SIMON Jacques [SIMON Adolphe, dit Jacques]

Par Guy Putfin

Né le 1er° avril 1933 à Palat (Algérie), mort le 31 octobre 2019 à Villejuif (Val-de-Marne) ; instituteur puis professeur de collège à Antony (Hauts-de-Seine) ; syndiqué au SNI, membre du PCI (Parti communiste internationaliste), engagé auprès de la direction de l’USTA (Union syndicale des travailleurs algériens) en 1956-1957 ; historien, spécialiste du mouvement national algérien et de l’immigration.

Jacques Simon naquit à Palat, aujourd’hui Mellakou, près de Tiaret, en Algérie, dans une famille juive berbère. Son père, Étienne Simon, né à Palat en 1899, avait épousé Yvonne Teboul, née à Frenda, le 5 janvier 1899. Il tenait le café central du village de Palat. En butte à l’antisémitisme sous le gouvernement de Vichy, Il dut le vendre, et ouvrit ensuite une petite épicerie. Sa mère, Yvonne, qui avait obtenu le brevet élémentaire, était institutrice à Palat et occupait l’appartement de fonction réservé aux instituteurs. Elle se syndiqua au SNI. En octobre 1940, l’abrogation du décret Crémieux retira aux Simon leur nationalité française. Sa mère perdit son emploi et dut quitter le logement de fonction. En 1942, elle retrouva un emploi d’institutrice dans une école juive à Tiaret, où elle emmena son fils Jacques qui avait dû quitter l’école de Palat , où il était au cours moyen. Jacques Simon entra en classe de 6° au lycée de Tiaret, et y redoubla sa 6e. En octobre 1945, il devint interne, en classe de 5°, au lycée de Mascara. Il redoubla sa 3e, et obtint le BEPC. Il échoua au baccalauréat. Chaque année, il retournait à Palat pour les vacances scolaires. En octobre 1951 il fut admis en classe de première, comme externe, au lycée Bugeaud à Alger, puis comme interne l’année suivante. Il obtint les deux parties du baccalauréat. Á Alger, il fréquentait le cercle juif.

Fin août 1953, il partit à Paris et s’inscrivit en propédeutique à la Sorbonne et en première année de Droit. En juin 1954, reçu à l’oral, il échoua à l’écrit. Il retourna à Palat passer les vacances scolaires. Il revint à Paris en septembre pour passer son examen de droit qu’il réussit. De retour à Palat, il obtint en octobre une place de maître d’internat au lycée Laperrine à Sidi bel Abbès. Il s’intéressa au déclenchement de la guerre d’Algérie et à la politique nationale et internationale. Il était un lecteur assidu de la presse algérienne à la bibliothèque municipale et prit l’habitude de constituer des dossiers documentaires.

Aux vacances de Noël 1954, il retourna à Mascara, puis à Alger où il s’inscrivit en deuxième année à la Faculté de Droit, avant de revenir à Sidi Bel Abbès, où ses fréquentations et ses lectures l’amenèrent à devenir trotskyste.

Après les vacances d’été à Palat, fin août 1955, il repartit pour Paris et s’inscrivit de nouveau en deuxième année de Droit. Il prit alors contact avec le PCI (Parti communiste internationaliste), et y adhéra en septembre 1955, avec le pseudonyme de Rhovyl.

Á la rentrée d’octobre 1955, il prit un poste d’instituteur suppléant à Paris. Il adhéra au SNI où il militait dans la tendance École émancipée.

Au PCI, il fit la connaissance de Pierre Lambert. En décembre 1955, il alla à Alger, transportant de l’argent pour le MNA (Mouvement national algérien), puis passa Noël dans sa famille à Palat, et revint à Paris. Début juin 1956, alors qu’il distribuait des tracts aux soldats du contingent, il fut arrêté, et passa cinq jours à la prison de la Santé. Pendant les vacances scolaires, il travailla comme manutentionnaire aux Galeries Lafayette.

En septembre, il participa au comité de rédaction de La Vérité, où il suivait les questions d’Afrique du Nord. Fin 1956, il commença à travailler avec la direction de la Fédération de France de l’USTA (Union syndicale des travailleurs algériens), sous le pseudonyme d’Aklouf, notamment en préparant de la documentation et des dossiers, collaborant à la rédaction de La Voix du Travailleur Algérien. En juin 1957, il participa au premier congrès de la Fédération de France de l’USTA dont il assura le secrétariat. Il faisait le lien avec le SNI, le SERP (Syndicat de l’enseignement de la région parisienne) et la FEN.

En septembre 1957, il prit un poste de surveillant d’externat à Paris, au lycée Voltaire, où enseignait Robert Chéramy. Á Paris, il occupait une chambre Boulevard Raspail. Il fit la connaissance d’Yvette Vaysse, vendeuse dans une bijouterie, qui habitait à ce moment là dans le même immeuble que lui. Son sursis étant venu à expiration, fin novembre, il partit pour Marseille puis Alger, et alla dans sa famille à Palat où il reçut, le 22 avril 1958, sa feuille de route l’affectant comme 2° sapeur à la compagnie 1/3 au 19° régiment du Génie à Alger, caserne d’Hussein Dey. Il fut affecté à la formation des EOR (élèves officiers de réserve), d’où il sortit avec le grade de caporal. Fin juillet 1958 il fut traduit devant le tribunal militaire d’Alger pour ses activités à l’USTA et ses contacts avec le MNA. Il fut défendu par Yves Dechezelles. Il fut ensuite affecté dans une section spéciale à Ben Zireg, près de Colomb Bechar dans l’Ouest saharien, où il devait poser des mines près de la frontière marocaine. En février 1959, à l’occasion d’une permission, il retourna à Paris chez Yvette, puis revint voir sa famille à Palat avant de rejoindre le camp de Ben Zireg. Début août 1959, il rentra à Paris en permission pour se marier avec Yvette, le 12 août à la mairie du XX° arrondissement. Le couple habita un appartement à Antony. Hospitalisé pour une appendicite, Jacques Simon fut affecté au secrétariat du 5e régiment du Génie à Versailles et nommé caporal chef. Suite à un accident au bureau, il fut opéré à l’hôpital de Versailles où il resta plusieurs mois, jusqu’à fin juin 1960. Peu après, il fut libéré de ses obligations militaires.

