RUCHAUD Guy [RUCHAUD Camille, Julien, Stanislas]

Par Jean Péaud

Né le 15 mai 1930 à Croix-de-Vie (Vendée) ; ouvrier ; jociste ; syndicaliste CFTC puis CFDT ; militant socialiste.

Fils de Benjamin Ruchaud, gendarme, et de Léonce laire Herbert, femme au foyer, tous les deux issus du milieu agricole dans le sud-Vendée. Après des études primaires à l’école laïque (CEP en mai 1944), il entre dès l’âge de 14 ans en apprentissage chez un charron à Coëx (Vendée), puis de 1946 à 1951, chez un carrossier automobile de La Roche-sur-Yon où il obtient à 18 ans un CAP de menuisier. Après son service militaire, il travaille un temps à Bordeaux et revient en Vendée exercer son métier de menuisier dans une entreprise de bâtiment aux Brouzils puis aux « Pieux-à-vis », une entreprise yonnaise d’une centaine d’ouvriers d’où il est licencié en juillet 1957. Après une période de chômage, situation rendue difficile du fait de son engagement connu, - il n’y a par ailleurs pas de conseil de prud’hommes en Vendée à cette époque-, il entre comme OS, agent de production sur chaîne en métallurgie à l’usine Esswein, qui fabrique des machines à laver le linge, où il milite activement au syndicat CFTC, de 1957 à 1961.

Catholique pratiquant, il découvre la JOC en 1948, par des copains, pas sous l’influence du milieu familial. C’est au travers des réflexions jocistes qu’il vient au syndicalisme. De 1953 à 1956, président départemental de la JOC, il milite ensuite à l’ACO (Action Catholique Ouvrière).

Adhérent à la CFTC depuis 1948, délégué du personnel dans son atelier de menuiserie à partir de 1953, il devient rapidement l’un des dirigeants du syndicat Bois-et-Bâtiment, puis de celui de la Métallurgie. Il entre au conseil départemental en 1955, année où il connaît sa première grève. A partir de 1961, il devient permanent à l’Union départementale CFTC puis CFDT, jusqu’en 1973. Secrétaire-général adjoint en 1961, puis secrétaire général de 1963 à 1973, il succède à Louis Champain (voir ce nom). Il est particulièrement marqué par la solidarité avec les mineurs lors de la grève de 1963 où l’UD-CFDT accueille une équipe du bassin de Saint-Etienne durant une semaine, et par la guerre d’Algérie. Guy Ruchaud s’efforce de convaincre les syndicats CFTC d’adhérer à la CFDT, ce qu’il relate dans son livre : 53% des syndicats vendéens se prononcent pour le changement de statut et de nom.
Durant son mandat, Guy Ruchaud contribue à une importante progression de la CFTC puis de la CFDT en Vendée. Au début des années 1960, la CFTC compte 2 500 adhérents avec une implantation dans le Bâtiment, sur la côte, dans la chaussure et l’industrie du vêtement présentes dans le bocage, avec 5 Unions locales. Fin 1972, l’UD-CFDT de Vendée revendique 12 000 adhérents et dix UL. Jean Guilloteau puis Joseph Allain lui succèdent en 1973.
Guy Ruchaud explique cet essor par une action dynamique et un soutien intense mené aux côtés des travailleurs dans les entreprises vendéennes. Les patrons, habitués à une main-d’œuvre docile et facile, peu formée, issue du monde rural, acceptent mal la création des syndicats et développent largement la chasse aux syndicalistes et la répression. Plusieurs fois, il fut personnellement pris à partie par des patrons n’acceptant pas sa présence auprès des travailleurs en grève. Il relate dans son ouvrage de nombreux exemples de conflits dans l’habillement, la chaussure, -à forte main-d’œuvre féminine- où les travailleurs décidaient la grève sans préparation. Sa formation par les ENO (Ecoles normales ouvrières) lui permet d’encadrer les mouvements.

