BOISSEAU Joseph, Ismaël

Par Claude Pennetier

Né le 24 janvier 1890 à La Chaize-le-Vicomte (Vendée), mort le 11 juin 1946 à L’Haÿ-les-Roses (Seine, Val-de-Marne) ; ouvrier maraîcher puis horticulteur à son compte ; membre du secrétariat de la Fédération unitaire (CGTU) de l’Agriculture ; militant communiste ; maire adjoint de L’Haÿ-les-Roses (1935-1939) ; président de la Délégation spéciale (1939-1940).

Fils d’un domestique agricole qui devint meunier et d’une journalière, originaire de Vendée, membre du Parti socialiste avant le congrès de Tours (décembre 1920), Joseph Boisseau habitait Arcueil-Cachan (Seine, Val-de-Marne) en 1920. Il était en 1924 jardinier à la coopérative « l’Horticulture nouvelle » de L’Haÿ-les-Roses. Dans une lettre qu’il publia en août 1934 dans Le Républicain, il déclare : « Je croyais aussi que les coopératives ouvrières devaient être une pépinière de militants. Hélas ! un jour on m’a mis à choisir entre le parti communiste et la Coopérative. J’ai préféré le premier et je suis redevenu permanent d’une organisation paysanne » puis « il a fallu que je m’organise pour gagner ma vie. L’été je fais parfois 10 et 11 heures, et mon activité politique s’en trouve ralentie. L’hiver 4, 5 ou 6 heures, parfois je me repose [...] je n’ai plus à choisir entre la porte et la propagande de mes idées ». Il ajoutait qu’il employait parfois des ouvriers et qu’il possédait une automobile qui lui permettait d’aller vendre ses produits aux Halles. Selon un rapport de police de mai 1941 : « Depuis de nombreuses années, il est maraîcher-pépiniériste et cultive un terrain attenant à son pavillon [15, route de Paris]. Il se trouverait dans une situation aisée ». Sur les listes nominatives de recensement, il apparaissait en 1931 comme « chef jardinier » et en 1936 comme « horticulteur ».

Animateur du syndicalisme agricole et horticole de la Seine, Joseph Boisseau rejoignit la CGTU lors de la scission de 1921-1922. La Fédération unitaire de l’Agriculture le délégua, avec Auguste Angonin, à la conférence internationale paysanne tenue à Moscou du 12 au 15 octobre 1923. Le comité national fédéral élu le 3 juin 1923 comprenait Jean Castel* (secrétaire général), Pierre Verdier* (secrétaire adjoint) et Joseph Boisseau (trésorier). Ce dernier remplaça Jean Castel au secrétariat général en janvier 1925, tout en conservant la trésorerie. Son organisation suivit avec intérêt la création par le Parti communiste du Conseil paysan français regroupant des exploitants agricoles. Joseph Boisseau participa à titre consultatif au premier congrès tenu le 18 janvier 1925 à Paris. Nous rencontrons pour la dernière fois son nom comme dirigeant du syndicalisme des salariés agricoles lors de la conférence nationale réunie à Bordeaux (Gironde) le 25 septembre 1927. Il était alors secrétaire adjoint de la Fédération unitaire de l’Agriculture dirigée par Jules Bornet.

