TAUPIN Roger, Jean, Charles

Par Pierre Alanche

Né le 3 juin 1925 à Paris XIIIe arrondissement ; mort le 26 mars 2013 à Clamart (Hauts-de-Seine) ; ingénieur Arts et Métiers (automobile et machine-outil) ; militant JEC, ACGE ; CFTC-CFDT ; SFIO, PSA, PS ; militant associatif.

Groupe catholique des Arts et Métiers en 1943
Groupe catholique des Arts et Métiers en 1943

Fils de Jean Marius Taupin, ajusteur, et de Simone Alice Marie Campan, sans profession, Roger Taupin était l’aîné d’une famille de quatre enfants (un frère cadet, Robert, et deux sœurs, Monique et Madeleine). Il reçut une solide éducation chrétienne et avait un oncle bénédictin à l’abbaye de Belloc située à Urt (Pyrénées-Atlantiques). Il fit ses études primaires chez les Frères des écoles chrétiennes, rue Domrémy, dans le XIIIe arrondissement, où il fut un brillant écolier. En 1938, il entra à l’École nationale professionnelle, rue Brisson à Vierzon, et commença des études techniques dans le domaine de la mécanique. Au cours de ses études, il fut arrêté par la Gestapo, à la suite d’une dénonciation, alors qu’il était âgé de seize ans. Il fut transféré à Paris et emprisonné à la prison de Fresnes dans de très dures conditions. Un jeune soldat allemand, le voyant privé de nourriture, lui donna la moitié de sa ration de pain ; Roger Taupin dit avoir découvert, dans ce geste, le Christ et il en resta profondément marqué. Il fut libéré au bout de vingt-deux jours, ayant été victime d’une erreur d’identification et il retourna à l’ENP. Il y prépara le concours d’entrée à l’école des Arts et Métiers de Paris ; il faut reçu premier en 1943.

Au cours de sa scolarité, il participa aux activités de la JEC (Jeunesse étudiante catholique) et du groupe catholique de l’école. En 1944, le père de Roux, aumônier général de l’USIC (Union sociale des ingénieurs catholiques) mais aussi des écoles Polytechnique, Centrale, Arts et Métiers, le chargea, de l’animation de l’Action catholique des grandes écoles (ACGE) en cours de création. Aux Arts et Métiers, il eut la responsabilité de l’animation inter-centres des « groupes catho » (Angers, Aix-en-Provence, Cluny, Châlons-sur-Marne, Lille et Paris). Il visita les différents centres et organisa en 1946 la première rencontre annuelle de ces groupes, à Autun : « le concile gadzarts ».

Il entra chez Renault en octobre 1946, convaincu que le statut de Régie nationale ouvrait la voie à des expériences intéressantes. Il débuta sa carrière au département de fabrication des organes mécaniques de la 4CV, puis fut rapidement nommé chef de l’atelier des traitements thermiques où il eut à maîtriser l’introduction de technologies nouvelles et à gérer les questions sociales, dans le contexte tendu de l’entreprise. Il excella dans ses activités. En 1949, déjà très sensibilisé aux questions sociales par ses activités JEC, ACGE et associatives dans le XIIIe arrondissement, il décida d’adhérer à la section syndicale ouvrière de la CFTC Renault, animée par André Soulat et Jean Lenoir*. Il participa activement à ses travaux tant sur le plan de la réflexion que de l’action. Avec Pierre Tarrière*, Raymond Vatier*, Claude Vautrin* et quelques autres adhérents CFTC, il mit en place une section des ingénieurs et cadres qui travaillait avec la section ouvrière. Cette section adhéra à la Fédération de la métallurgie, amorçant la rupture avec le syndicalisme catégoriel des cadres qui appartenait jusque-là à une fédération spécifique.

En mars 1950, il participa à une grève qui marquait la fin de période « retroussons nos manches » voulue par la CGT. Les revendications salariales étaient mises en avant et malgré l’étiolement de la grève au bout de quelques semaines, en septembre, la direction proposa un projet d’accord contenant des mesures sur les rémunérations. Il participa à la négociation dans l’équipe CFTC dirigée par André Soulat. En 1951 et 1952, il témoigna au cours du procès intenté par le président de Renault contre les secrétaires des syndicats CGT (Roger Linet) et CFTC (André Soulat) ; ils étaient accusés de diffamation, pour avoir publié une affiche dénonçant les bilans truqués de Renault. Roger Taupin présenta des arguments concrets, tirés de son expérience de chef d’atelier pour appuyer l’argumentation syndicale, démontrant que les méthodes comptables ne faisaient apparaître qu’une partie des bénéfices réels. Le procès se termina en cours d’appel par une condamnation de principe, assortie d’attendus reconnaissant le bien-fondé de nombreux arguments syndicaux. En 1952, accompagnant André Soulat lors d’un voyage d’échanges syndicaux avec I’IGM chez Volkswagen et Opel pour étudier l’application de la cogestion et l’industrie automobile allemande, il découvrit le procédé de protection par phosphatation contre la corrosion des tôles peintes dont il fit un rapport à la direction.

