PERRAIN Jean, Marius. [Pseudonyme dans la Résistance : Marius, Elie Astier]

Par Annie Pennetier, Eric Panthou

Né le 26 décembre 1892 à Arlanc (Puy-de-Dôme), exécuté sommairement le 20 décembre 1943 au stand de tir de Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme) ; communiste ; assigné à Résidence sous l’Occupation ; résistant au sein du Mouvement “Franc-Tireur” puis du Premier Corps-franc d’Auvergne.

Domicilié à Royat, Jean Perrain était marié à Marie-Louise Delbar. Le couple eut une fille née en 1925 à Clermont-Ferrand et un garçon né en 1929. Soldat de la Première guerre mondiale, il était réformé à 100%, sans profession.

Connu de la police comme communiste, il fit l’objet d’une perquisition le 2 puis le 12 décembre 1940. Il fut signalé comme pouvant se livrer à une activité communiste clandestine. Il affirma alors ne plus être en lien avec le Parti communiste. Fin janvier 1941 on informa que la mesure d’internement ordonnée par le préfet concernant Perrain avait été exécutée mais compte tenu de sa santé il avait été assigné à résidence.

En 1943 et alors âgé de 50 ans, il fut l’un des principaux recruteurs de jeunes réfractaires au STO pour les envoyer au maquis d’Arlanc, maquis du Mouvement "Francs-Tireurs", mais contrôlé par trois militants communistes :
Pierre Cerveau, et avec comme principaux adjoints, Jean Perrain et Paul Daigneau, son beau-frère. Jean Perrain, dit Marius, son second prénom, recevait les jeunes réfractaires sous le viaduc de Royat puis à 5 heures du matin, de la garde de Clermont-Ferrand, il les accompagnait ensuite en train jusqu’à la Chapelle-Geneste. Il pouvait aussi recruter des jeunes au hasard comme en témoigna le jeune Henri Vigier, ouvrier Dunlop à Montluçon, réfractaire au STO, et venu à Clermont-Ferrand. Là, en avril 1943, il rencontra un autre jeune devant partir au STO et discutant avec lui place de Jaude, il lui avoua être réfractaire. Marius Perrain entendit la discussion et proposa aux deux jeunes de les cacher dans la montagne. C’est ce qu’il fit le 23 avril en les acheminant à Arlanc puis vers une ferme à Novacelles.
Dans la liste de 72 noms trouvés par la police dans les archives de Pierre Cerveau et dressant les membres du groupe ayant rejoint ce maquis d’Arlanc, Jean Perrain est celui qui a recruté le plus de jeunes, avec 19 hommes en quelques semaines. Selon le témoignage du jeune réfractaire arrêté, Jean Combaneyre, Jean Perrain aurait affirmé avoir participé à un vol dans un dépôt à Chignat (Puy-de-Dôme) et il aurait apporté une mitraillette que portait Pierre Cerveau en permanence. Celle-ci servit à l’attaque de la gendarmerie d’Arlanc le 9 juin 1943 par le groupe pour libérer plusieurs réfractaires arrêtés. Il n’y participa pas car il était reparti la veille. Pierre Cerveau et un gendarme furent tués.
Comme Pierre Cerveau, il disait trouver “Franc-Tireur” trop « tiède ». Jean Perrain fut également chargé de récupérer l’argent nécessaire au ravitaillement du groupe. Il aurait ainsi reçu 50 000 francs de dons de “Franc-Tireur”.
Après le démantèlement de ce maquis d’Arlanc en juin 1943, Jean Perrain fit partie de l’équipe de réception des parachutages pour le compte du Premier Corps franc d’Auvergne. Ces largages de containers avaient notamment lieu dans la commune d’Issertaux, où les chefs du maquis Émile Coulaudon alias Gaspard, Antoine Llorca, venaient loger dans les fermes des familles Gruin,Vaure et Chavarot au lieu-dit Gague, la Baraque-Haute. Il est possible que Jean Perrain ait profité de ses responsabilités pour détourner une partie des armes reçues par le Premier Corps franc d’Auvergne pour les distribuer aux FTP qui se plaignaient de façon récurrente d’être mal desservis par rapport aux MUR et à l’Armée Secrète.

Le 16 décembre 1943 au matin, des blindés et automitrailleuses allemandes et la police française investirent le village d’Isserteaux, et capturèrent Jean Perrain, François Vaure, Fernand Chavarot, Roger Oswald et les frères Coudert René, Robert et Marcel. La cache d’armes ayant été découverte dans la cave d’une maison abandonnée au lieu-dit "les Roches", les résistants durent chargés les armes dans les camions allemands. Les miliciens présents réclamèrent les cartes d’alimentation et indiquèrent qu’il venait d’achever "un jeune terroriste" découvert alors qu’il s’était caché ; c’était Armand Merle porteur d’une cartouche dans sa poche. Les maisons furent pillées.

