BOIN Maurice

Par Claude Pennetier

Né le 24 mai 1889 à Bourges (Cher), mort en 1941 à Bourges ; instituteur révoqué ; membre du comité directeur du Parti communiste ; exclu en 1929, il adhéra au Parti socialiste.

Maurice Boin
Maurice Boin

Maurice Boin était fils du socialiste Michel Boin et frère cadet de René Boin. Son père, modeste manœuvre, voulut donner de l’instruction à ses enfants. Maurice Boin, comme son frère René, fit ses études à l’école primaire supérieure, puis à l’École normale d’instituteurs de Bourges. Pourvu du Brevet supérieur et du certificat de fin d’études normales, il exerça tout d’abord à Dun-sur-Auron puis à Vierzon-Village. Dès l’âge de seize ans il collaborait au Bulletin de la Bourse du Travail de Bourges. Maurice Boin fréquentait alors les milieux anarchistes. L’Émancipateur communiste du 9 mars 1930, rappela, peu après son exclusion, quel avait été selon lui, son itinéraire politique : « venu de l’anarchisme au communisme pour se faire une situation, le policier Boin retourne au vomissement social-bourgeois et fasciste ». Il est impossible de préciser à quel groupe anarchiste il appartint. Son fils, Marcel Boin, se souvient cependant que Maurice Boin connut sa femme dans des réunions anarchistes et qu’il collabora à un journal anarchiste vers 1909-1910 ; dans un de ses articles, il plaignait les chevaux des cortèges royaux victimes des attentats anarchistes. En 1911, il fit son service militaire au bataillon de Joinville et en raison de ses capacités sportives, il en sortit avec le grade de sergent.

Mobilisé à Autun en 1914, il obtint en 1918 le grade de capitaine au sein du 167e régiment d’infanterie ; Maurice Boin avait reçu deux blessures et cinq citations lui furent attribuées ; il fut fait prisonnier en 1916 ou 1917. Pour son attitude pendant la guerre, il fut nommé Chevalier de la Légion d’honneur. À Autun, en 1919, l’armée lui aurait proposé le grade de commandant pour partir combattre avec les forces d’intervention françaises en Russie (témoignage de Marcel Boin). Libéré le 3 août 1919, il reprit ses fonctions d’instituteur, et exerça à Bourges à l’école communale d’Auron.

Maurice Boin adhéra dès son retour au Parti socialiste et au comité de la IIIe Internationale. Très rapidement, ses incontestables qualités oratoires en firent le principal représentant des partisans de l’adhésion sans réserve à la IIIe Internationale dans le Cher. Au congrès départemental de février 1920, il présenta une motion dans ce sens au nom du Comité de la IIIe Internationale. A l’issue de cette réunion, Maurice Boin fut élu au bureau fédéral. Son « bolchevisme » - en raison peut-être de sa participation au bureau - fut plus modéré que celui de A. Gauvin de Vierzon et de Lerat de Sancerre. Boin recherchait surtout, avec succès d’ailleurs, l’appui des « reconstructeurs » pour neutraliser Laudier et ses amis. Le départ du secrétaire général de la Fédération du Cher, Laudier, après le congrès de Tours, le plaçait au premier plan dans la Fédération, mais par souci de continuité A. Guillot, secrétaire fédéral fut maintenu à son poste. Après s’être élevé contre la dénonciation du communisme de gauche car « dans nos provinces surtout, nous ne saurions être trop rouges ! », il défendit le courant centriste du Parti communiste. Grâce à ses nombreux meetings, ses articles enflammés, Maurice Boin acquit une grande popularité dans le Cher. Déplacé d’office, Maurice Boin refusa de rejoindre son nouveau poste et fut radié des cadres de l’enseignement en mars 1923. Cette mesure affecta peu Maurice Boin qui put ainsi se consacrer entièrement au militantisme politique. Dans une lettre de juin 1926 adressée par J. Rollo, secrétaire fédéral de la Fédération unitaire de l’enseignement, à G. Beauvois, secrétaire de la section du Cher, Rollo qui menait les démarches à l’échelle nationale pour obtenir la réintégration de Boin, pensait que celui-ci « a toujours montré une mauvaise volonté à répondre aux multiples lettres que je lui ai adressées » et il poursuivait : « J’ai souvent pensé que ce camarade ne tenait pas à sa réintégration » (Arch. du synd. de l’ens. du Cher). Dégagé de ses obligations professionnelles, Boin fut nommé délégué permanent du Parti au secrétariat interfédéral du Centre, rédacteur en chef de L’Émancipateur, et directeur de l’Imprimerie ouvrière du Centre.

