BLANCHET Henri, Marcel, Joseph, Ernest

Par Daniel Grason

Né le 12 septembre 1916 à Paris (XVe arr.), exécuté le 16 août 1944 dans les locaux de la Gestapo au 42 avenue Victor-Hugo à Paris (XVIe arr.) ; docteur en médecine ; membre du mouvement Vengeance ; membre du groupe FFI-FTP de Chelles (Seine-et-Marne).

Fils de Marcel Blanchet, docteur en médecine, et de Henriette Pouteau, sans profession, Henri Blanchet, diplômé de la faculté de médecine de Paris, proche du Parti socialiste, exerçait sa profession de médecin à Chelles, où il résidait 9 rue des Mahulots avec son épouse Lucette Piobetta. Il rejoignit le mouvement Vengeance en mars 1943. Il apporta son aide médicale aux réfractaires au STO et aux prisonniers évadés. Il participa à des opérations de ravitaillement pour le maquis de Dourdan, recueillis des renseignements. Nommé capitaine F.F.I., il travaillait en liaison avec de commandement Vengeance des F.F.I. de Lagny. En 1944 il était le principal responsable du groupe FFI-FTP de Chelles.

Début juin 1944 Wigen Nercessian, ingénieur, gaulliste rencontra Charles Porel qui se présenta comme un autrichien, ancien brigadiste en Espagne républicaine, membre de l’Intelligence service. Il s’agissait en fait de Karl Rehbein, membre du Sicherheitsdienst, service de renseignements de la SS (SD). Celui-ci mit Nercessian en relation avec un autre capitaine de l’Intelligence service, « Jack » qui parlait couramment le français, l’italien, l’anglais et l’allemand n’était autre que Guy Glèbe d’Eu, comte de Marcheret, alias Guy de Montreuil etc., chef de groupe de la Gestapo. Wigen Nercessian mit en relation « Jack » avec les résistants Guy Hémery et Jean Favé.

Le débarquement allié du 6 juin 1944 sur les côtes normandes stimula les différentes organisations de la Résistance, et les armes manquaient. Guy Hémery rencontra le capitaine « Jack », en informa son chef Jean Favé qui eut un entretien avec « Jack » qui s’engagea à fournir trois tonnes d’armes. Crédulité, excès de confiance… de Wigen Nercessian. Des membres de l’entourage du docteur Henri Blanchet le mirent en garde, en cette mi-août 1944 trois tonnes d’armes qui allaient tomber du ciel leur parurent suspects.

Plusieurs groupes de Résistants de diverses obédiences : Jeunes chrétiens combattants (JCC), Organisation civile et militaire (OCM), groupe Franc de Turma Vengeance, FFI-FTP de Chelles, près d’une cinquantaine de résistants dont une vingtaine âgés de moins de vingt-et-un ans unis pour récupérer des armes au rendez-vous fixé par le capitaine « Jack » le 16 août au matin à la Porte-Maillot à l’angle des rues Saint-Ferdinand et de la Grande-Armée à Paris (XVIIe arr.) Non loin de là, côté XVIe arrondissement les forces répressives allemandes et leurs auxiliaires français disposaient de plusieurs hôtels particuliers : avenue Foch, rues de la Pompe, Lauriston et Leroux.

Une quarantaine de résistants étaient répartis dans deux camionnettes et une ambulance. Jack et Wigen Nercessian attendaient sur place, le premier fit monter Charles Porel (Karl Rehbein) dans l’ambulance à la place de Jean Favé dit Paris qui monta dans la camionnette qui suivait. Le convoi alla à quelques rues de là, emprunta la rue d’Armaillé, entra au 11 bis dans un grand garage vers 11 heures 30. Les véhicules furent cernés une trentaine de SS et des hommes de mains en civils commandés par le lieutenant SS Walter tirèrent.

