POGGIO Esther [pseudonyme dans la Résistance : La Marquise]

Par Jean-Marie Guillon

Née le 18 janvier 1912 à Toulon (Var), fusillée sans jugement le 15 août 1944 à Nice (Alpes-Maritimes) ; commerçante ; réseau de renseignement Reims-Jenny-Coty.

Esther Poggio
Esther Poggio
SOURCE : Arch. privées

Esther Poggio était l’aînée de cinq enfants. Elle était revendeuse de fruits et légumes aux Halles municipales de Toulon avec ses parents, qui possédaient une exploitation maraîchère dans les faubourgs de Toulon, au Pont-de-Suve. Ceux-ci, Charles Poggio et Ermida Cecchi, étaient d’origine italienne, mais s’étaient mariés à Toulon le 12 janvier 1907. Ils furent expulsés de Toulon après diverses condamnations pour des infractions concernant leurs activités commerciales. Sa mère, éloignée de Toulon par arrêté préfectoral du 26 avril 1942, fut internée en Lozère, sans doute à Rieucros, puis, ayant conservé la nationalité italienne comme son mari, elle fut expulsée vers l’Italie. Les parents Poggio s’installèrent à Menton (Alpes-Maritimes), qui était sous domination fasciste, et y ouvrirent un bar-restaurant. Pendant ce temps, leurs deux filles, Esther et Mireille, géraient leur commerce toulonnais. Fin 1942, elles intervinrent auprès des autorités italiennes et allemandes en faveur de leur frère qui était interné à Fort-Barraux (Isère), ce qui déclencha une enquête de police qui leur fut favorable (« bonne moralité », mettent leur espoir dans les Américains, mais méprisent les Anglais et les Italiens). Esther Poggio aurait caché des armes pour les Francs-tireurs et partisans (FTP). Avec sa sœur Mireille, elle quitta peu après Toulon pour rejoindre ses parents à Menton. C’est là qu’elle intégra le réseau de renseignement Reims-Jenny-Coty (lié aux services de renseignements belges et britanniques) dans le secteur de Monaco. Elle y fut homologuée comme agent P2 à partir du 1er novembre 1942. Elle servit de boîte aux lettres et d’agent de liaison entre Grenoble (Isère) et Menton à René Borghini, secrétaire de la présidence du Conseil national de la principauté, principale figure de la Résistance locale, arrêté le 3 juillet 1944. Elle fut arrêtée elle-même par la police allemande, le 7 juillet, avec la complicité des autorités monégasques, dans les locaux du Conseil national, en venant relever le courrier. Le gouvernement monégasque et plus particulièrement le ministre Roblot furent accusés de les avoir dénoncés aux Allemands. Emprisonnée aux Nouvelles prisons de Nice, martyrisée, Esther Poggio fut fusillée avec vingt autres résistants, dont René Borghini (plus deux hommes de main du Parti populaire français arrêtés pour vol), au quartier de L’Ariane, à Nice, le 15 août 1944
Homologuée comme sous-lieutenant FFI (Forces françaises de l’Intérieur) le 2 octobre 1947, elle fut décorée de la Légion d’honneur, de la Croix de guerre avec palme et de la Médaille de la résistance à titre posthume le 9 mars 1956 et reconnue « Mort pour la France ».
Son nom fut donné aux Halles municipales de Toulon le 13 octobre 1956.
Sa sœur cadette, Mireille, née en 1922 à Toulon, servit elle aussi de boites aux lettres au réseau Coty à partir de décembre 1943. Son frère, Pierre, né en 1916 à Toulon, mécanicien jusqu’en décembre 1943, rejoignit le bataillon Arthur des FTP (Francs tireurs et partisans) dans le Lot-et-Garonne en mars ou en juin 1944, après avoir été arrêté à Mont-de-Marsan pour vol de pneus aux troupes d’occupation. Il participa à la libération d’Agen (Lot-et-Garonne).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article171379, notice POGGIO Esther [pseudonyme dans la Résistance : La Marquise] par Jean-Marie Guillon, version mise en ligne le 8 mars 2015, dernière modification le 12 octobre 2021.

Par Jean-Marie Guillon

Esther Poggio
Esther Poggio
SOURCE : Arch. privées

SOURCES : Arch. dép. Var, dossiers du cabinet, 45 J fonds German (archives Amigas et CDL) et 1970 W 116 (fonds ONAC). — Mémoire des Hommes SHD Caen DAVCC 21 P 662513, Vincennes GR 16 P 482880 et 28 P 4 91 267 (nc). — Presse locale (Combat, 8 mai 1945, République 10 octobre 1956). — Mémorial Genweb.— Pierre Abramovici, Un rocher bien occupé. Monaco pendant la guerre 1939–1945, Paris, Seuil, 2001. — Robert Girod, Les fusillés de L’Ariane, Villefranche-sur-Mer, Artephis, 1994. — Jean-Marie Guillon, La Résistance dans le Var. Essai d’histoire politique, Aix-en-Provence, thèse de doctorat, Université de Provence (Aix-Marseille I), 1989. — TOREL Denis, Monaco sous les barbelés, Vesoul, Imprimerie IMB, 1996.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
fiches auteur-e-s
Version imprimable Signaler un complément