QUIRING Joseph

Par Pierre Schill

Né le 6 août 1911 à Diebling (Lorraine annexée), exécuté sommairement le 10 août 1944 à Pleuville (Charente) ; mineur aux houillères de Sarre et Moselle puis ouvrier et chef d’entreprise dans le bâtiment ; militant du syndicat CGTU des mineurs de Lorraine ; militant du Parti communiste ; volontaire en Espagne républicaine ; résistant du maquis AS RAF D4 Vienne-Sud.

Joseph Quiring
Joseph Quiring
Vers 1942-1943

Joseph Quiring était le fils d’un ouvrier du bâtiment qui fut ensuite limonadier. Il commença à travailler à l’âge de quinze ans aux houillères de Sarre et Moselle à Merlebach (Moselle). Il milita rapidement, comme ses frères aînés, au syndicat CGTU des mineurs de Lorraine.

Au début du mois d’avril 1935, alors qu’il occupait un emploi d’aide-piqueur, il fut muté, par « mesure disciplinaire » à l’entreprise de bâtiment Braga, sous-traitante des houillères, où il n’aurait pas rejoint son travail. Il partit alors travailler sur le port d’Alger. Il fut de retour en Moselle dès décembre 1935 et s’investit à nouveau dans la vie politique.

Il participa ainsi, le 16 août 1936 à Freyming et Merlebach, à deux réunions organisées par la section communiste de Merlebach-Freyming. Une grande partie des réunions qui avaient attirées 300 et 200 personnes fut consacrée à la défense du gouvernement espagnol, une cause à laquelle il semble particulièrement sensible.

Au moment du Front populaire les frères Edouard, Wendel et Joseph Quiring, décidèrent de faire enterrer leur père avec un cortège conduit par le drapeau rouge marqué du marteau et de la faucille. C’est probablement une influence familiale qui détermina l’engagement si marqué de la fratrie en faveur du communisme. Il est possible que leur père ait été mineur mais qu’il fut obligé de travailler dans le bâtiment ou la « limonade » suite à un licenciement.

En novembre 1936, un informateur de la direction des houillères précisait en effet que « tous les membres de la famille Quiring à une ou deux exceptions près sont révolutionnaires ». Il ajoutait que Joseph Quiring s’était particulièrement « distingué lors de la dernière grève » alors qu’il ne travaillait pas à la mine puisqu’il était au chômage depuis son retour d’Algérie en décembre 1935.

Joseph Quiring déposa une demande dé réembauche à la houillère et à l’entreprise Braga en mars 1936. Il ne voulait pas rester à la charge de ses parents chez qui il était domicilié depuis son retour d’Afrique du nord. La réponse des houillères fut négative et la direction refusa d’intervenir en sa faveur auprès de l’entreprise Braga.

Au milieu du mois de novembre 1936, Pierre Muller*, secrétaire du syndicat confédéré des mineurs de Moselle avait envoyé une demande de réembauche au bureau du personnel des houillères de Sarre et Moselle qui donnèrent une nouvelle réponse négative le 30 décembre 1936.

Il participa, le 23 novembre 1936 à Merlebach (Moselle), à une réunion publique organisée par le parti communiste. Une grande partie de la réunion fut consacrée à la défense du gouvernement espagnol. C’est peut-être après cette réunion, alors que sa demande de réembauche à la houillère n’avait pas encore de réponse, qu’il décida de partir pour l’Espagne.

Joseph Quiring serait en effet parti en Espagne au moment de la guerre civile. Le 11décembre 1936, le commissaire de police de Freyming informa la direction des houillères de Sarre et Moselle qu’il figurait parmi les quatre ouvriers de Freyming ayant quitté la ville le 9 décembre dans le but de se faire enrôler dans les troupes républicaines en Espagne.