Le congrès de Lyon - janvier 1924 - l’élut au comité directeur du Parti communiste. Cependant la décision du congrès de présenter neuf-dixièmes de travailleurs manuels, écarta sa candidature aux élections législatives de 1924 où un communiste, Gaston Cornavin, fut élu. Le 31 juillet 1924, le Bureau politique supprima son poste de délégué à la propagande « pour raisons financières » (Arch. Nat. F7/13092). Aux élections municipales de Bourges en 1925, Boin conduisit la liste du Bloc Ouvrier et Paysan qui n’eut aucun élu. Boin obtint 28,6 % des voix des électeurs inscrits, soit plus que Cornavin aux législatives de 1924. En 1927, il fut condamné par le tribunal correctionnel de Bourges à trois mois de prison avec sursis et à 500 francs d’amende « pour provocation de militaires à la désobéissance » et comme imprimeur d’affiches antimilitaristes. Il bénéficia de circonstances atténuantes pour sa conduite brillante pendant la guerre mais il fut radié des cadres de la Légion d’honneur. Le Bureau politique réuni le 5 juin 1926 avait envisagé de le faire venir à Paris un mois puis de l’envoyer dans le Nord comme administrateur de la presse communiste. L’éventualité de sa candidature aux élections législatives de 1928 souleva de violentes querelles au sein du Parti communiste dans le Cher. Le retour au scrutin uninominal d’arrondissement posait le problème de la répartition des circonscriptions. Les communistes pensaient enlever le siège de la deuxième circonscription de Bourges-Vierzon - mais qui présenter ? Boin ou le député sortant, Cornavin ? Les rapports de police se font l’écho de l’hostilité de plusieurs membres de la direction régionale, notamment des ouvriers des Établissements militaires de Bourges à une candidature Boin. Ainsi, Louis Buvat, lors d’une réunion des cellules numéros 1 et 2 des E.M., le 13 février 1928 estimait « que Boin est un arriviste, un anti-communiste et que s’il était candidat, il fallait lui donner la plus mauvaise circonscription » : à la même réunion, Auguste Virmot éventuel candidat à Bourges, déclarait : « le BP n’est pas loin de supposer que Boin a été sollicité par la bourgeoisie » pour être candidat (Arch. Dép. Cher, 25 M 128). Boin restait cependant très influent, malgré la position de député sortant de G. Cornavin et les cellules du Vierzonnais ne désignèrent ce dernier qu’à une seule voix de majorité sur Boin. Maurice Boin refusa d’abord de se présenter puis revint sur sa décision et fut désigné par la conférence départementale pour la première circonscription de Bourges à l’unanimité moins deux voix. Il n’accepta ce mandat qu’après le vote positif des cellules, Bâtiment de Bourges et Saint-Florent mais Cormieux, représentant des Établissements militaires fut blâmé par sa cellule pour son vote favorable. Le conflit entre Cornavin et Boin resta permanent pendant la campagne ; à la conférence régionale du 25 février 1928, ils s’affrontèrent sur la nécessité du programme local dont Boin était partisan, Cornavin eut gain de cause et seuls les problèmes nationaux furent envisagés dans les professions de foi. Tous les rapports de police soulignèrent le ton modéré de sa campagne électorale. Le 5 avril 1928, le commissaire spécial de Bourges écrivait : « Très adroit, M. Boin met une sourdine aux véritables aspirations communistes et tient, dans