Il mène le combat pour le développement économique de la Vendée, en retard d’industrialisation. En avril 1965, une grande action : « L’Ouest veut vivre », préparée par la CFDT de Bretagne et Pays de la Loire à laquelle s’associe le syndicalisme paysan, rassemble des milliers de manifestants dans chaque département. 3 000 personnes montent à Paris, dont Guy Ruchaud et une centaine de militants vendéens pour interpeller les pouvoirs politiques. Toute cette période comme celle de 1968, fertile en grèves et occupations d’usines, contribue à un fort développement des sections syndicales d’entreprises. Guy Ruchaud est également, pendant six ans, membre de la commission confédérale de formation CFDT. Fort de ces expériences, il revendique pleinement une conscience de classe qui ne s’est jamais démentie.

Après douze années d’activités et de responsabilités au niveau départemental, son reclassement dans le milieu industriel s’avère difficile. L’action sociale lui offre naturellement une opportunité qu’il accepte pour la mise en place, à partir de l’hôpital psychiatrique, d’un service de réinsertion professionnelle de personnes suivies par ce milieu médical. Responsable d’une petite équipe, il mène pendant 17 ans une action favorisant au sein de la Société Vendéenne d’Aide à la Santé Mentale, la création de structures d’accueil, de soutien, de reclassement tels que des foyers d’hébergement, centres d’aide par le travail et ateliers protégés. Guy Ruchaud assume aussi la présidence d’une structure nationale de représentation de ce type d’équipes financées et contrôlées par le ministère de la Santé et du Travail durant 4 ans.

Mutualiste dès 1953, il représente la CFTC puis la CFDT au conseil d’administration de l’ASSEDIC de Basse-Loire de 1959 à 1979 et la CFDT à la Caisse d’Allocations Familiales de 1973 à 1977.

Guy Ruchaud se marie le 29 juin 1956 à La Roche-sur-Yon (Vendée) avec Marie Thérèse Chauvière, responsable de la JOCF. Elle est couturière puis mère au foyer, ensuite monitrice technique auprès d’handicapés mentaux. Elle accompagne son mari dans ses activités syndicales, politiques et associatives. Ils ont trois enfants, dont l’aîné, permanent CFDT à France Télécom de 1988 à 1995.

Fidèle lecteur de Témoignage chrétien pendant 25 ans, également du Nouvel Observateur et de Ouest-France, de la presse syndicale et politique, Guy Ruchaud déclare avoir voté contre le général de Gaulle en 1958. Il adhère au Parti socialiste en 1974 et devient membre du conseil fédéral de 1990 à 1997. Elu au conseil municipal de La Roche-sur-Yon sur la liste d’Union de la Gauche menée par Jacques Auxiette en 1977, il reste adjoint au maire jusqu’en 1989.

Fondateur et animateur de l’ADEPY (Association pour le Développement et l’Emploi du Pays Yonnais) à partir de 1982, vice-président en 1997 ; il est actif au club « Convaincre en Vendée », à l’Association pour les Echanges Internationaux et Nationaux. Il est président de l’Association d’aide aux chômeurs de La Roche-sur-Yon de 1989 à 1994.
Résidant toujours au chef-lieu du département, il continue à militer dans de nombreuses associations.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article170180, notice RUCHAUD Guy [RUCHAUD Camille, Julien, Stanislas] par Jean Péaud, version mise en ligne le 17 février 2015, dernière modification le 2 mai 2022.

Par Jean Péaud

ŒUVRE : Guy Ruchaud, Parcours d’un militant, Geste éditions, 2011.

SOURCES :La Trouée syndicale, organe de liaison des militants CFTC puis CFDT de Vendée (fonds CFDT du CDHMOT de Vendée) ; La Vendée ouvrière, organe de l’UD-CFTC puis CFDT (fonds CDHMOT) ; Mémoire syndicale : Le syndicalisme chrétien en Vendée, n°1, 1983 (publication du CDMOT) ; Mémoire syndicale : Dictionnaire biographique des militants CFDT de Vendée (1964-2004), publication du CDMOT, 2004 ; Figures du mouvement ouvrier yonnais. Les syndicalistes (1904-1954), Lettre d’information du CDMOT, n°12, 2004. Notes de Florence Regourd. — État civil.

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