ROUMEGOUS Alain, Louis, Paul

Par Louis Métral

Né le 2 mars 1931 à Trois-Marabouts (Algérie, Oranie), devenu Sidi Ben Adda (wilaya d’Aïn Temouchent), mort le 24 avril 2014 à Nevers (Nièvre) ; instituteur ; militant du SNI en Oranie puis dans la Nièvre.

Ses parents, Lucien Roumegous et Cyprienne née Salivas, étaient agriculteurs, partisans de l’Algérie française. En 1963, leurs terres étant nationalisées, ils se retirèrent à Nîmes (Gard). Alain Roumegous reçut les premiers sacrements catholiques. Il fit ses études dans son village, puis au lycée Lamoricière d’Oran où il obtint la première partie du baccalauréat (latin - grec). Au lycée La Pérouse d’Albi (Tarn), il passa la deuxième partie (série “Philosophie“).

Il débuta sa carrière comme instituteur remplaçant dans le « bled » algérien, à Tafaraoui (1951-1953) où il épousa religieusement (« pour faire plaisir aux beaux parents ») Aurélia Fernandez, d’origine espagnole (Andalousie). Le couple eut trois enfants dont deux filles. Seule l’aînée fut baptisée. Il précisait : « Je suis athée, laïque donc respectueux des croyances qui ne sont pas les miennes, mais farouchement anticlérical ».

Pendant son service militaire (1954-1955), il participa à des opérations de « maintien de l’ordre » sur le plateau des Nemencha dans les Aurès. Puis, il enseigna à El Gaada et Oued-Berkeches (Hassasna).

En 1957, Oued-Berkeches devint commune de plein exercice. Roumegous, directeur de l’école, présida la délégation spéciale, puis fut élu maire jusqu’en 1962.

Il ne fut jamais inquiété par le Front de libération nationale. Militant du Syndicat national des instituteurs, il s’opposa vivement dans la dernière période de la guerre d’Algérie au Syndicat indépendant d’Oranie regroupant les instituteurs favorables à l’Algérie française. Condamné à mort par l’Organisation de l’armée secrète, les militants du SNI en Oranie étant particulièrement visés, il dut partir en urgence en métropole le 28 février 1962. Il séjourna dans l’Allier, placé sous la protection de la Mutuelle générale de l’Éducation nationale.

Revenu en Algérie le 15 juillet 1962, il fut mis à la disposition du sous-préfet d’Aïn-Témouchent Roger Mas* pour organiser en France une colonie d’orphelins de combattants du FLN.

Avec Albert Victorri, il représenta les enseignants français de l’Ouest algérien au sein de la délégation des syndicats de la Fédération de l’Éducation nationale, conduite par Pierre Desvalois qui fut consultée par les autorités algériennes pour la mise en œuvre de la coopération culturelle prévue par les Accords d’Evian.

Alain Roumegous, au titre de la coopération, exerça à Chabet-El-Leham (1962-1963), à Aïn-Témouchent (1963-1964) et Oran (1964-1966). Il milita dans l’Association professionnelle des instituteurs français d’Algérie en Oranie. Elu au conseil syndical dès 1962, il fut le second, puis le successeur de 1964 à 1966 de Pierre Audouard aux côtés de Pierre Ramognino, de Daniel Dumont et de Guy Le Néouannic. Il présida simultanément la section d’Oran de la MGEN de 1964 à 1966.

Déçu par l’orientation du pouvoir algérien, il revint en France, nommé à Sauvigny-Les-Bois (Nièvre) à la rentrée 1966. Il devint secrétaire de la Fédération des conseils de parents d’élèves et membre du conseil syndical de la section départementale du SNI en 1967 pour la tendance “Unité, Indépendance, Démocratie“. Succédant à Jean Battut, sur proposition de ce dernier, comme secrétaire départemental de 1968 à 1975, il fut délégué du personnel à la commission administrative paritaire départementale, au comité technique paritaire départemental et au Conseil départemental de l’éducation. Nommé directeur de l’école du Moësse à Nevers en 1971, il y installa, avec l’accord de la municipalité, le premier local du SNI dans une classe désaffectée. Son épousa travailla à l’Institut mutualiste nivernais.