ses réunions, un langage dénué de violences habituelles, aussi ses adversaires disent-ils de lui, qu’il masque son communisme destructeur sous le voile pudique d’un programme digne d’un candidat bourgeois. Les pronostics lui attribuent le plus grand nombre de voix au 1er tour ». (Arch. Nat. F7/12767). Les résultats du premier tour marquèrent un succès pour les communistes du Cher. Le pourcentage global des voix BOP du département, par rapport aux électeurs inscrits, passait de 24,7 % en 1924 à 26,2 % en 1928. Le succès personnel de Boin n’était pas moindre, les voix de Bourges passaient de 21,9 % à 25,9 % ; Boin pouvait être élu si le socialiste Laudier, qui n’avait obtenu que 19,1 %, acceptait de se retirer. Boin a écrit plus tard - et l’analyse de son attitude le confirme - qu’il était hostile à la tactique électorale « classe contre classe » du Parti communiste qui impliquait le refus de désistement au deuxième tour en faveur des socialistes. Dans sa brochure Pourquoi et comment j’ai été exclu du Parti communiste publiée en 1929, Boin résuma ainsi son intervention au bureau régional « C’est à propos de la circonscription de Sancerre que j’engage la discussion »... « retirons la candidature communiste du citoyen Lerat, et barrons la route au candidat des hobereaux » Massé, en assurant l’élection du radical Plaisant. « De plus, notre conduite aura sa répercussion sur l’issue de la lutte dans les trois autres circonscriptions du Cher et les travailleurs socialistes et radicaux, comprenant notre but commun, feront triompher les trois candidats communistes. En Nièvre, ne permettons pas à notre ami Bailly de se maintenir contre le socialiste Fié. À Nevers, à Château-Chinon, à Châteauroux, partout, ayons cette attitude conforme aux intérêts immédiats de la classe ouvrière » (page 17). Le bureau régional refusa et devant l’intransigeance du Parti communiste, le Parti socialiste demanda à Laudier de se maintenir au deuxième tour, Laudier accepta à contre-cœur pensant que les électeurs ne lui pardonneraient jamais cette attitude qui assurait l’échec de Boin. Au deuxième tour, Cornavin fut battu à Vierzon et Boin obtint 28,8 % des voix des électeurs inscrits. La conférence régionale du 3 juin 1928 lui reprocha, ainsi qu’à Debret de la Nièvre et à Aurin de l’Indre, d’avoir commis des fautes graves et manqué de fermeté politique. La direction régionale lui fit en particulier grief de ne pas avoir organisé de réunions publiques entre les deux tours, d’avoir négligé sa campagne électorale, de ne pas avoir imprimé une affiche spéciale pour la première circonscription de Bourges ainsi qu’il en avait reçu l’ordre. Dès le mois de juin, sa signature disparut de la première page de L’Émancipateur ; à partir du 15 juillet il n’était plus indiqué comme rédacteur en chef et le 30 juillet 1928, il informa le procureur de la République de Bourges qu’à dater de ce jour, il cessait d’assurer les fonctions de gérant du journal. Boin refusa de se rendre à la Commission centrale de contrôle politique le 20 décembre 1928. Les membres du Parti communiste de Bourges n’ignoraient pas que le conflit était vif au sein du bureau régional, c’est pourtant avec stupeur que les militants et les sympathisants non avertis apprirent dans L’Émancipateur du 13 janvier 1929 l’exclusion de Maurice Boin.

