut fort utile lorsqu’il eut à traiter les différents dossiers « retraites » au sein du service du personnel des Houillères. Sur le plan politique Maurice Amalbert fut élu conseiller municipal de Gréasque sur la liste de Marcel Fontanarava* (SFIO) en 1959. En cours de mandat, lors de l’année 1963, Il succéda à ce dernier afin d’assumer à son tour la fonction de maire de Gréasque, et devait être réélu lors des scrutins de 1965 et 1971, effectuant ici deux mandats complets. Il avait alors à ses côtés comme adjoint, Jean Barthélémy, militant syndicaliste CFTC. Deux réalisations municipales parmi d’autres marquèrent les mandatures de Maurice Amalbert, l’une en faveur de la jeunesse, l’autre en direction des personnes âgées : la création du gymnase municipal, inauguré en 1971 et utilisé depuis par les écoliers et collégiens de la commune ; la construction de la Résidence du Parc, dont les objectifs étaient, dans les actes de la vie quotidienne, d’aider les familles à maintenir à domicile les personnes âgées le plus longtemps possible, et d’accueillir celles-ci en Résidence Seniors et en Résidence Médicalisée. Ce dernier projet réalisé en partenariat avec la Sécurité sociale minière fut inauguré en 1976. Dans les années qui suivirent la signature du programme commun (27 juin 1972), Maurice Amalbert, qui entre temps avait rejoint le nouveau Parti socialiste, refusa la stratégie d’Union de la gauche qui ne s’imposait d’ailleurs pas partout dans les Bouches-du-Rhône.

Parmi les villages du Bassin minier, Gréasque fournissait depuis longtemps l’un des exemples les plus traditionnels de vieille implantation socialiste. Lors des élections municipales de 1977, la stratégie du Parti socialiste dans les Bouches-du-Rhône, directement prescrite par le rapport de forces local, ne suivit pas partout la « règle générale », mais conformément à l’accord national PCF-PS-MRG, utilisa dans trois des sept villes de plus de 30 000 habitants du département, la « clause d’exception » autorisant, à la place des listes d’Union, la formation de listes dites « homogènes », (cas de Marseille, Aix en Provence, et La Ciotat). Maurice Amalbert continua d’inscrire sa démarche politique dans ce dernier cadre. Ainsi lors des élections municipales de 1977, il perdit son fauteuil de maire au profit de la liste d’Union de la Gauche dirigée par le communiste Robert Albarèdes maire PCF de Gréasque (puis rénovateur membre du collectif Carrefour 13) de 1977 à 1989.

En décembre 2014, Maurice Amalbert, veuf, un enfant (Alain Amalbert) résidait encore dans son village natal. Toujours membre du Parti socialiste, il était maire honoraire de Gréasque et avait reçu le grade de Chevalier de l’ordre national du mérite. Le gymnase municipal de la commune porte aujourd’hui son nom.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article169989, notice AMALBERT Maurice par Gérard Leidet, version mise en ligne le 18 janvier 2015, dernière modification le 2 juin 2016.

Par Gérard Leidet

Maurice Amalbert
Maurice Amalbert
Maurice Amalbert 3e en haut en partant de la gauche
Maurice Amalbert 3e en haut en partant de la gauche
Maurice Amalbert au micro.
Maurice Amalbert au micro.
A gauche Michel Vauzelle et Gaston Defferre
à droite, Jean-François Picheral, maire PS d’Aix-en-Provence

SOURCES : Archives municipales de Gréasque. — Témoignage de son fils Alain (5 décembre 2014) — Gréasque, Gréasco en Prouvencò, ouvrage collectif, édition ville de Gréasque, 1994. — Jean-Pierre Oppenheim, « Facteurs de déclin et facteurs de résistance des stratégies social-centristes au niveau local : le cas d’Aix-en-Provence », Revue française de science politique, année 1981, volume 31, numéro 5-6. — Notes de Hubert Boythias. — Gérard Pio, Mines et mineurs de Provence, Éditions Clair Obscur, Aix en Provence, 1984.

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