NASCIMBENI Louis [NASCIMBENI Luigi]

Par Jean-Pierre Husson, Jocelyne Husson, Émeric Tellier

Né selon son acte de décès en mairie de Saint-Remy-de-Bouzemont, le 30 septembre 1914 à Modène (Italie), mort en action le 29 août 1944 à Matignicourt (Matignicourt-Goncourt, Marne) ; mécanicien ; syndicaliste CGT ; résistant, CDLR, FFI.

Louis Nascimbeni
Louis Nascimbeni
SOURCE : 
Archives municipales du Blanc-Mesnil

Louis Nascimbeni était le fils d’Almo Nascimbeni, ouvrier fraiseur, et de Guiseffina Bastia, sans profession. Il appartenait à une famille d’antifascistes italiens, originaires de San Damaso (province de Modène, Italie), qui avaient émigré en France en 1922, d’abord en Lorraine à Jourdreville (Meurthe-et-Moselle), ensuite dans la région parisienne à Nogent-sur-Marne, puis au Blanc-Mesnil (Seine-et-Oise, Seine-Saint-Denis), où ils s’étaient installés en 1927. Les cinq frères Nascimbeni, Auguste, Virginio, Almo, Guillaume et Edmond travaillaient à l’usine Duralumin implantée dans la zone de la Molette (devenue aujourd’hui le Parc d’activités Eiffel) au Blanc-Mesnil, usine qui fut intégrée en 1943 au groupe CEGEDUR (Compagnie générale du duralumin et du cuivre). Les frères Nascimbeni avaient constitué un orchestre qui se produisait dans le cinéma local pour accompagner les films muets et dans les bals. Louis avait été embauché dans l’usine où travaillaient son père et ses oncles. Selon son acte de décès conservé en mairie de Saint-Remy-en-Bouzemont (Marne), il avait épousé Simone Sébastienne Labarère et le couple, qui avait deux enfants, était domicilié à Saint-Remy-en-Bouzemont (Marne) ; il exerçait alors la profession de mécanicien et ses parents étaient domiciliés à Montfermeil (Seine-et-Oise, Seine-Saint-Denis).

Louis Nascimbeni a été mobilisé en 1940 au 72e Régiment d’artillerie et il a participé aux combats de mai-juin 1940 avec son unité qui a détruit cinq blindés allemands. Requis en Allemagne au titre du Service du travail obligatoire (STO), il a refusé d’y retourner à la faveur d’une permission, il est passé à la clandestinité et s’est engagé en janvier 1944 dans le mouvement Ceux de la Résistance (CDLR) avec lequel il a accompli plusieurs missions dangereuses dans le secteur du Bourget (Seine, Seine-Saint-Denis).
Revenu auprès de son épouse et de ses enfants à Saint-Remy-en-Bouzemont (Marne), et ne parvenant pas, faute de communications, à rejoindre ses camarades au Bourget, Louis Nascimbeni rallia le maquis des Chênes implanté par le lieutenant François de La Hamayde dans le Bois des Laires à Margerie-Hancourt (Marne), où étaient rassemblés des réfractaires au Service du travail obligatoire (STO), des prisonniers de guerre évadés et des membres d’équipages alliés abattus aux confins de la Marne, de l’Aube et de la Haute-Marne. Ce maquis dont la devise était « Par force et par arme », était constitué de trois sections FFI (Forces françaises de l’intérieur) qui, à partir de la mi-août 1944, harcelèrent les troupes allemandes battant en retraite, et participèrent aux combats de la Libération dans la Marne, puis dans la Haute-Marne jusqu’à Chaumont.
Le 29 août 1944, Louis Nascimbeni qui appartenait à la section commandée par le lieutenant Claude Lamort de Gail fut tué aux côtés de Raoul Demacon à Matignicourt (Matignicourt-Goncourt, Marne) près de Vitry-le-François, lors de l’attaque d’une unité allemande d’automitrailleuses.
Son corps a été ramené à son domicile à Saint-Remy-en-Bouzemont où son décès a été enregistré et où il a été inhumé avant d’être transféré dans le carré militaire du cimetière du Bourget (Seine-Saint-Denis).