Pendant la même période, il fut aussi secrétaire-adjoint de la section départementale de la Fédération de l’Éducation nationale (1968-1975), vice-président de la Fédération des Œuvres laïques et de la Jeunesse au plein air, membre du bureau du Comité départemental d’action laïque, des Pupilles de l’Enseignement public, de la Mutuelle Assurance Elèves, du Centre départemental de documentation pédagogique et de la MGEN.

A sa retraite syndicale, Alain Roumegous milita à l’Union sportive de l’enseignement primaire, présida le comité d’organisation de la fête des écoles publiques, et les “Francas“ (1976-1983), et fut délégué départemental du Groupement des campeurs universitaires.

Après sa retraite professionnelle (1986), il habitait Sermoise dans la banlieue de Nevers où il donna à sa maison le nom d’ “Oued-Berkeches“. Il poursuivit de nombreuses activités dans divers domaines : secrétaire du Canoë-club du Nivernais (1987-1990), vice-président de « Nevers Plein Air » (1987-1992), membre de l’office municipal du sport à Nevers (1988-1990) et du bureau départemental de la Fédération française de Crémation.

Sur le plan politique, Alain Roumegous fut militant du Parti socialiste SFIO, dont il démissionna en 1968 au moment du vote par les socialistes de l’amnistie des membres de l’OAS. Adhérent du Parti socialiste en 1976, il en démissionna en 1978 en opposition sur la laïcité avec François Mitterrand, président du Conseil général. Il collabora, par la suite, aux publications de l’Office universitaire de la recherche socialiste.

Dans la Nièvre, président de la Ligue des droits de l’homme (1994-1996), il fut un des fondateurs d’Amnesty International et du Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples en 1979-1980. Il devint délégué départemental de l’Éducation nationale en 1993.

Membre du Grand Orient de France, fondateur puis président d’une loge à Nevers (1978-1991), élu au conseil national (1988-1991), responsable de la commission “Droits de l’Homme“ (1989-1991), il en devint le secrétaire aux affaires intérieures (1990-1991). Il fut un des fondateurs de l’association “Laïcité-République“ en 1990.

Alain Roumegous fut aussi membre du comité national de Solidarité laïque (1991-1993). Membre du conseil d’administration de l’association des Amis de Max Marchand qui était son ami en Algérie, il organisa son assemblée générale à Nevers en 1989 puis en 1999.

Membre fondateur de l’association « Solidarité aux enfants d’Algérie », il publia plusieurs articles historiques, notamment sur le syndicalisme dans les Cahiers nivernais d’histoire de l’Éducation. Dans cette revue, il écrivit aussi un article sur son expérience enseignante à propos de l’apport de l’ouvrage de géographie de l’Algérie de Max Marchand. Il adhéra à la Fédération nationale des anciens combattants d’Algérie en 2001.

A la fin de sa vie, Alain Roumegous, membre du SE-UNSA, était le président d’honneur de la section de la Nièvre de la Fédération générale des retraités de la fonction publique, dont il avait été le secrétaire départemental (1991-1998 puis en 2000-2001). Il décéda à l’hôpital de Nevers.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article170858, notice ROUMEGOUS Alain, Louis, Paul par Louis Métral, version mise en ligne le 23 février 2015, dernière modification le 28 mars 2021.

Par Louis Métral

SOURCES : Entretiens de L. Métral avec l’intéressé et renseignements fournis par le militant à Jacques Girault. — Archives du SNI. — Recherches dans le cadre du Centre Aigueperse (UNSA-Éducation). — Notes de Jean Battut, de Daniel Depresle, de J. Girault, Guy Le Néouannic, de Louis Rigault, de Louis Weber.

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