En juillet 1960, naquit son fils Eric. En septembre, il obtint un poste d’instituteur à Antony, au groupe scolaire Pajaud, et enseigna à une classe de CM. Il logeait dans l’appartement de fonction. Il était syndiqué au SNI.

En mai 1961, ses parents vinrent s’installer en France, à Wissous (Seine-et-Oise), dans la région parisienne. Á la rentrée 1962, on lui confia une classe de fin d’études, mais il dut abandonner le logement de fonction, et habita un appartement du quartier de Fontaine Michalon.

Au plan local, au SNI, tout en se revendiquant de la tendance École émancipée, il soutenait les positions de la majorité fédérale sur l’Algérie, qui proposait la tenue d’une conférence de la Table ronde.

Du 2 au 22 juillet 1963, avec une carte de journaliste du PSU, il entreprit un voyage en Algérie pour y étudier l’autogestion. Il contacta l’UGTA qui le prit en charge, mais lui conseilla ensuite de quitter l’Algérie avant que la situation politique ne se complique.

Á la rentrée 1963, il fut nommé PEGC (Professeur d’enseignement général de collège) à Antony. En 1965, naquit sa fille, Anne.

Il avait repris contact avec Pierre Lambert, mais sans s’engager. Début avril 1961, il avait intégré une cellule d’enseignants du PCI qu’il quitta en 1970. En 1972, il participa, sous le pseudonyme d’Aklouf, avec Bachir, à la création du Comité de liaison des trotskystes algériens (CLTA) dont il fut un des responsables de 1972 à 1980, date à laquelle la direction décida de s’installer à Alger. Il dirigea le mensuel Libre Algérie, créé par Ali André Mécili, jusqu’en 1988. De 1982 à 1984, il fut membre de l’OCI (organisation communiste internationaliste). Puis adhéra en 1986 au Parti socialiste.

Áprès 1968, Jacques Simon reprit des études et obtint en 1970 une licence d’histoire géographie à la Sorbonne. En 1990, il passa une maîtrise de sciences politiques à Paris VIII (sur l’USTA), en 1991 un DEA d’Histoire à Paris III (chronologie de la guerre d’Algérie). Après sa retraite de PEGC, en 1993, il prépara et soutint une thèse de doctorat d’Histoire sur Messali Hadj, en 1995, qui fut publiée aux éditions Tirésias.
En 1989, il avait créé le club de réflexion sur l’immigration, la démocratie et l’Intégration (CRIDI).

En 1995, il créa avec l’appui du secrétaire général de la FEN, Guy Le Néouannic, le CREAC (Centre de recherche et d’études sur l’Algérie contemporaine) qui publia une revue trimestrielle, CIRTA. Le CREAC était hébergé dans les locaux du centre de documentation et d’archives de la FEN, rue Rodier à Paris IXe arr.°.
Le 15 mai 1998, il participa au colloque organisé par la FEN et la MGEN pour le centenaire de Messali Hadj. En 2000, il assista à Tlemcen, en Algérie, au colloque sur Messali Hadj. Dans sa biographie, il écrit, qu’au retour de Tlemcen, il prit de nouveau conscience qu’il était juif berbère d’Algérie.

Depuis 2000, il dirige aux éditions L’Harmattan deux collections sur l’Algérie contemporaine et l’Immigration, CREAC-Histoire, et CREAC-Politique et société. Il est l’auteur de plus de vingt livres sur l’histoire de l’Algérie, portant essentiellement sur le mouvement nationaliste de Messali Hadj, publiés aux éditions de L’Harmattan.

Jacques Simon avait été soigné pour un cancer du poumon. Son état était stabilisé, mais des complications survenues ultérieurement ont entraîné son décès, le 31 octobre 2019 à l’hôpital Paul Brousse à Villejuif, où il avait été admis la vielle pour des soins palliatifs.

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Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article170638, notice SIMON Jacques [SIMON Adolphe, dit Jacques] par Guy Putfin , version mise en ligne le 14 février 2015, dernière modification le 18 novembre 2020.

Par Guy Putfin

OEUVRE : Messali Hadj (1898-1974) : la passion de l’Algérie libre, Paris, éd. Tirésias,‎ 1998. Voir la totalité de ses ouvrages sur le site de l’Harmattan : http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=auteurs&obj=artiste&no=7624. Voir aussi sur le site du CREAC : http://www.creac.org/ (rubrique Publications).

SOURCES : Simon, Jacques, Juif berbère d’Algérie. Itinéraire (1933-1963), L’Harmattan, 2012. Biographie sur son site : http://www.simon-hist.com/. Renseignements fournis par l’intéressé

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