Le déroulement de l’exclusion de Maurice Boin est connu par diverses sources : les rapports de police mais surtout les articles de L’Émancipateur et la brochure publiée en mars 1929 par Maurice Boin. Cet opuscule de soixante pages, tiré à deux mille exemplaires fut un des seuls moyens dont disposa Maurice Boin pour s’expliquer auprès des membres du Parti, la direction régionale lui refusant le droit de répondre dans L’Émancipateur. Lors de la réunion du 1er février 1929 de la cellule numéro 1 des Établissements militaires, un assistant ayant demandé s’il n’y avait pas lieu d’entendre Maurice Boin en réunion générale, Buvat répondit « que si Boin désirait, la salle de la Bourse du Travail lui serait louée au tarif ordinaire, mais qu’il y a beaucoup de chances pour qu’il en sorte à coups de pied au c... » (Arch. Dép. Cher 25 M 128).

Le premier motif invoqué pour l’exclusion de Maurice Boin fut le paiement par lui consenti, de l’amende auquel l’avait condamné le tribunal correctionnel de Bourges en 1927. Jusqu’en octobre 1930 où une dérogation fut faite pour Maurice Thorez, le Parti se refusait à payer ou à laisser payer les amendes encourues par ses militants, quitte à ce que ceux-ci subissent la contrainte d’avoir refusé le contrôle de la commission de presse de la Région du Centre sur L’Émancipateur.

Il faut rechercher des motifs plus profonds à son exclusion. Les jeunes militants des Établissements militaires s’inquiétaient de la popularité croissante de Boin, de sa gestion personnelle de L’Émancipateur ; ils mettaient en doute la sincérité de ses déclarations politiques. Ses contacts personnels avec des notables, des francs-maçons, lui étaient fréquemment reprochés.

Ces critiques étaient en partie injustifiées car Maurice Boin n’appartint jamais à la franc-maçonnerie et c’est sa position de directeur de l’Imprimerie ouvrière du Centre, qui l’amenait à être en rapport avec des « bourgeois ». Galopin, ancien secrétaire de la XIIe entente des Jeunesses Communistes, nous a confirmé que les responsables de la J.C., farouches partisans de la tactique « classe contre classe » souhaitaient la mise à l’écart des « vieux opportunistes » comme Boin et Pierre Hervier.

Maurice Boin vit dans son exclusion le triomphe de l’ouvriérisme. Il écrivait dans sa brochure (page 12) « J’ai porté dans le Parti communiste, cette tare originelle. Je suis un intellectuel. Un bien petit intellectuel »... « Les élections législatives de 1924, dans le Cher, portèrent à la députation le candidat « ouvrier » Cornavin. Ce fut le début de mon exclusion. Les ouvriéristes avaient trouvé leur expression, leur chef ». Boin ne ménageait guère la susceptibilité de ces « cadres ouvriers », il ironisait sur leurs « articles boursouflés » « d’une orthographe à frémir et d’une joyeuse syntaxe ».

L’exclusion de Maurice Boin largement commentée par la presse locale et même nationale, porta tort à l’implantation communiste dans le Cher. Aux Établissements militaires, plusieurs défenseurs de Boin - Cormieux et Boudignon - avaient démissionné dès le mois de juillet 1928. Dans les campagnes, beaucoup de communistes ne comprirent pas le sens de l’exclusion ; ainsi H. Monot, dirigeant communiste de La Guerche, avait vu dans cette affaire un règlement de compte personnel sans motifs politiques profonds (témoignage de H. Monot). Lors d’une réunion des cellules des E.M., le 3 octobre 1933, Marcel Cherrier constatait : « Depuis l’exclusion de Boin, les effectifs sont allés en diminuant et on constate que l’indifférence a gagné les masses ». L’implantation électorale comme les effectifs crûrent jusqu’en 1928 et l’affaire Boin marqua une rupture. La vente de L’Émancipateur passa de 7 300 exemplaires en 1928 à 5 500 en 1929 ; le nombre de cellules de 70 à 48. Après le départ de Boin et de l’instituteur Rolland, solidaire de ce dernier, il ne restait aucun « intellectuel » à la direction du Parti communiste du Cher et un seul parmi les militants de base - S. Delas, instituteur retraité.
L’exclusion fut pour M. Boin le début d’une rapide évolution politique. Déjà dans sa brochure de mars 1929, il reniait ses idées antiparlementaires : « Je me suis laissé aller, comme les autres, aux temps glorieux où je traînais, sur les chemins de la propagande, le maroquin, bourré de paperasses, à développer ce thème facile et si propre à soulever les applaudissements d’une salle » (page 13). Dans sa conclusion, il abandonnait la lutte de classe « les forces du progrès social, les forces sincères et agissantes ne sont point seulement à l’usine et à la ferme »... « Dans l’âme du boutiquier, de l’artisan, du fonctionnaire, du commerçant, de l’industriel, du professeur, s’engendrent autant de vues vers l’idéal que dans l’âme du manœuvre. Il faut réunir tout cela, grouper, fortifier, éclairer » (page 577).

