BOITEL Maurice, Eugène

Par Frédérick Genevée, Claude Pennetier

Né le 18 février 1890 à Bion (Manche), mort le 3 janvier 1978 à Saint-Maur-des-Fossés (Val-de-Marne) ; avocat du droit social ; conseiller juridique de la CGT.

Maurice Boitel
Maurice Boitel

Fils d’un agent voyer, Maurice Boitel consacra sa thèse de doctorat en droit au « Socialisme de Jean-Jaurès ». Avocat au barreau de Caen en 1911 puis de Paris de 1920 à 1970, il assista les soldats devant les conseils de guerre pendant la Première Guerre mondiale. Il combattit lui-même de 1915 à 1918 dans les 153e et 76e régiments d’infanterie (trois citations et Médaille militaire).

Maurice Boitel fut toujours à la recherche dans sa pratique politique et juridique de la synthèse entre les différents courants du mouvement ouvrier. En 1970, Madeleine Jacob écrivait encore : « J’ai comme l’impression que des lambeaux d’anarchie, l’anarchie de sa jeunesse, restent accrochés à sa peau ». Au début des années 1920, il rejoignit la rédaction de la revue Le droit ouvrier pour ne la quitter qu’à son décès. Spécialiste de droit social, il devint l’avocat de nombreuses organisations syndicales dont la fédération des cheminots. Son appartenance politique demeura longtemps méconnue, à tel point que le Secours rouge international (SRI) le recommandait encore en 1927 quand il était besoin d’un avocat dont était « ignorée l’adhésion au PC ». Il plaida aussi dans des affaires de faits divers et fut l’avocat en 1934 de la mère de Violette Nozière dans la célèbre affaire éponyme. En effet, le père de la prévenue était cheminot et Maurice Boitel fut recommandé par les milieux ouvriers. Dans l’affaire Bastoni, il assura fin octobre 1935 la défense de Vittorio Scalcon devant la cour d’assises d’Aix-en-Provence. Son confrère Joseph Lasalarié plaida lui en faveur de Luigi Bastoni.

Avocat militant et membre du Parti communiste depuis 1920, il défendit les intérêts de plusieurs Fédérations syndicales et il fut membre du conseil juridique de l’Union des syndicats CGT de la Région parisienne en 1937. Maurice Boitel fut un des défenseurs des députés communistes en 1939 puis de Maurice Tréand en juin 1940 qu’il mit en rapport avec Robert Foissin. Il faisait donc partie du noyau central des avocats communistes. Il fut arrêté le 25 juin 1941 et interné au camp de Compiègne d’où les Allemands le libérèrent à la demande de l’avocat Robert Foissin en octobre 1941. Il se rendit aussitôt à Bion où son père, gravement malade, mourut le jour même, le 20 octobre 1941.

À la Libération, Maurice Boitel participa, dans l’entourage d’Ambroise Croizat, à la mise en place des nouvelles lois sociales.

Après l’éviction des ministres communistes, il se consacra à nouveau au syndicalisme et fut à l’origine en 1948 de la relance de la revue Le droit ouvrier. Fidèle à son absence de sectarisme, il y appela à nouveau des avocats ayant rompu avec le communisme comme Maurice Juncker, Jacques Legriel ou Suzanne Lévy. Sans jamais intervenir directement dans les champs politique et théorique, il imposa, avec le soutien d’Henri Reynaud, le droit social comme domaine d’intervention syndicale. Il se fit reconnaître par exemple comme un défenseur avisé du droit de grève. Il ne reculait pas devant les batailles juridiques et tenta de justifier en droit, les prérogatives de la CGT face à FO après la scission de 1947. Il poursuivit son activité professionnelle jusqu’en 1970 et demeura fidèle à la CGT et au PCF jusqu’à son décès en janvier 1978. Lors de ses obsèques, le comité central du PCF fut représenté par Louis Baillot et le secrétariat confédéral de la CGT par Marcel Caille.

« Sa silhouette imposante était bien connue au Palais de justice, où sa science était réputée infaillible en matière de droit social » écrivit Le Monde. Un témoin précisait : « Son charme et l’attrait qui émanaient de sa personne venaient sans doute du contraste entre sa puissance physique, une certaine rudesse apparente et la douceur de son regard, la gentillesse de son sourire » (Document : Ordre des avocats à la Cour de Paris, 18 novembre 1980).

Il s’était marié en juillet 1923 à Paris (XIIIe arr.), avec Marceline Taupin. Sa fille Micheline, épouse Roubiscoul, était laborantine et vivait à Paris Ve arr.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article17099, notice BOITEL Maurice, Eugène par Frédérick Genevée, Claude Pennetier, version mise en ligne le 20 octobre 2008, dernière modification le 19 septembre 2023.

Par Frédérick Genevée, Claude Pennetier

Portrait de Maurice Boitel paru dans <em>La Tribune des cheminots [unitaires]</em>, no. 432, 1er octobre 1935
Portrait de Maurice Boitel paru dans La Tribune des cheminots [unitaires], no. 432, 1er octobre 1935
[Droits réservés. Coll. IHS-CGT cheminots]
Me Boitel dans <em>La Tribune des cheminots</em>, no. 20, 1er mars 1951
Me Boitel dans La Tribune des cheminots, no. 20, 1er mars 1951
[Droits réservés. Coll. IHS-CGT cheminots]
Maurice Boitel
Maurice Boitel

ŒUVRE : Les Idées libérales dans le socialisme de Jean Jaurès, Thèse pour le doctorat (sciences politiques et économiques), Paris, l’Émancipatrice, 1921, 207 p.
ICONOGRAPHIE : La Tribune des cheminots [unitaires], no. 432, 1er octobre 1935 ; La Tribune des cheminots, no. 20, 1er mars 1951.

SOURCES : RGASPI, 539.3.1 187. — « Aux Assises des Bouches-du-Rhône : Une rixe mortelle entre fascistes et antifascistes à la Belle-de-Mai a été évoquée hier », Le Petit Provençal, 25 octobre 1935. — Le Travailleur parisien, juillet-septembre 1937. — Le Monde, 5 janvier 1978. — L’Humanité, 4 janvier 1978. — Arch. Daladier, 3 DA 12, Dr1. — Madeleine Jacob, Quarante ans de journalisme, 1970, 348 p. — Jean-Marie Fière, Violette Nozière, réédition de 1979, p. 197 et suiv. — Frédéric Genevée, Le PCF et la Justice des origines aux années cinquante, thèse, Dijon, 2003. — On trouve sa plaidoirie pour Germaine Nozière, dans Les grands procès du XXe siècle, direction de la publication par Stéphanie de Saint Marc.
chez R. Laffont coll. Bouquins, 2016. — Notes de Renaud Poulain-Argiolas.

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