ROGISSART Jean [ROGISSART Paul, Jean, Marcel, Abel]

Par Didier Bigorgne

Né le 28 octobre 1894 à Braux (Ardennes), mort le 11 septembre 1961 à Nouzonville (Ardennes) ; instituteur ; écrivain, auteur dans des revues proches du PCF.

Jean Rogissart portait
Jean Rogissart portait

Fils d’un ouvrier ajusteur et d’une couturière de nationalité belge, Jean Rogissart fréquenta le cours complémentaire de Nouzon de 1906 à 1911, puis l’École normale d’instituteurs d’Auteuil (Paris) jusqu’en 1914. De retour dans les Ardennes, il enseigna d’abord à Nouzon, de 1914 à 1919. Le 4 septembre 1919, à Paris (IVe arrondissement), il épousa Charlotte Marie Seemann, une institutrice d’origine juive, qui lui donna cinq enfants (deux garçons et trois filles).

Jean Rogissart fut ensuite instituteur dans de nombreux villages ardennais : Rocroi (1919-1920), Signy-l’Abbaye (1920-1925), Les Mazures (1925-1926), Yvernaumont (1926-1927), Touligny (1927-1928), Servion (1928-1931). Il fit de nouveau l’école à Nouzonville jusqu’en 1940. Réfugié avec sa famille à Parthenay (Deux-Sèvres) pendant la Seconde Guerre mondiale, Jean Rogissart fut nommé instituteur à Lageon. Il revint dans les Ardennes en novembre 1941 et s’installa à Joigny-sur-Meuse où il enseigna de 1942 à 1948. Il termina sa carrière professionnelle aux Archives départementales des Ardennes avec un départ à la retraite en 1950.

Jean Rogissart débuta une carrière d’écrivain en 1921, avec la publication de ses premiers poèmes lors des Jeux floraux du Languedoc. En 1927, il adhéra à la Société des écrivains ardennais dont il devint le trésorier ; celle-ci publia son premier roman, Coline, le meunier du Fays, dans les Cahiers Ardennais, en 1932. Jean Rogissart reçut le prix Renaudot pour le roman, Mervale, édité chez Denoël, le 1er décembre 1937 (plus de 30 rééditions). Lors de la soirée littéraire du 10 décembre suivant à Paris, il fut présenté au public par le président du jury Louis Aragon dont il avait été le candidat. Alors membre du Syndicat national des instituteurs, Rogissart fut félicité dans le bulletin de la section des Ardennes avec un article signé par le secrétaire général Armand Malaise.

Jean Rogissart fut l’auteur d’une œuvre populaire et humaniste, Les Mamert composée de sept romans publiés de 1940 à 1961 : Le fer et la forêt (1830-1870) prix du roman populiste en 1941, Le temps des cerises (1871-1887), Les semailles (1889-1895), Moissons (1894-1914), Les retranchés (1914-1918), L’orage de la Saint-Jean (1939-1943), Cellule XIII (1944, réédité en 1961). Il expliqua avec modestie : « J’ai voulu dans cette suite brosser une fresque sociale et politique de la vie populaire pour la vallée de la Meuse à partir de 1830 ». Dans le même temps, il publia d’autres romans : Les Hauts de rièzes en 1945, La Cense aux rougnes en 1948, Lune d’avril en 1951, Hurtebise aux griottes en 1954, Passantes d’octobre en 1958 (prix Eugène Le Roy), Le Clos des noires présences en 1961.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, Jean Rogissart fut arrêté par la police allemande qui le soupçonnait d’entretenir des liens avec des résistants. Il fut détenu à la prison de Charleville du 29 juillet au 12 août 1944. En janvier 1945, il était membre du comité directeur du Front national dans les Ardennes ; son épouse siégeait aussi au comité directeur départemental de l’Union des femmes françaises.

A partir de 1946, Jean Rogissart collabora à des revues proches du Parti communiste français. Il publia quatre articles dans la revue Europe : “Ardenne“ (juin 1946), “Visage de l’Ardenne“ (juin 1952), “George Sand dans les Ardennes“ (juin-juillet 1954), “En marge de l’Encyclopédie“ (octobre 1955). Il écrivit aussi dans Les Lettres françaises ; dans le numéro du 27 juin 1952, son texte côtoyait les articles d’Elsa Triolet et de Marcel Cornu. Rogissart entretint alors des rapports réguliers avec Louis Aragon. Il le guida lors de sa visite dans les Ardennes, du 24 au 28 janvier 1951 pour recueillir des informations et repérer des lieux pour l’écriture de son dernier volume Les Communistes, mai-juin 1940.

Jean Rogissart effectua un voyage en URSS. Il en parla dans un numéro exceptionnel de la revue France-URSS de juillet 1954 qui proposait, en couverture, une photo couleur ainsi légendée, ‘Français dans le métro de Moscou : Lemaire, Puel, Rogissart, Arrault et Chorlet“, et le titre, “Ces Français vous parlent de Moscou, Roscov, le canal Volga-Don“. Il publia son récit dans un livre, De Paris à Samarcande (Impressions d’un voyage en URSS), aux Éditions France-URSS, en 1955. En décembre 1954, Rogissart signa l’appel contre le réarmement allemand, à l’initiative du comité départemental d’action contre le réarmement allemand présidé par Jacques Vadon*. Dans le même temps, il regarda avec sympathie les initiatives du Mouvement de la paix dans les Ardennes ; l’historien Henri Manceau, ami de longue date, était alors membre du bureau départemental avant de devenir président en 1961.
Jean Rogissart mourut des suites d’une affection diabétique qui le minait depuis une dizaine d’années. Il était chevalier dans l’ordre des Palmes académiques (1938) et de la Légion d’honneur (28 mai 1956). Aujourd’hui, le collège de Nouzonville porte le nom de Jean Rogissart.

Iconographie :

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article170302, notice ROGISSART Jean [ROGISSART Paul, Jean, Marcel, Abel] par Didier Bigorgne, version mise en ligne le 2 février 2015, dernière modification le 1er mars 2018.

Par Didier Bigorgne

Jean Rogissart portait
Jean Rogissart portait
IMG/jpg/ROGISSARD_couverture_de_france-urss-juillet_1954_Francais_dans_le_metro_de_moscou_Lemaire_Puel_Rogissart_Arrault_et_Chorlet_ces_francais_vous_parlent_de_Moscou_Roscov_le_canal_Volga-Don_reduit.jpg
Couverture de France-URSS, juillet 1954
Français dans le métro de Moscou (Lemaire, Puel, Rogissart, Arrault et Chorlet “ces francais vous parlent de Moscou, Rostov, le canal Volga-Don“.

ŒUVRES : Le fichier de la BNF comporte 40 références.

SOURCES : Arch. Dép. Ardennes 19J, Fonds Jean Rogissart. — L’Ardenne Nouvelle, n°8 du 20 janvier 1945 et n°9 du 27 janvier 1945. — Europe, 1946 à 1955. — Les Lettres françaises n°419, 27 juin 1952. — France-URSS n°106, juillet 1954. — Bulletin de la section des Ardennes du Syndicat national des instituteurs, 1er trimestre 1938. — l’Humanité-Dimanche, Une semaine dans les Ardennes, 4 juillet 1954 et 19 décembre 1954. — La Grive n°113, janvier-mars 1962.

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