D’après son fils Roland, il serait effectivement allé en Espagne pour combattre aux côtés des Républicains. Au moment de la fin de la guerre civile, il quitta le pays accompagné de camarades espagnols pour aller travailler dans le bâtiment au Maroc. Le même groupe d’hommes quitta l’Afrique pour aller travailler à Marseille.

En octobre 1938, le secrétaire du Syndicat confédéré des mineurs de Moselle intervint, toujours en vain, auprès de la direction des houillères de Sarre et Moselle pour qu’elle le réembauche. La demande fut probablement formulée alors que Joseph Quiring n’était pas en Moselle.

Mobilisé en 1939, il n’est pas certain qu’il ait répondu à l’appel. Après l’armistice, il créa à Bordeaux l’entreprise « Quiring frères » et travailla notamment pour les Allemands à l’édification des fortifications du mur de l’Atlantique. Il fut ensuite affecté dans les Côtes-du-Nord pour effectuer le même type de travaux. Il trouva une location chez un couple de Bretons dont il épousa la fille le 5 mars 1943 à Dinard (Côtes-du-Nord).

Joseph Quiring décida ensuite de rejoindre le sud-ouest et s’installa à Pressac (Vienne) avec l’un de ses frères, probablement Wendel. Il continua à travailler dans le bâtiment et s’engagea dans le maquis AS Raf (André Raffoux) très actif dans ce secteur aux limites de la Vienne et de la Charente. Le 3 août 1944 les maquisards furent impliqués dans un accrochage avec les Allemands qui incendièrent plusieurs maisons à Pleuville (Charente). La population s’était réfugiée dans les bois voisins et Joseph Quiring fut arrêté alors qu’il cherchait à regagner le village de Pleuville. Ayant été reconnu comme l’un des maquisards impliqués dans les combats récents, il fut exécuté par les Allemands le 10 août 1944 à Pleuville.
Il fut homologué FFI et obtint la mention Mort pour la France. Son nom figure sur le monument aux morts de la commune charentaise, mais il y est indiqué qu’il fut tué le 3 août 1944 avec les FFI Clément Jarrassier, Ernest Mandinaud et Louis Bourgoin, (sergent canadien, radio d’une mission Jedburgh) lors d’un accrochage avec une colonne de répression allemande (cf. Chabanais) ; toutefois, selon d’autres sources, l’accrochage serait produit le 2 août.

Son corps fut rapatrié en Bretagne et il fut enterré à Dinard. Sur l’arrière de la pierre de sa tombe furent gravés une faucille et un marteau… plus tard effacés par ses beaux-parents.

En novembre 1946, son frère Édouard Quiring* qui était délégué mineur du puits Cuvelette, demanda à la houillère de payer des allocations familiales à sa veuve. La houillère refusa car cette charge incombait à la dernière entreprise où il avait travaillé (entreprise François au port d’Alger).

Joseph Quiring était père d’un fils né en juin 1944, quelques semaines avant son exécution par les Allemands.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article170107, notice QUIRING Joseph par Pierre Schill, version mise en ligne le 24 janvier 2015, dernière modification le 31 mars 2021.

Par Pierre Schill

Joseph Quiring
Joseph Quiring
Vers 1942-1943

SOURCES : SHD-AVCC,Caen AC 21 P 139816 (à consulter). — SHD Vincennes, GR 16 P 496165 (à consulter). — Arch. Dép. Moselle : 301 M 78. — Archives des Houillères du Bassin de Lorraine : dossier personnel et dossier personnel d’Edouard Quiring*, son frère. — Archives collectives des Forces françaises de l’intérieur (site Mémoire des Hommes) AS groupe Raf GR 19 P 86/23 — Renseignements fournis par Jean Quiring, son neveu, par Rose Nicolas, sa nièce et par Roland Quiring, son fils. – EC de Diebling (Moselle). — Pierre Schill, 1936. Visages et figures du Front populaire en Moselle, Metz, Editions Serpenoise, 2006.

ICONOGRAPHIE : Joseph Quiring vers 1942 ou 1943 (Collection Roland Quiring).

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