TABOURET-KELLER Andrée [née KELLER Andrée]

Par Françoise Olivier-Utard

Née le 26 août 1929 à Mulhouse (Haut-Rhin) ; chercheur CNRS, professeur d’université, psychanalyste ; membre du PCF ; membre du bureau fédéral du Bas-Rhin de 1956 à 1962, membre du comité fédéral de 1964 à 1974.

Son père, Willy Keller, était ingénieur en génie civil. Sa mère, Alice Lauffenburger avait été couturière. Ils étaient protestants calvinistes non pratiquants et se situaient à gauche. Pendant l’annexion nazie, ils l’avaient rendue attentive aux persécutions et au danger hitlérien. Ils lui faisaient transporter des documents, le grand-père marchant sur le trottoir d’en face. Ils cachaient aussi des évadés. En 1944, son père fut arrêté et déporté. Épuisé par sa détention, il ne survécut que quelques mois à sa libération et mourut en 1946.

Andrée Keller fit ses études secondaires au lycée de jeunes filles de Mulhouse où elle fut élève de Madeleine Amoudruz-Rebérioux. Elle entreprit des études supérieures à l’université de Strasbourg à la rentrée 1946. Elle fit deux ans de médecine, puis obtint deux diplômes d’études supérieures, en psychologie et en biologie. Elle entra au CNRS en 1958 et y fit carrière. Elle devint parallèlement psychanalyste en 1964. Elle soutint une thèse d’État en lettres (mentions linguistique et psychologie) en 1969. En 1976, elle souhaita s’orienter vers l’enseignement et devint professeur de psycholinguistique à la faculté de psychologie de l’université Louis Pasteur de Strasbourg. Elle dirigea un laboratoire de recherches associé au CNRS sur les situations linguistiques complexes, dont Françoise Hurstel était membre.

Elle avait adhéré à l’Union de la jeunesse républicaine de France au lycée. En 1947, elle participa en Tchécoslovaquie au festival de la Fédération mondiale de la jeunesse démocratique. Puis elle se rendit en Yougoslavie avec la brigade “Marseillaise“. En 1948, en Tchécoslovaquie, elle appartint à la brigade “Gabriel Péri“. Elle fit connaissance de son futur époux, René Tabouret. Ils se marièrent à Mulhouse en 1950 et eurent deux enfants.

Étudiante en médecine, elle adhéra au Parti communiste français en 1948 et milita à la cellule de l’hôpital de Strasbourg. Elle devint membre du bureau de la section nord. Elle suivit l’école régionale du PCF en novembre 1952. En 1956, elle était membre correspondant du comité de rédaction de La Nouvelle Critique. Elle fut élue au bureau fédéral de 1956 à 1964, en tant que jeune, femme, intellectuelle et alsacienne, puis passa au comité fédéral jusqu’en 1974, date à laquelle elle demanda à être déchargée de ses fonctions. Ses positions sur le bilinguisme lui valurent une menace d’exclusion de la part de François Billoux qui suivait la fédération du Bas-Rhin dans les années 1950. Elle fut déléguée au XIVème congrès, en 1962.

Pendant la guerre d’Algérie l’appartement des Tabouret servit plusieurs fois de relais à des militants du Front de Libération nationale qui, blessés, cherchaient à gagner la RDA et l’URSS. Son mari était alors conseiller municipal communiste et menacé de plasticage par l’OAS. L’appartement fut surveillé par la police.

Après l’indépendance et avant l’arabisation, Andrée Tabouret- Keller alla volontairement donner des cours en Algérie, à Alger et Constantine. Plus tard, elle y revint dans le cadre des échanges universitaires et dirigea plusieurs thèses d’étudiants algériens. Elle consacra son temps à ses recherches, au travail de terrain à l’étranger et fut souvent sollicitée pour travailler sur des situations linguistiques complexes. Elle ne cessa pas ses activités de chercheur une fois à la retraite et continua aussi à participer à diverses initiatives politiques concernant le plurilinguisme.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article172601, notice TABOURET-KELLER Andrée [née KELLER Andrée] par Françoise Olivier-Utard, version mise en ligne le 15 mai 2015, dernière modification le 17 juin 2015.

Par Françoise Olivier-Utard

SOURCES : Archives du comité national du PCF.— Archives fédérales du PC du Bas-Rhin. — Entretiens des 21 janvier 2000 et 4 juin 2015. — Notes de Jacques Girault.

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