DORIA Marius, Germain, Antoine

Par Jacques Girault, Jean Masse

Né le 19 mai 1865 à Toulon (Var) ; ouvrier métallurgiste ; secrétaire général de la Bourse du Travail de Toulon (1894-1918).

Né d’un père corse canonnier de marine, marié, père de plusieurs enfants. Marius Doria fut admis à l’Arsenal maritime le 9 septembre 1889 comme ouvrier à l’atelier des torpilles ; il quitta volontairement l’arsenal en 1891 et n’y revint jamais. Il travailla dès lors comme ouvrier métallurgiste dans l’industrie privée et contribua à la création du syndicat des ouvriers métallurgistes. Il fut condamné le 21 novembre 1890 à 25 F d’amende pour voies de fait (action syndicale ?).

En 1894, il fut élu secrétaire général de la Bourse du Travail de Toulon qu’il dirigea jusqu’en 1918. En 1906, il dirigea des manifestations violentes, qui lui valurent trois mois de prison ferme pour avoir séquestré à la Bourse le commissaire de police envoyé par le préfet. Cette peine fut amnistiée. Sa popularité était dès lors bien assise, et ne fut pas entamée par le long conflit qui l’opposa à partir de 1908 au syndicat des ouvriers du Port et à son secrétaire Auguste Berthon. Doria impulsa ou contrôla de nombreuses grèves, à Toulon et dans le département ; il évoluait cependant de plus en plus dans le sens de la modération, préférant souvent l’arbitrage à la grève. Doria fut gérant de L’Action syndicaliste, organe bimensuel de l’Union départementale.

Il assista comme délégué au XIVe congrès national corporatif, 8e de la CGT, et à la conférence des Bourses du Travail tenus à Bourges du 12 au 20 septembre 1904 ; il fit partie de la commission de contrôle. Il assista également au XVIe congrès, Marseille octobre 1908, au XVIIe, Toulouse octobre 1910, au XVIIIe, Le Havre septembre 1912. Intervenant au congrès de Toulouse, Marius Doria déclara au sujet du problème de la Maison des Fédérations qui allait entraîner le départ de Victor Griffuelhes : « C’est votre serviteur qui souleva le lièvre que l’on discute aujourd’hui » (compte rendu, p. 115).

Politiquement plus proche des anarchistes (membre de l’Association Internationale Antimilitariste en 1904) que des socialistes SFIO, il appartenait cependant au Parti en 1911, mais il était de tendance « hervéiste ». Par la suite, il ne se rattacha à aucune tendance nettement définie. Pendant la guerre, il se rallia à l’Union sacrée, puis orienta les activités de la Bourse du Travail vers le soulagement de la misère ouvrière : surveillance des prix, création de coopératives de consommation, vente directe par la Bourse de produits de première nécessité. Ces activités « commerciales » furent à l’origine des accusations de vénalité portées contre lui, à la fin de 1917, qui entraînèrent son éviction en 1919.

Après s’être tenu à l’écart, Marius Doria réapparut dans le cercle socialiste du quartier Besagne en 1926. Il participa au début de l’année à une campagne du cercle pour la création d’une coopérative de boulangerie pour lutter contre la vie chère. Il fut élu membre de la commission de contrôle et d’intérêt local créée par le cercle. Le syndicaliste Toussaint Orsini dénonça cette campagne qu’il accusait d’avoir été inspirée par la municipalité socialiste. La mise en place d’inspecteurs sur le marché souleva l’hostilité de revendeurs qu’exprima l’un d’entre eux en novembre 1926, Camba.

Sur les listes électorales de 1934, Doria, indiqué « rentier », habitait boulevard Dutasta dans le quartier Besagne.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article170850, notice DORIA Marius, Germain, Antoine par Jacques Girault, Jean Masse, version mise en ligne le 22 février 2015, dernière modification le 9 juillet 2020.

Par Jacques Girault, Jean Masse

SOURCES : Arch. Nat. F7/13021, F7/13053, F7/13085, F7/13567 et F7/13622. — Arch. Dép. Var, séries M et Z, nombreux dossiers. — Arch. du Port de Toulon : registre matricule des ouvriers de la direction des constructions, vol. 41, 3e série. — Arch. Mun. Toulon, section moderne, carton F VII. — Portrait-charge par M. Leclercq, E. Girod de Fléaux dans Ces Messieurs de la CGT, Paris, 1908.

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