Les captifs furent transportés à la prison militaire allemande de Clermont-Ferrand.
Jean Perrin est un des vingt patriotes « morts pour la France » qui ont été fusillés au stand de tir du 92 e RI, à Clermont-Ferrand, le 20 décembre 1943, après avoir été torturés. Ils ont été fusillés selon témoignage du gestapiste Georges Mathieu en guise de représailles à l’attaque par les FTP le 15 décembre d’un Hôtel réquisitionné par les Allemands. L’Hôtel du Globe se situait avenue du château Rouge à Clermont-Ferrand.

Sur décision de Blumenkamp, chef du Sonder Kommando de Vichy, 24 personnes arrêtées dans les deux derniers mois devaient être fusillées comme otages, surtout des raflés de Billom et aussi de Saint-Maurice, et quelques autres arrêtés à Clermont
Circonstance aggravante expliquant sans doute le traitement infligé à Jean Perrain et deux de ses camarades, ils avaient été arrêtés détenteur d’une photo d’eux posant au maquis avec armes et une faucille et un marteau à la main, photo qui est parvenue jusqu’à nous et publiée par Manuel Rispal.
Cette répression faisait suite à la rafle dite de Billom, son canton, Issertaux et Brousse, qui avait eu lieu quatre jours plus tôt. François Chavarot et Roger Gruin moururent en déportation.

Son corps fut trouvé le 10 septembre 1944 dans une fosse commune au stand de tir du 92ème RI de Clermont-Ferrand. Il fut par la suite déclaré par le tribunal civil de Clermont-Ferrand comme mort le 20 décembre 1943 à Clermont-Ferrand.

Les autres fusillés de la nuit du 20 au 21 décembre 1943 sont : Pierre Barnier, Roger Bonnet, Gaston Bonniol, Louis Cornuéjouls, René Coudert, Jean-Baptiste Delavet, Bruno Einstein, Lucien Erny, André Jaffeux, Gabriel Lacour,, Jean Laroche, Armand Léoty, Jacques Meunier, Paul Picard, François Pradier, Pierre Pottier, Paul Sabatier, Roger Sommevialle et François Vaure.

Ses obsèques eurent lieu le 19 septembre 1944 à Royat en présence d’une foule nombreuse, avec un discours d’un membre du Comité départemental de Libération.
Le nom de Jean Perrain est gravé sur le monument aux morts de Royat. Il a été reconnu "Mort pour la France", avec le grade de sous-lieutenant FFI. Son action de résistant a été reconnue comme remontant au 11 juin 1943. C’est tardivement, après le décès de sa mère survenu en 1951, que la fille de Jean Perrain fit des démarches en vue d’obtenir la carte d’Interné. Elle reçut d’abord la carte d’Interné politique en 1963 puis la carte d’Interné-résistant l’année suivante.

Sa fille Yvonne épousa Edmond Boulinguez , lui-même de la famille de deux militants communistes du maquis où était Perrain et Daigneau.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article170379, notice PERRAIN Jean, Marius. [Pseudonyme dans la Résistance : Marius, Elie Astier] par Annie Pennetier, Eric Panthou, version mise en ligne le 5 février 2015, dernière modification le 27 décembre 2020.

Par Annie Pennetier, Eric Panthou

SOURCES : Arch. dép. du Puy-de-Dôme, 908 W 98 : crimes de guerre. Fusillés du 92 .— Arch. dép. du Puy-de-Dôme : 1296 W 63 fiche individuelle en date du 12 décembre 1940.—Arch. dép. du Puy-de-Dôme : 1296 W 75 : Le 30 janvier 1941, le contrôleur général à l’inspecteur général chargé des services de police criminelle.— Arch. dép. du Puy-de-Dôme : 1296W63 : Le commissaire de police mobile à commissaire divisionnaire chef 6éme brigade mobile, le 16 décembre 1940.— Arch. dép. du Puy-de-Dôme, dossier d’internement d’Henri Vigier . —Arch. dép. du Puy-de-Dôme : 1296W422 : le Commissaire de police de sûreté Trotta à Monsieur le commissaire divisionnaire, chef du service régional de police de sûreté, le 22 juin 1943.— SHD Vincennes, dossier GR 16 P 46793 (nc).— SHD Caen, dossier AC 21 P 657933 .— "Royat. Émouvantes obsèques de Marius Perrain", La Voix du Peuple, 20 septembre 1944. — Manuel Rispal Billom 1941-1943, Editions Authrefois, 15130 Ytrac , 2013. — Notes de Jean Darracq

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