MEUNIER Jacques, André, Albert, dit Desaix, Marc

Par Annie Pennetier

Né le 22 août 1916 à Paris XVIe arr., fusillé sommairement au stand de tir du 92 de Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme) le 20 décembre 1943 ; décorateur ; chef départemental de l’Armée secrète du Puy-de-Dôme puis de l’Allier.

Fils de André Pierre Meunier, métreur vérificateur, et de Andrée Suzanne Besse, sans profession, Jacques Meunier fut adopté pupille de la Nation en juillet 1929. Éclaireur de France, chef de patrouille puis routier à Lazare Hoche Versailles et Paris, il résida à Saint-Maur-des-Fossés, quartier de La Varenne (Seine, Val-de-Marne). Bachelier, il fit des études de Droit puis travailla comme décorateur de théâtre, journaliste et directeur de la revue « L’Atelier ».

Mobilisé en 1939, Jacques Meunier fut fait prisonnier lors de l’offensive allemande de mai-juin 1940. Le 3 mai 1941, il réussit à s’évader et à rejoindre Paris, puis le 16 septembre 1941, il épousa à Clermont-Ferrand Yvonne Xemaire, comme lui de formation décorateur ; ils occupaient une maison en construction 59 avenue des Thermes à Chamalières. Yvonne travailla pour Djénane Gourdji, qui tenait un magasin d’objets d’art 35 rue Blatin à Clermont-Ferrand et dont la cave servait de lieu de réunion aux résistants. Elle fit rencontrer Pierre Dejussieu dit Félicien chef régional R6 de l’Armée secrète au couple Meunier.A l’automne 1941, le couple adhéra au Mouvement de libération nationale devenu Combat fin 1941.
Embauché comme employé au service de la censure dépendant du ministère de l’Information de l’État français, rue des Gras à Clermont-Ferrand, Jacques Meunier recueillaient des informations utiles à la résistance . Il devint l’adjoint de Pierre Dejussieu sous le pseudonyme de Marc et organisa les premiers maquis.
Un fonctionnaire de la mairie de Clermont-Ferrand remit un stock de cartes d’identité vierges à Yvonne, elle devint experte en fausses cartes.En contact avec Mario Nikis, patron des Laboratoires radioélectriques repliés à Clermont-Ferrand, elle établit une fausse carte pour sa femme anglaise Emmy Henderson, le couple était domicilié à proximité, à Royat. Mario leur remit un poste émetteur-radio pour communiquer avec Londres, Yvonne le cacha dans le landau de son bébé. Chef départemental de l’Armée secrète du Puy-de-Dôme, durant l’été 1943, repéré par le SD allemand, Jacques Meunier quitta le département pour occuper la même fonction dans l’Allier, plus proche du pouvoir concentré à Vichy et donc des possibilités de renseignements. Ses parents tenaient un petit hôtel dans cette ville, 12 rue Mounin. Avec sa femme et leur bébé Alain, ils habitaient à Billy, à 25 kilomètres au nord de Vichy près du nœud ferroviaire de Saint-Germain-des-Fossés.Yvonne aidait notamment les parachutistes et les aviateurs alliés tombés comme le canadien Edgar Masson lors du bombardement des usines Dunlop de Montluçon, les hébergeant et leur permettant de rejoindre le maquis de Giat (Puy-de-Dôme). Jacques Meunier avait un rendez-vous avec des résistants le 29 septembre 1943, à Vichy, mais il fut arrêté par la Sipo-SD. Yvonne constatant le désordre sur les lieux de la réunion eut le temps de prévenir de la rafle les résistants, de brûler les papiers compromettant à son domicile et de partir chez ses parents à Paris, la police allemande la recherchant.
Transféré à la prison militaire du 92 à Clermont-Ferrand, les Allemands du SD multiplièrent les séances de torture mais il ne parla pas. Un prisonnier les informa de l’identité de Jacques Meunier, certainement Georges Mathieu instructeur des maquis du Puy-de-Dôme arrêté fin octobre et qui se mit aux services des tortionnaires allemands.

Jacques Meunier fit partie des vingt patriotes « morts pour la France » qui ont été fusillés au stand de tir du 92 e RI, le 20 décembre 1943, après avoir été torturés. Une répression qui faisait suite à la rafle dite de Billom qui a eu lieu quatre jours plus tôt.

Les fusillés de la nuit du 20 au 21 décembre 1943 sont : Pierre Barnier, Roger Bonnet, Gaston Bonniol, Louis Cornuéjouls, René Coudert, Jean-Baptiste Delavet, Bruno Einstein, Lucien Erny, André Jaffeux, Gabriel Lacour,, Jean Laroche, Armand Léoty, Jacques Meunier, Jean Perrain, Paul Picard, François Pradier, Pierre Pottier, Paul Sabatier, Roger Sommevialle et François Vaure.

Le 10 août 1945, le commissaire de la République, Henry Ingrand ex-chef régional des MUR attestait de la disparition de Jacques Meunier et supposait son transport vers Compiègne le 25 décembre et son départ vers l’Allemagne le 27 janvier.
Reconnu Mort pour la France le 20 octobre 1945, il a été homologué commandant FFI le 19 janvier 1946 (J.O. 31-1-1946) et Interné résistant le 20 juin 1963.
Décoré de la Médaille de la Résistance et fait Chevalier de la Légion d’honneur.

Le nom de Jacques Meunier figure sur la plaque commémorative aux victimes 1939-1945 apposée dans le hall de la mairie de Saint-Maur-des-Fossés, commune où sa veuve Yvonne Bing résidait 4 avenue des Sorbiers en 1964. Son fils Alain habitait rue des Galets à Créteil, commune limitrophe.

Début 1946, Yvonne Meunier demanda l’ouverture d’une enquête sur la disparition de son mari, aidé de son beau-frère Pierre Meunier arrêté avant Jacques et déporté à Buchenwald. L’enquête a été de nouveau ouverte à la demande de son fils. Le 26 novembre 1992, le chef du bureau Résistance du Ministère de la Défense, le commandant Armengau écrivit à Mr Cloix de Saint-Maur que Jacques Meunier avait donné ses dernières nouvelles en décembre 1943 et qu’il devait être transféré vers Compiègne.

Sur son acte de naissance la mention de décès porte un jugement rendu par le Tribunal civil de Clermont-Ferrand en date du 4 février 1947 selon lequel Jacques Meunier serait mort "en un lieu indéterminé courant 1943 et postérieurement au 20 décembre". Son certificat de validation des services des déportés et internés de la Résistance daté du 9 mars 1964, indique interné du 27 septembre 1943 au 21 décembre 1943 avec la mention disparu.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article170378, notice MEUNIER Jacques, André, Albert, dit Desaix, Marc par Annie Pennetier, version mise en ligne le 26 mars 2018, dernière modification le 1er octobre 2019.

Par Annie Pennetier

SOURCES : AVCC : AC 21 P 597201. Dossier Jacques Meunier (non consulté) — SHD Vincennes : GR 16 P 414638. Dossier Jacques Meunier .— Arch.dép.Puy-de-Dôme . — Manuel Rispal Billom 1941-1943 Éditions Authrefois, 2013. — Notes de Jean Darracq.— Mémorial GenWeb. — État civil.

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