BONDOUY Émile, dit Petit Pote

Par Daniel Grason

Né le 22 juillet 1894 à Paris (VIe arr.), mort le 26 octobre 1965 à La-Queue-en-Brie (Val-de-Marne) ; tailleur, comptable ; militant communiste ; volontaire en Espagne républicaine ; déporté.

Fils d’Alphonse, journalier et de Pauline, née Giret, Émile Bondouy de la classe 1914 fit la guerre de 1914-1918 durant cinq ans dans l’infanterie, fut nommé sergent. Il épousa le 31 décembre 1927 Simone Deschamp en mairie de Champigny-sur-Marne (Seine, Val-de-Marne), le couple habita la ville au 20, av. de l’Hippodrome, l’année suivante une fille Juliette naquit. Il adhéra au parti communiste.

Au chômage, il s’engagea dans les Brigades internationales, arriva le 5 décembre 1936, fut incorporé dans la XIVe Brigade, comptable, il devint sergent-chef, puis lieutenant, fut malade. Il bénéficia d’une permission, revint le 17 septembre 1937, fut rapatrié lors du retour des brigadistes en novembre 1938.

En août 1939, une hémiplégie paralysa son côté droit, il souffrait également d’aphasie, une maladie dégénérative qui toucha les régions cérébrales de son cerveau prenant en charge le langage. Il suivit des traitements dans différents hôpitaux et à domicile. De ce fait, dans l’incapacité de travailler, il s’inscrivit au chômage.

En 1940, toujours connu comme militant communiste, un policier du commissariat de police de Nogent-sur-Marne fut chargé de le surveiller. Son voisinage soupçonnait Émile Bondouy de transporter et de distribuer des tracts du parti communiste. « Malgré plusieurs surveillances, il n’a jamais été pris en flagrant » écrivit un inspecteur.

Considéré comme un meneur très actif, il fut arrêté le 20 janvier 1941 et dirigé sur la Centrale de Clairvaux (Aube) en application du décret du 18 novembre 1939. Le 23 février Émile Bondouy s’adressa au préfet de police de Paris : « Je ne pense pas pouvoir être considéré comme mettant en danger la sécurité publique dans l’état où je suis : je ne puis plus ni lire, ni écrire (cette lettre est écrite par un de mes camarades) ni parler, ni même me déplacer seul. Et quelles que puissent être mes opinions passées ou actuelles, je suis incapable de toute activité ». Il soulignait que depuis dix-huit mois il était astreint à un traitement qui exigeait : « de la chaleur, une hygiène alimentaire et des soins médicaux incompatibles avec mon internement ». Le policier auteur du rapport sur Émile Bondouy fut consulté, dans une note, il conclut : « En raison de son activité politique et des mauvais renseignements recueillis sur lui, il semble que son internement doit-être maintenu ». L’activité politique se résumait en fait à des conversations avec des chômeurs.

Le 14 mai 1941, Émile Bondouy était interné au camp de Châteaubriant (Loire-Inférieure, Loire-Atlantique). Quelques mois plus tard, le 12 février 1942 le préfet du lieu s’adressait au préfet de police de Paris. Il transmettait l’avis du chef de camp qui décrivait cet interné « à la conduite excellente », comme « malade et presque impotent ». Il demandait si « une mesure de clémence » pouvait « être proposée ». Étaient joints deux certificats médicaux d’octobre 1939, l’un du dispensaire municipal, l’autre de l’autorité militaire, place de Vincennes dont un médecin lieutenant écrivait qu’il avait proposé Émile Bondouy pour la réforme définitive N° 2. Une réponse parvint quinze jours après : « sa libération semble inopportune dans les circonstances actuelles ».

Un procès-verbal d’audition et de proposition de libération fut dressé le 9 mars 1942. À la question sur son activité syndicale, il répondit « Je n’ai jamais été syndiqué ». Sur son activité politique et sa position sur la signature du pacte germano-soviétique, il esquiva : « Au moment de la guerre d’Espagne, je me suis engagé parce que j’étais sans travail, je suis parti en qualité de comptable mais je ne faisais pas de politique ». Quant à son opinion « à l’égard du Gouvernement » de Vichy et « de la Révolution Nationale en cas de libération », il rétorqua « Laissez-moi, je ne veux pas entendre parler de politique ». Il signa le procès-verbal, le chef de camp souligna dans son avis « Très bonne conduite au camp, il a été assez difficile d’interroger cet interné, qui est très malade, a complètement perdu la mémoire et c’est à peine s’il sait encore écrire, en raison de son état de santé, j’émets un avis favorable quant à sa libération ». À Nantes, le préfet donnait le 14 mars le même avis. Il fut transféré au camp de Voves (Eure-et-Loir). Une mesure de clémence lui était annoncée le 25 juin 1942, il fut libéré pour raisons de santé.

Son passé espagnol pesa certainement lourd, Émile Bondouy était à nouveau arrêté le 29 juillet 1943 par les Allemands, il fut incarcéré au Fort de Romainville, transféré au camp de Compiègne (Oise). Le 17 janvier 1944, un convoi de mille neuf cent quarante-trois hommes dont quatre cent trente-sept étrangers (Espagnols, Italiens, Polonais, Néerlandais, Belges et apatrides), prenait la direction de Buchenwald (Allemagne), il arriva le 19 à destination. La libération du camp eut lieu le 11 avril 1945, les détenus organisés dans un Comité militaire clandestin arrêtaient cent vingt-cinq SS et prenaient possession du camp. L’après-midi, l’armée américaine conduite par le général Patton arrivait à Buchenwald. Émile Bondouy matricule 40328, était parmi les survivants du convoi.

Son état général était au plus bas, il alla en se détériorant. Il fut hospitalisé en milieu psychiatrique à l’hôpital Sainte-Anne à Paris, puis dans l’établissement de Perray-Vaucluse à Epinay-sur-Orge (Seine-et-Oise, Essonne), enfin dans un centre spécialisé à La-Queue-en-Brie (Seine-et-Oise, Val-de-Marne). Il y mourut le 26 octobre 1965.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article17138, notice BONDOUY Émile, dit Petit Pote par Daniel Grason, version mise en ligne le 15 octobre 2012, dernière modification le 29 octobre 2021.

Par Daniel Grason

SOURCES : Arch. AVER. — Arch. RGASPI 545/6 — Notes de Jean-Pierre Besse. — Arch. RGASPI 545.6.1038 liste des Brigadistes français en Espagne républicaine, fiches individuelles 31 décembre 1937 ; RGASPI 545.6.44. — Arch. PPo., BA 2397, BA 2447, 77W 1538. — Livre-Mémorial, FMD, Éd. Tirésias, 2004. — État civil, Paris (VIe arr.).

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