Le 27 juin 1953, il participa à l’assemblée générale constitutive du SRTA (Syndicat Renault des travailleurs de l’automobile CFTC). André Soulat en fut élu secrétaire, Pierre Cadel secrétaire général adjoint et Roger Taupin fut l’un des quatre autres secrétaires ; il assura la fonction de trésorier pendant de nombreuses années. Il contribua à l’élaboration des revendications salariales proposant des primes trimestrielles mieux réparties que les gratifications aléatoires de fin d’année. Il voulait répondre aux besoins des familles ouvrières qu’il avait analysés en participant à une étude du sociologue Pierre-Henri Chombart de Lauwe* dans son quartier du XIIIe arrondissement. Il contribua également, avec Michel Deranlot*, Paul Desgoges*, Pierre Louis* et d’autres, à la création du SNICA (Syndicat national des cadres de l’automobile) qui avait la double adhésion à la FGM-CFTC et à la Fédération des ingénieurs et cadres (FFSIC-CFTC). Roger Taupin, par éthique personnelle, refusait toute fonction en dehors de l’entreprise, néanmoins il en fut le trésorier de sa création à sa dissolution. Le syndicat publiait une revue, cadres automobiles dont le premier directeur de publication fut Eugène Descamps. Michel Lagache était le coordinateur du comité de rédaction, Roger Taupin en fut un pilier, même après son départ de Renault. À l’extérieur de l’entreprise, il participa aux travaux du groupe Reconstruction avec Paul Vignaux, Charles Savouillan*, Marcel Gonin et Gilbert Declercq.

Il était, parallèlement, en contact avec les jésuites en Mission ouvrière de la rue de la Gare et les dominicains de l’avenue d’Italie dans le XIIIe arrondissement à Paris ainsi qu’avec les prêtres-ouvriers de Renault. Il allait être marqué profondément par la condamnation des prêtres-ouvriers par Rome en 1954. Il avait adhéré en 1952 à la SFIO avec quelques amis, avec le projet de rénover le parti. La même année, il avait été délégué parisien au congrès des peuples pour la paix à Vienne. En 1958, il adhéra au PSA (Parti socialiste autonome), puis passa au PS lors de sa création. Il allait le quitter en 1980.

Roger Taupin démissionna de Renault en 1961 et devint directeur de division chez Olivetti machines- outils et automation à Saint-Ouen (Seine, Seine-Saint Denis). Il y resta jusqu’en 1970 et il entra comme directeur technique de Synergie Paris (XIIe), une société de conseil, toujours dans le secteur de la machine-outil, où il demeura jusqu’à son départ volontaire en retraite en 1985. Il intervint alors comme conseiller bénévole au sein EGEE (Entente des générations pour l’emploi et l’entreprise) pour apporter le soutien de cadres expérimentés à des créateurs d’entreprise. Dans le même objectif, il créa localement l’association Défi 92 (Développement pour l’emploi, la formation et l’insertion sur le territoire des Hauts-de-Seine).

Père et grand père actif, il accompagnait ses fils dans leurs activités sportives et les aida dans la création de leur entreprise. Il se lança dans le pilotage d’avion, s’investit également dans les Restos du cœur, participa à un groupe de réflexion sur les questions de foi et d’Église et apporta son concours aux travaux de l’ARHYME (Association pour la réhabilitation de réseau hydraulique du domaine royal de Meudon). Il fut douloureusement affecté par les morts successives de sa femme et de ses deux fils, reportant alors toute son affection et son aide à sa belle fille et ses trois petits enfants. Il avait épousé Nicole Moinet, le 17 juillet 1948 à Paris (XIIIe). Pendant les premières années le couple vécut au sein d’une communauté dépendante de la paroisse « Notre-Dame de la Gare et des deux Moulins », dans le XIIIe arrondissement. La communauté avait vocation à apporter aide et soutien aux démunis. Le couple adopta deux enfants, Emmanuel né en 1955 et Jérôme en 1957, et s’installa en 1961 à Meudon.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article171630, notice TAUPIN Roger, Jean, Charles par Pierre Alanche, version mise en ligne le 21 mars 2015, dernière modification le 21 mars 2015.

Par Pierre Alanche

Groupe catholique des Arts et Métiers en 1943
Groupe catholique des Arts et Métiers en 1943
Roger Taupin
Roger Taupin

ŒUVRE : « Le premier concile gadzarts », Bulletin la Biffutière (Amicale catholique des Gadzarts), Paris, 25 septembre 2005. — « Les primes trimestrielles : vues et sentiments d’un ingénieur de base », RENAULT HISTOIRE, 27, juin 2005.

SOURCES : Archives CFDT-Renault. – Robert Kosmann, « Interview d’André Soulat », RENAULT HISTOIRE, p. 88, numéro hors série, mars 2003. — Témoignage écrit d’André Soulat. — Archives personnelles André Soulat. — Hommage à Roger Taupin par Jean Ménard lors des obsèques. — Tiano, Rocard, Lesire Ogrel, Expériences françaises d’action syndicale, Les Editions ouvrières, Paris, 1956.

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