JAGUELIN Claude

Par Robert Kosmann

Né en 1953 à Bois-d’Arcy (Yvelines) ; électromécanicien ; syndicaliste CGT, délégué du personnel chez Renault ; militant communiste, secrétaire de la section PCF Renault puis permanent.

La famille de Claude Jaguelin, marquée par le religion catholique, comptait cinq enfants, et vivait dans les Yvelines. Le père était chauffeur à l’armée. Claude Jaguelin effectua ses études à l’école primaire de Versailles (Yvelines) jusqu’en cinquième. Il fit quelques années au petit séminaire puis à seize ans et demi, en 1970, devint élève à l’école professionnelle Renault comme JFOP (Jeune en formation d’ouvrier professionnel) et obtint un CAP d’électromécanicien en fin de scolarité. Son frère suivait aussi l’enseignement de l’école Renault. Claude Jaguelin fut alors employé dans sa spécialité à Billancourt dans un atelier d’entretien, au département 61 qui offrait « beaucoup de liberté » et permettait les contacts militants.

Claude Jaguelin prit sa carte syndicale à la CGT dès son arrivée à l’atelier et devint rapidement trésorier de section. Son adhésion au PCF intervint plus tard : favorable à l’Union de la gauche et adhéra en juin 1972, le jour de la signature du Programme commun. En 1974, il devint délégué du personnel CGT et fut plus tard élu au secrétariat du Comité d’entreprise. Il devint également secrétaire de la section PCF de Renault Billancourt puis secrétaire de la fédération des Hauts-de-Seine. Militant actif, il fut condamné à plusieurs mois de prison avec sursis en 1985 : alors qu’un huissier avait été mandaté par la direction Renault pour relever le nom des grévistes, il s’était opposé à celui-ci et avait jeté sa serviette dans la Seine.

Sa carrière professionnelle fut interrompue en septembre 1986 par son licenciement à la suite de l’affaire dite des « Dix de Billancourt » dont il fit partie. L’affaire commença par le tournant pris par le PDG de l’époque, Georges Besse, qui lança une vague de licenciements qui préfigurait la fermeture définitive de l’usine de Billancourt. 2 000 salariés quittèrent l’usine en 1986, constituant les premiers licenciements « secs », sans reclassements. Le PDG prononça 685 suppressions d’emplois dont celles de 26 délégués. C. Jaguelin fut accusé d’être rentré illégalement dans l’usine. Licencié à ce titre, il rejoignit le groupe des « dix de Billancourt » parmi lesquels Jean-Pierre Quilgars* dont il était proche. La CGT et le PCF menèrent, seuls en tant qu’organisations, une vive campagne pour leur réintégration pendant trois années. Malgré un soutien militant associé à de très nombreuses manifestations et accompagné de la publication de l’ouvrage La machination, la campagne ne déboucha pas sur une mobilisation de masse dans l’usine. Au cours de ces épisodes, Claude Jaguelin fut enlevé dans l’usine, au milieu de l’Île Seguin, par un groupe de vigiles payés par la direction, brutalisé et abandonné quelques kilomètre plus loin vers la forêt de Meudon (Hauts-de-Seine). À la suite d’une bataille juridique de 42 mois, conclue par la décision de la Cour d’appel de Versailles puis de la Cour de cassation (décembre 1989), les dix délégués, dont Claude Jaguelin, ne furent pas réintégrés. Pendant les trois années 1987-1990 il vécut des indemnités de chômage et des collectes de solidarité.

En 1991, Claude Jaguelin fut reclassé comme permanent du PCF. Sur le plan politique, il soutint avec Georges Marchais, à la fin des années 1980 la politique de « perestroïka » menée en URSS par Mikhaïl Gorbatchev. Il fut candidat du PCF aux élections européennes de 1989. En 1996 il militait à la Défense (Hauts-de-Seine) comme responsable du PCF pour l’activité des entreprises du département aéronautique et télécoms.

Sur le plan personnel, Claude Jaguelin épousa une militante CGT et PCF et le couple eut deux enfant avant de divorcer.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article171295, notice JAGUELIN Claude par Robert Kosmann, version mise en ligne le 2 mars 2016, dernière modification le 2 mars 2016.

Par Robert Kosmann

SOURCES : Arch PPo. ─ Arch. PCF, section Renault. ─ Nombreux articles dans l’Humanité, entre 1986 et 1989, dont « Portrait d’un honnête homme » (12 octobre 1987). ─ Pierre Agudo, La machination, imprimerie CGT Renault, 1989. ─ Virginie Linhart, « Les dix de Renault Billancourt, les enjeux d’une mobilisation d’appareil », Revue Française de sciences politiques, 1992, vol. 42, n°3, pp. 375-401. ─ Géraldine Souloumiac, Visages d’une rupture morale ouvrière, Mémoire de maîtrise (Paris VIII), 1996.

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