Le docteur Henri Blanchet et Jean Favé furent emmenés en passant par la cave à l’Hôtel de Chevreuse, mitoyen du garage où ils retrouvèrent Claude Bouvelle, dix-neuf ans. Le docteur Henri Blanchet et Jean Favé tentèrent-ils de s’enfuir ? Favé y parvint, il donna après la Libération des explications troublantes, fut emprisonné et auditionné. Il affirma qu’au « cours de l’année 1943, [son] groupe était fort de 150 hommes ». Il eut le contact avec Alexandre (Wigen Nercessian) et un mystérieux officier canadien. Il s’évada à la faveur d’une « bousculade ». (Audition du 5 mars 1945).

Ni Claude Bouvelle, ni le Docteur Blanchet n’eurent cette opportunité. Emmené dans une dépendance de la Gestapo au 42 avenue Victor-Hugo à Paris (XVIe arr.), Henri Blanchet fut tué par Friedrich Berger de quatre balles de revolver en présence du docteur Rousseau qui travaillait pour la Gestapo. (Témoignage de Lucienne Huvet, amie du gestapiste Jean-Paul Gorisse).

Dans la soirée du 16 août 1944, des bruits de mitrailleuse et de grenades retentirent près de la Cascade du Bois de Boulogne, la Gestapo exécutait trente-quatre hommes. Le cadavre du docteur Henri Blanchet abattu de quatre coups de revolver au 42 avenue Victor-Hugo à Paris (XVIe arr.) était déposé auprès d’eux.
L’agent infiltré, chef de groupe de la Gestapo Guy Glèbe d’Eu, comte de Marcheret, dit « Jack » fut arrêté par les Services américains au Danemark et remit à la police française le 25 octobre 1945. Responsable d’une centaine d’arrestations, notamment des exécutions de la rue Leroux et de la Cascade du Bois de Boulogne, il comparut le 2 avril 1949 devant la cour de Justice de Paris. Condamné à mort il fut passé par les armes le 20 avril à 8h 30 au fort de Montrouge.

Friedrich Berger responsable des antennes de la Gestapo de la rue de la Pompe et de l’avenue Victor-Hugo, condamné à mort par contumace le 22 décembre 1952 mourra de maladie le 10 février 1960 à son domicile de Munich (Allemagne).

La mention « Mort pour la France » lui fut attribuée par décision du Secrétariat général aux Anciens combattants en date du 23 février 1945. Inhumé dans le carré militaire du cimetière de Chelles, le docteur Henri Blanchet, décoré de la Croix de guerre en 1940, fut à titre posthume décoré de la Légion d’honneur, de la Médaille militaire (JO 22 octobre 1946), de la Médaille de la Résistance (JO du 3 novembre 1948), et homologué F.F.I., interné résistant. Le conseil municipal donna son nom à une avenue de la ville. Son nom figure sur le mémorial du Lycée Carnot, sur la plaque de l’ancienne faculté de médecine 13-15 rue de la Bûcherie à Paris (Ve arr.), sur une plaque apposée sur la façade de la mairie de Chelles, et sur la stèle commémorative à la Cascade du Bois de Boulogne.



16 août 1944. Cascade du Bois de Boulogne à Paris (XVIe arr.)

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article171566, notice BLANCHET Henri, Marcel, Joseph, Ernest par Daniel Grason, version mise en ligne le 5 mai 2015, dernière modification le 10 juillet 2021.

Par Daniel Grason

SOURCES : Arch. PPo. BA 1801, JB 11, JB 15. – Bureau Résistance : GR 16 P 63602. – Transmis par Delphine Leneveu : DAVCC : 21 P 426 390. – Patrice Miannay, Dictionnaire des agents doubles dans la Résistance, Éd. Le Cherche Midi, 2005. – Marie-Josèphe Bonnet, Tortionnaires, truands et collabos. La bande de la rue de la Pompe 1944, Éd. Ouest-France, 2013. – Guy Krivopissko, Axel Porin, « Les fusillés de la Cascade du bois de Boulogne », Éd. Mairie de Paris, 2004. – Site internet Gilles Primout, « Guet-apens Porte Maillot », 2015. – Site internet GenWeb. — État civil.

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