Son exclusion intervenant juste avant les élections municipales de 1929, Boin décida de se présenter seul sous l’étiquette « communiste indépendant ». Le préfet écrivait le 4 mai 1924 : « son talent oratoire, sa tenue correcte, les relations qu’il conservait un peu dans toutes les classes font qu’il figurera dans toutes les listes aux lieux et places du candidat radié » (Arch. Nat. F7/12757). Il fut élu tandis que la liste communiste était battue. Il fut aussi candidat aux élections sénatoriales du 20 octobre 1929 et obtint autant de voix que la moyenne de la liste communiste au premier tour. Au deuxième tour, il se désista pour le mieux placé des candidats de gauche, le socialiste H. Laudier qui fut élu. Licencié de l’Imprimerie ouvrière, Boin devint libraire puis artisan-imprimeur. H. Barbusse l’avait encouragé à mettre son style au service de la littérature ; dans les mois qui suivirent son exclusion, il écrivit un roman Les Cellulards. L’œuvre, refusée par les éditeurs a surtout une valeur de témoignage sur les idées politiques de Boin et la vie du Parti communiste à Bourges. Le personnage principal Étienne Rancier, ouvrier aux Établissements militaires de Bourges adhéra au PC en 1924, au moment de la bolchévisation. Le roman décrit sa déception devant la faiblesse des débats politiques, l’ouvriérisme, la dictature des permanents. Ne trouvant pas dans le Parti le « véritable embryon de la société de l’avenir », Rancier démissionne en février 1928. Boin a pris soin de décrire des faits réels et, si le personnage principal est une création de l’auteur, les autres sont aisément reconnaissables : A. Guillot, secrétaire régional, se cache sous les traits de Dumontar, permanent imbu de son rôle et prompt à suivre les directives du Bureau politique ; Téteau n’est autre que l’irascible L. Buvat ; Virmot apparaît sous le nom d’Alavoine, Pierre Lescot sous le surnom habituel de l’Fameux, Marcel Cherrier est appelé « le furet », son vrai surnom étant « le malin ». Boin qui prit le nom de Pétrus, se fait décrire par un ouvrier communiste : « Il assiste peu aux réunions des cellules, mais on le rencontre assez souvent à la Bourse du Travail [...] Pétrus [...] un instituteur [...] un chic type, pas fier, un fils d’ouvrier [...] un intellectuel, ça c’est certain [...] faut pas lui parler d’autres choses que de ses bouquins... » « Seulement tu comprends, avec le Bureau régional, ça bat un peu froid, parce que Pétrus n’est pas un ouvrier manuel. On l’estime, mais on se tient un peu sur la réserve [...] avec les intellectuels, on ne comprend pas toujours [...] ce sont des gens trop calés pour nous [...] ainsi dans la question russe, il marcherait de préférence avec Trotsky, avec Zinoviev ! » (manuscrit page 79). Boin était donc hostile à la direction stalinienne de l’État soviétique. Aucun autre de ses écrits ne permet de confirmer cette assertion. Lors d’une réunion du rayon de Bourges, en mars 1927, il s’était contenté de parler : « du désaccord qui existe en Russie parmi les dirigeants communistes Kamenev et Zinoviev, désaccord qui ne peut que nuire à la bonne harmonie qui doit règner au sein du Parti et sans laquelle il n’est pas d’action mondiale possible » (Arch. Nat. F7/13108), mais il n’allait pas au bout de sa pensée. Il est possible qu’il ait désapprouvé la politique de l’Internationale communiste en Chine, il déclarait le 21 juillet 1927 « La Russie ne pourra définitivement édifier le socialisme que si tous les peuples suivent l’exemple de la Chine ».

