SABATIER Léon, Joseph, Etienne

Par Jacques Girault - Rachel Mazuy

Né le 23 avril 1891 à Toulon (Var) Mort à la Tourette-aux-loups (Var) le 2octobre 1965 ; artiste peintre, fresquiste, enseignant ; militant anarchiste puis communiste ; Résistant.

Autoportrait de Léon Sabatier publié dans les Lettres françaises, 8 septembre 1949.

Fils d’un ouvrier chaudronnier retraité de l’Arsenal maritime, originaire de l’Ardèche, qui mourut quand son fils avait trois ans, Léon Sabatier, avait cinq frères et soeurs. Sa mère, Maxime Burle, éleva d’abord seule ses six enfants et se remaria plus tard à Jules Sicard, un garde forestier socialiste qui eut beaucoup d’influence sur Léon Sabatier.

Il quitta l’école à 13 ans pour entrer en apprentissage chez son beau-frère (Adrien Garnier), peintre en bâtiment et peintre amateur. Il apprit aussi la technique de la fresque avec les fresquistes Moreira et De Signori. C’est donc le soir qu’il se forma aux Beaux-arts dans sa ville puis à Genève où l’entraina un décorateur, et enfin, à partir de 1911, à Paris où il fut admis à l’École Nationale Supérieure des Beaux-Arts avec une bourse. A cette époque, il suivait aussi des cours aux arts décoratifs où il rencontra André Claudot. Rebelle comme son ami à l’enseignement trop académique des deux écoles, il fréquentait les peintres de Montparnasse, dont Kisling, Van Dongen et Modigliani.

Antimilitariste, il fut mobilisé en 1914, mais sa guerre n’eut cependant rien à voir avec les cinq années vécues en premières lignes par la majorité des combattants. Envoyé au 7e génie à Avignon, comme l’affichiste Paul Colin qu’il rencontra alors, on utilisa en effet ses compétences de fresquiste pour faire du camouflage d’avion.

Après la guerre à Paris, il vécut quelques temps dans la misère, en récitant des poèmes dans les restaurants. Il donnait malgré tout de temps à autre de l’argent pour des souscriptions du Libertaire. En 1921, il dessina avec Claudot et Galbez dans le numéro 5 des Crucifiés “protestant contre les pogroms et les persécutions dont les juifs sont victimes”. Claudot fit en 1920 un portrait de son ami.

Il évolua très tôt de l’anarchisme vers le communisme. Revenu dans sa ville natale dans les années trente, habitant le quartier Claret, il enseignait alors à l’Ecole des Beaux-Arts de Toulon. Vice-président du Comité de Vigilance des intellectuels antifascistes en mars 1935, représentant du comité à la commission exécutive du comité local de Front populaire, il assurait le secrétariat de la Maison de la Culture. Il fut aussi très engagé en faveur de l’Espagne républicaine. Il exploitait alors aussi un magasin d’antiquités et de tableaux appartenant à sa seconde femme Emilienne Saglia.

En effet, marié en novembre 1920 à Paris (Veme arr.) avec Cécile Gény, une modiste, originaire de la Moselle, divorcée, Léon Sabatier, qui mourut en 1923. Sabatier se remaria en octobre 1930 à Toulon, avec Émilienne, Jeanne Saglia, née le 3 octobre 1908 à Toulon, fille d’un commerçant d’origine italienne. Cette dernière, marchande de tableaux, membre du Comité des femmes contre la guerre d’Hyères (Var) en 1935, fut exclue du Parti communiste comme "provocatrice" selon les termes de Rouge-Midi, le 6 juillet 1935. Elle décéda le 10 mai 1973 à Guéret (Creuse). Il exposait alors à Marseille notamment (galerie Da Silva).
 
Militant communiste, Léon Sabatier, dont le domicile fut perquisitionné en avril 1940, était surveillé par la police en septembre 1940. En relations pour le Front national avec Marius Autran, il aurait été le premier représentant du Parti communiste sous le pseudonyme de “Laplace“ au Comité de la coordination de la Résistance (qui préfigure le futur Comité départemental de Libération) et dont la première réunion se tint à Toulon fin avril 1943.

Revenu à Paris dans le quartier de Montparnasse au sortir de la guerre, Sabatier exposa à la galerie Guénégaud et participa également la même année 1946 à la première exposition de l’UNESCO. On le retrouvit ensuite à la galerie Barreiro et au jury du Salon d’automne. En 1951, il prit ouvertement partie contre le gouvernement pour les “suspendus du Salon” d’automne dont les oeuvres (d’artistes communistes comme Marie-Anne Lansiaux] ou Boris Taslitzky) avaient été selon lui “kidnappées” par la préfecture de police de Paris, alors qu’elles avaient été autorisées par le jury. En 1948, à la demande de Louis Aragon, il illustra pour Les Lettres françaises le livre de Jules de la Madelene (paru initialement en 1859), Le Marquis de Saffras. C’est l’époque où il fréquentait les poètes Paul Éluard, Francis Carco, Philippe Chabaneix ou Léon Vérane.

Revenu à nouveau dans le Var dans les années cinquante du fait de problèmes de santé, il présida le comité de soutien à la liste communiste pour les élections législatives de 1956 à Toulon.

En 1966, le musée des Beaux-arts de Toulon (qui conserve des oeuvres de l’artiste dans ses collections, dont un portrait de Léon Vérane), mit en place une exposition rétrospective. Le peintre est aussi présent au Musée de Grenoble, et un de ses tableaux occupe un mur entier de la mairie de Tourrettes-sur-Loup où il est décédé le 2 octobre 1965.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article172547, notice SABATIER Léon, Joseph, Etienne par Jacques Girault - Rachel Mazuy, version mise en ligne le 26 avril 2015, dernière modification le 30 octobre 2020.

Par Jacques Girault - Rachel Mazuy

Autoportrait de Léon Sabatier publié dans les Lettres françaises, 8 septembre 1949.

SOURCES : Arch. Dép. Var, 4 M 47, 59 2, 4 4, 3 Z 3 40, Cabinet 862. — Presse locale. — Sources orales. — Notes de Jean-Marie Guillon - Le Libertaire du 19 août 1923 et du 23 août 1924 - Les Crucifiés, N° 5, 1921 - Ce Soir, 9 novembre 1951 - Notes de Rachel Mazuy.

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