SIGNORET Simone [KAMINKER Simone, dite]

Par Gwénaëlle Le Gras

Née le 25 mars 1921 à Wiesbaden (Allemagne), morte le 30 septembre 1985 à Autheuil-Authouillet (Eure) ; actrice, romancière, sympathisante communiste.

« On ne naît pas impunément en 1921 » déclara-t-elle à Jacques Chancel (Radioscopie, 11 novembre 1976). Née, comme Yves Montand, l’année de naissance de l’URSS, elle était la fille aînée d’André Kaminker, Juif polonais, officier de l’armée française puis traducteur, et de Georgette Signoret. Elle avait deux frères cadets, Alain (1930) et Jean-Pierre (1932).
André démobilisé, les Kaminker s’installèrent à Neuilly, où Simone eut une enfance bourgeoise. Son père parti pour rejoindre la France libre à Londres en 1940, Simone devint soutient de famille et fut obligée de travailler pour le père d’une de ses camarades de lycée, Jean Luchaire qui dirigeait le journal pétainiste Les Nouveaux Temps. Elle démissionna rapidement.

Elle s’installa à Saint-Germain-des-Prés et fréquenta les cafés avec Claude Jaeger qui l’introduisit auprès de l’intelligentsia parisienne. Bien avant de rencontrer Yves Montand, elle était déjà politisée : dès mars 1941 elle fréquentait des gens de gauche au Café de Flore où elle rencontra une troupe de théâtre ouvrier, des membres du groupe Octobre (notamment les frères Prévert) qui lui ont permis de débuter sa carrière et de se forger ses opinions politiques. Par la force des choses, à cause de son ascendance juive, elle emprunta le nom de sa mère, Signoret, pour faire de la figuration. Mais outre cette conséquence, la comédienne attendit 1985, avec son premier roman Adieu Volodia, qui fut un best-seller, pour revenir sur ses origines qui nourrirent ce récit d’une famille juive d’origine polonaise entre les deux guerres mondiales. « Je ne peux pas dire que j’ai connu un éveil au judaïsme. Au demeurant, je n’ai jamais été confrontée personnellement à l’antisémitisme. Mon père était l’archétype de l’assimilé. J’ai été élevée dans un total agnosticisme. » (Simone Signoret, La Nostalgie n’est plus ce qu’elle était, p. 13).

Après avoir brièvement fréquenté Daniel Gélin, Simone Signoret rencontra Yves Allégret, alors jeune réalisateur inconnu, au Café de Flore en 1943. Ils eurent une fille, Catherine (1946), et se marièrent en 1948. Allégret lui offrit ses premiers rôles importants notamment avec Dédée d’Anvers (1948) et Manèges (1950). À cette époque et jusqu’au début des années 1950, elle apparaissait assez souvent dans L’Écran français et Heures claires des femmes françaises, deux publications liées au Parti communiste.

Mais le couple Allégret vola en éclat en août 1949, lorsque Simone eut le coup de foudre pour Yves Montand, alors vedette de music-hall, à Saint-Paul-de-Vence où ils se marièrent en 1951. Intellectuelle et issue d’un milieu bourgeois, Simone Signoret parfit l’éducation de Montand qui rendit plus visible son engagement politique à travers leur couple. En 1954, Signoret et Montand acquièrent leur demeure normande à Autheuil-Authouillet qui devint un refuge intellectuel et artistique très fréquenté par Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Serge Reggiani, Pierre Brasseur, Luis Buñuel, Jorge Semprún notamment. Ils devinrent l’un des couples français les plus engagés et en vogue du monde du spectacle et furent un temps de fidèles compagnons de route du Parti communiste, sans jamais en être membres, comme beaucoup d’autres figures de la culture de la gauche française de l’époque. En 1950, elle signa comme Montand l’Appel de Stockholm, en faveur de la paix, contre les bombes nucléaires qui venaient de faire des dizaines de milliers de victimes à Hiroshima et Nagasaki.

Ceci ne fut pas sans répercussions, bonnes comme mauvaises, pour sa carrière d’actrice.

Au cours des années 1950, elle fut persona non grata aux États-Unis en raison de ses sympathies pour le Parti communiste, boycott qui ne fut levé qu’en 1959 et qui donna encore plus de poids à son obtention de l’Oscar de la meilleure actrice, le premier pour une Française, en 1960 pour Les Chemins de la haute ville (Jack Clayton, 1959). Elle fut également interdite à la télévision et à la radio, à l’époque sous contrôle étatique, au début des années 1960, pour avoir signé le Manifeste des 121 contre la guerre en Algérie.

Bon nombre de ses rôles firent écho à ses convictions politiques. Ainsi, Signoret débuta au théâtre en 1954 avec Yves Montand dans Les Sorcières de Salem, pièce d’Arthur Miller dénonçant cette sombre période de « chasse aux sorcières » et la triste fin du couple Rosenberg par cette transposition allégorique du maccarthysme. La pièce fut un triomphe et adaptée au cinéma avec le même couple vedette en 1957 par Raymond Rouleau sur un scénario de Jean-Paul Sartre.
Signoret commença, avant Montand, à prendre ses distances avec le Parti communiste après la répression en Hongrie en 1956. Mais par dévotion pour Montand, pour ne pas en faire un prince consort alors qu’elle était en pleine gloire, elle mit sa carrière entre parenthèses pour l’accompagner dans son tour de chant dans les pays de l’Est, contre l’avis de leurs amis Gérard Philipe et Sartre, mais poussés par Aragon qui fustigea pourtant dans les salons mondains cette tournée « inopportune ». Signoret garda un souvenir vif et amer de cette trahison.

Ses convictions et ses engagements ébranlés la conduisirent à choisir avec Montand L’Aveu de Costa-Gavras (1970) qui dépeint la violence du procès de Prague et marqua leur rupture avec le communisme. Dans Judith Therpauve, de Patrice Chéreau (1978), Signoret personnifie le plaidoyer pour la liberté de la presse, ou plutôt, de la survie d’une presse libre non redevable à des groupes ou à des pressions. Elle répondit ainsi de manière à peine déguisée à l’ostracisme dont elle fut victime.

Simone Signoret demeura une femme engagée, attachée à l’idée d’un socialisme humaniste. Elle utilisa sa renommée de star pour combattre toute forme d’oppression. Peu de temps avant sa mort, elle se fit la porte-parole du slogan « Touche pas à mon pote » de SOS racisme. Sa forte personnalité marqua plusieurs générations.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article171728, notice SIGNORET Simone [KAMINKER Simone, dite] par Gwénaëlle Le Gras, version mise en ligne le 23 mars 2015, dernière modification le 20 novembre 2019.

Par Gwénaëlle Le Gras

SOURCES : Susan Hayward, Simone Signoret, une star engagée, Paris, L’Harmattan, 2013 [Edition originale : Susan Hayward, Simone Signoret : The Star as Cultural Sign, Londres-New York, Continuum, 2004] — Simone Signoret, La nostalgie n’est plus ce qu’elle était, éditions du Seuil, Paris, 1975 — Mémoires pour Simone Signoret, documentaire de Chris Marker, 1986.

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