Six autres FFI ont été faits prisonniers et emmenés à Naives-devant-Bar (Naives-Rosières, Meuse) où ils ont été exécutés sommairement : Henri Baudemont, Louis Bianchi, Vitalis Gotautas, Pierre Klein, Pierre Rameau et Gudelis Zigmantas.
Fait prisonnier lui aussi, le lieutenant Claude Lamort de Gail a été emmené vers une destination inconnue. Son corps n’a jamais été retrouvé et il a été porté disparu.

On a longtemps cru que ces exécutions avaient été perpétrées par des SS. L’historien Jean-Pierre Harbulot a établi qu’il s’agissait de soldats appartenant à la 3e Division de Panzergrenadier, et plus précisément au 29e Régiment de Panzergrenadier, une « unité conventionnelle de l’armée régulière », constituée de « soldats ordinaires » de la Wehrmacht. La 3e Division de Panzergrenadier, après avoir combattu sur le front de l’Est en Russie, puis en Italie dans la région de Florence, a été ramenée en Allemagne, rééquipée et renforcée, puis envoyée en France pour protéger la retraite de la Wehrmacht et ralentir l’avancée de la IIIe Armée américaine du général Patton.
Du 29 au 31 août 1944, des unités appartenant à ce régiment se sont livrées à des exactions à Sermaize-les-Bains dans la Marne et dans les villages meusiens de la vallée de la Saulx : exécutions sommaires, massacres de civils, maisons incendiées.
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Louis Nascimbeni a obtenu la mention « Mort pour la France » et a été homologué FFI.

Dans la Marne, son nom est inscrit sur la stèle du maquis des Chênes élevée à Margerie-Hancourt. À Saint-Remy-en-Bouzemont il figure sur le monument aux morts communal et sur une plaque « 1939-1945 » apposée dans l’église paroissiale avec la mention « STO réfractaire engagé volontaire FFI ».
À Paris, il est gravé sur la plaque commémorative apposée par l’Union fraternelle des métallurgistes CGT 94, rue Jean-Pierre Timbaud dans le XIe arrondissement.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article171665, notice NASCIMBENI Louis [NASCIMBENI Luigi] par Jean-Pierre Husson, Jocelyne Husson, Émeric Tellier, version mise en ligne le 22 mars 2015, dernière modification le 6 mai 2020.

Par Jean-Pierre Husson, Jocelyne Husson, Émeric Tellier

Louis Nascimbeni
Louis Nascimbeni
SOURCE : 
Archives municipales du Blanc-Mesnil
Sur le monument aux morts </br>de Saint-Remy-en Bouzemont
Sur le monument aux morts
de Saint-Remy-en Bouzemont
Dans l'église de Saint-Remy-en-Bouzemont
Dans l’église de Saint-Remy-en-Bouzemont
SOURCE : 
Photos Jean-Pierre et Jocelyne Husson

SOURCES : SHD, Vincennes, GR 16 P 440149. – AVCC, Caen, AC 21 P 106 004. – Arch. MRN. – L’Union, 19-20 janvier 1946. – Bulletin de la Résistance, Vitry-le-François, n° 7, 15 avril 1946 (photo) et n° 12, décembre 1946. – Le Mensuel, n° 24, juin 2000. – Jean-Pierre Harbulot, " Les massacres du 29 août 1944 dans la vallée de la Saulx et leurs suites judiciaires " , Meuse en guerres, Bar-le-Duc, Société des lettres, sciences et arts, 2010. – Témoignage de Georges Humbert, président de l’Amicale du maquis des Chênes recueilli par Jocelyne et Jean-Pierre Husson en 2005. – Gérald Gaillet, Hommage aux résistants de la 2e guerre mondiale dans l’arrondissement de Vitry-le-François, exposition du Souvenir français, Vitry-le-François, 2009. – Jean-Pierre et Jocelyne Husson, La Résistance dans la Marne, dvd-rom, AERI-Département de la Fondation de la Résistance et CRDP de Champagne-Ardenne, Reims, 2013. – Note de Françoise Vasseur, conservatrice du patrimoine de la ville du Blanc-Mesnil. – Site du Service du patrimoine culturel de la Seine-Saint-Denis. – Site internet de l’Associazione Nazionale Partigiani d’Italia. — Mémorial GenWeb. – État civil, Saint-Remy-en-Bouzemont (acte de décès).

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