Joseph Boisseau consacra une importante partie de son activité au militantisme politique. Candidat aux élections législatives du 11 mai 1924 dans le quatrième secteur de la Seine sur la liste dirigée par Paul Vaillant-Couturier et Jacques Doriot. À l’exception des deux premiers, la liste était classée par ordre alphabétique ce qui explique l’élection d’un quasi inconnu, René Adam* et la septième place de Joseph Boisseau. Il recueillit 104 835 voix sur 406 364 inscrits. Joseph Boisseau fut tête de liste à l’Haÿ-les-Roses lors des élections municipales du 5 mai 1929. L’année suivante la police le signalait comme secrétaire de la cellule communiste locale. Tête de liste aux élections municipales partielles du 30 avril 1934 pour six sièges, il recueillit 580 voix sur 1 726 inscrits et fut élu. Raymond Baudin, son cadet de huit ans, devint le premier responsable communiste local et prit la tête de la liste communiste en mai 1935. Joseph Boisseau obtint cependant le meilleur score de la liste le 12 mai 1935, avec 936 voix sur 1 686 votants et 1 933 inscrits. L’assemblée municipale le désigna à la fonction de premier adjoint du maire, Raymond Baudin. Joseph Boisseau rompit avec le Parti communiste « quelques années plus tard » (Arch. PPo. 101), avant 1939 semble-t-il. Selon le témoignage de Raymond Baudin, Joseph Boisseau n’avait pas repris sa carte en 1936. Joseph Boisseau semble avoir joué un rôle dans l’adoption d’un texte de fonds sur la guerre lors de la réunion exceptionnelle du conseil : « Le conseil municipal réuni en séance d’information le jeudi 14 septembre 1939, proteste énergiquement contre cet abominable crime “la guerre”. “La guerre” dont le système économique actuel engendre automatiquement et périodiquement le déclenchement. Si les pays à régimes totalitaires sont tout particulièrement responsables, nous n’oublions pas que les pays démocratiques étant les maîtres du monde après la guerre 1914-1918 ont été incapables d’organiser l’économie mondiale sur des bases nouvelles susceptibles d’éviter une nouvelle catastrophe. La lutte pour un nouveau partage du monde c’est-à-dire des matières premières, devenait inévitable, la majorité des travailleurs du monde s’est montrée incapable d’agir énergiquement pour la paix. Le conseil municipal prend l’engagement de lutter de toutes ses forces pour qu’à l’avenir une pareille catastrophe ne puisse se reproduire. » Lors du conseil municipal du 30 septembre 1939 : « Boisseau renouvelle l’appel qu’il a adressé à ses collègues lors de la commission du 14 septembre 1939, leur demandant que pendant les heures graves qui vont s’écouler jusqu’à la fin des hostilités, d’oublier toutes questions qui ont pu causer des dissensions au sein de l’assemblée municipale. »

Il accepta d’être nommé président de la Délégation spéciale mise en place par la préfecture le 5 octobre 1939, après la suspension de la municipalité communiste, secondé par un autre ancien communiste Jean Le Guern* et par Gilbert Mathé, un conseilller municipal élu 1929, de gauche mais sans parti. Il exerça ses fonctions jusqu’en juin 1940, époque où il fut menacé de révocation pour avoir quitté son poste au moment de l’exode. En accord avec les membres de la délégation, Joseph Boisseau était parti dans l’ambulance municipale en compagnie du secrétaire de mairie, en emmenant les archives municipales. Il avait pérégriné en Gironde, Vendée, Loire-Inférieure. À son retour, le 2 juillet, Bodereau le secrétaire de la préfecture de la Seine le convoqua en lui reprochant d’avoir quitté la commune et lui disant qu’il était passible de révocation. Devant la menace, Joseph Boisseau choisit de démissionner et fut suivi par Jean Le Guen qui manifestait ainsi la solidarité de la délégation : « nous étions tous d’accord pour la mise à l’abri des archives municipales » (versement 10441/64/2). Joseph Boisseau reprit son travail d’horticulteur avant de retourner en Vendée à la Libération. Il mourut à L’Haÿ-les-Roses quelques années plus tard.

Il s’était marié le 21 février 1920 à Arcueil-Cachan avec une Vendéenne, Hélène Dallet. Le couple n’eut pas enfant.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article17072, notice BOISSEAU Joseph, Ismaël par Claude Pennetier, version mise en ligne le 20 octobre 2008, dernière modification le 26 octobre 2009.

Par Claude Pennetier

SOURCES : Arch. Nat. F7/13265. — Arch. PPo. 100 et 101. — Arch. Paris, DM3, Versement 10451/76/2, 10441/64/2. — L’Humanité, 29 avril 1924 et 28 avril 1929. — Philippe Gratton, Les paysans français contre l’agrarisme, Paris, 1972, passim. — Renseignements fournis par P. Tabanou (maire de L’Haÿ-les-Roses) et R. Baudin (maire honoraire). — Le Républicain, 3 août 1934. — État civil de L’Haÿ-les-Roses. — Notice du DBMOF par Jean Maitron et Claude Pennetier.

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