Maurice Boin, contacté par le radical André Sauger pour créer un hebdomadaire régional, refusa. Ses sympathies étaient acquises à la SFIO, mais l’éventualité de son adhésion posait de part et d’autre des problèmes d’amour propre et d’intérêts électoraux. Henri Laudier, voyait en Maurice Boin, un dangereux concurrent, capable d’obtenir l’investiture de la SFIO pour les élections législatives de 1932. Selon L’Émancipateur, la section de Romorantin (Loir-et-Cher) lui proposa d’adhérer en septembre 1931 et le Réveil socialiste du Cher publia le 12 septembre 1931, un article de Boin : « Pourquoi j’ai adhéré au PS », et ce n’est qu’en juin 1932 qu’il fut muté à la section de Vierzon. La Fédération SFIO du Cher, traversait en 1932-1933 une crise qui se termina par l’exclusion, en novembre 1933, du néo-socialiste Laudier ; Boin le suivit. Il donna une autre version dans sa profession de foi électorale de 1936 « Sur le point de prendre sa carte du Parti socialiste, une année après que la section socialiste de Vierzon lui ait ouvert en principe ses portes, Maurice Boin se refuse à suivre tous ceux qui s’apprêtent à déserter et à trahir la collaboration qu’ils avaient, pendant plus de dix années, apportée sans réserve au maire de Bourges ». En 1935, il fut réélu conseiller municipal sur la liste d’Union républicaine et socialiste conduite par Laudier.
Maurice Boin fut hostile au Front populaire qui mettait les socialistes « à la remorque du Parti de Moscou, sous le couvert de réaliser un prétendu Front commun ». En 1936, il fut candidat de l’Union socialiste et républicaine dans la première circonscription de Bourges. La SFIO accueillit fort mal cette initiative qui risquait de placer le député sortant, le socialiste Cochet, derrière le communiste Gatignon au premier tour et d’assurer le succès de la droite au second tour. Maurice Boin obtint 5,3 % des voix des électeurs inscrits ; le socialiste Cochet passa de 22,5 % en 1932 à 18,5 % et fut distancé par le communiste - 18,8 % - ; au second tour, Gatignon fut battu par le « républicain de gauche » J. Massé.

Entre 1936 et 1941 année de son décès, Boin ne joua de rôle politique que comme conseiller municipal de Bourges et resta lié à Laudier.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article17048, notice BOIN Maurice par Claude Pennetier, version mise en ligne le 20 octobre 2008, dernière modification le 20 avril 2020.

Par Claude Pennetier

Maurice Boin
Maurice Boin

ŒUVRE : Maurice Boin écrivit régulièrement dans L’Émancipateur du Centre à partir de 1921, il en fut rédacteur en chef de 1925 à 1928. — Il collabora au Travailleur (Loiret, Nièvre, Saône-et-Loire, Yonne) en 1923 et 1924. Boin publia deux brochures : Les origines du socialisme, Bourges, 1921, 28 p. contenait ses cours à l’École de propagandistes de Bourges. — Pourquoi et comment j’ai été exclu du Parti communiste, 60 p., 1929, tiré à 10 000 exemplaires. — Il signa la préface du livre de Montusés, Les ennemis des paysans, 1928. — En 1929, Boin mis en scène les militants communistes de Bourges dans un roman inédit Les Cellulards.

SOURCES : Arch. Nat. F7/12763, F7/13108, F7/13115, F7/13747. — Arch. Dép. Cher, 25 M 127-128, 19 M, 20 M. — Arch. du synd. de l’Ens. du Cher. — Professions de foi de 1928 et 1936. — I.M.Th., bobines 95 et 280. — L’Émancipateur. — La Victoire, 7 avril 1929. — Le Réveil socialiste du Cher. — Cl. Pennetier, thèse, op. cit. — Témoignages de son fils Marcel Boin et de militants communistes de la période 1920-1930.

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