SAUVAGE Miguel

Par Didier Bigorgne

Né le 21 octobre 1914 à Monthermé (Ardennes), mort le 1er juin 2002 à Charleville-Mézières (Ardennes) ; instituteur, professeur puis sous-directeur de collège ; militant syndicaliste ; militant communiste et du Mouvement de la paix ; résistant, secrétaire départemental du Front national et secrétaire général du Comité départemental de Libération des Ardennes ; maire de Château-Regnault (1944-1945).

Photographie du militant dans les années 1980.
Photographie du militant dans les années 1980.

Fils de Théophile Sauvage*, ouvrier métallurgiste, et d’Esther Body, sans profession, Miguel Sauvage était le benjamin d’une famille de cinq enfants (trois garçons et deux filles). Après avoir fréquenté l’école primaire de Château-Regnault (Ardennes) où ses parents s’étaient installés en 1918, puis le cours complémentaire, il réussit le certificat d’études primaires à l’âge de onze ans. Il accomplit une année d’études supplémentaires et fut admis au brevet élémentaire et à l’Ecole normale d’instituteurs de Charleville. A sa sortie en 1935, Miguel Sauvage effectua son service militaire au 155e régiment d’infanterie de Sedan qu’il quitta le 1er septembre 1937 avec le grade de sergent de réserve. A la rentrée scolaire d’octobre, il obtint son premier poste d’instituteur à l’école de garçons de Monthermé. L’année suivante, il fut muté dans le village de Neufmaison.

Miguel Sauvage naquit dans une famille ouvrière de tradition socialiste révolutionnaire. Son père, mouleur aux Forges et Laminoirs de Monthermé-Laval-Dieu avant de tenir un petit commerce à partir de 1918, avait été un syndicaliste de premier plan jusqu’en 1914. Secrétaire du Comité ardennais d’action fédérale de la métallurgie, fondateur de la Fédération des syndicats ouvriers des Ardennes dont il fut le secrétaire, Théophile Sauvage fit édifier à Monthermé une Bourse du travail "La Maison du Peuple", en devint l’administrateur et prit la tête de toutes les luttes revendicatives du département, ce qui le conduisit à collectionner les peines de prison.

Dans sa jeunesse, Miguel Sauvage découvrit l’univers politique et syndical d’après les récits de son père. Il s’enthousiasma pour la révolution russe d’Octobre vantée par son frère aîné qui travaillait à l’usine. Il lut L’Humanité qui entrait à la maison. Il fréquenta la Jeunesse communiste de Château-Regnault. Son éducation l’amena à s’engager rapidement dans la lutte syndicale. Dés le 20 janvier 1934, Miguel Sauvage mena un mouvement de grève à l’École normale de Charleville pour protester contre la mauvaise nourriture. Membre du Syndicat national des instituteurs dès son premier poste, il fut l’un des rares instituteurs ardennais à participer à la grève déclenchée par la CGT le 30 novembre 1938 contre les décrets-lois Reynaud. Le 5 décembre suivant, il fut convoqué par l’inspecteur d’Académie des Ardennes qui le rappela à l’ordre et lui signifia la sanction infligée par le ministre de l’Éducation nationale, une retenue de huit jours sur le traitement de décembre. Dans le même temps, Miguel Sauvage devint membre du Centre laïque des auberges de jeunesse des Ardennes.

En septembre 1939, Miguel Sauvage fut mobilisé avec le grade de sous-officier au 291e régiment d’infanterie. Stationné aux avants-postes, d’abord sur le plateau de Rocroi, puis sur la ligne Maginot, il combattit les Allemands en Lorraine dans les actions retardatrices. Prisonnier de guerre à partir du 19 juin 1940, Miguel Sauvage fut rapatrié dans les Ardennes le 26 juillet suivant. Il bénéficia d’un régime de semi-liberté et rentra à Château-Regnault dans le courant du mois de juin 1941. Il reprit alors son métier d’instituteur en retrouvant un poste à l’école primaire de Monthermé.

Miguel Sauvage adhéra au Parti communiste en 1943. Il entra rapidement en contact avec Pierre Delon, responsable de l’interrégion Nord-Pas-de-Calais du Front national et des FTPF, pour fonder le Front national dans les Ardennes. Miguel Sauvage réussit à créer des comités locaux puis à structurer l’organisation en mettant en place un comité directeur qui le désigna responsable départemental à la fin de l’année 1943. Dans le même temps, il participa à la reconstitution clandestine de la section des Ardennes du Syndicat national des instituteurs avec Armand Malaise, Georges Muriot, Raymond Deparpe et Yvonne Dauby. Au début de l’année 1944, Miguel Sauvage établit les premiers contacts avec les mouvements de résistance pour former le Comité départemental de Libération qui se constitua le 20 mai 1944 dans un café de Charleville. Il en devint le secrétaire général.

Après la Libération, Miguel Sauvage, reconduit à son poste de secrétaire départemental du Front national, poursuivit son engagement au sein d’organisations issues de la Résistance ou nées après la barbarie nazie. Le 2 décembre 1944, il prit une part active dans la fondation par les mouvements de Résistance de l’hebdomadaire L’Ardenne Nouvelle dans lequel il écrivit plusieurs articles. Il participa également, le 7 avril 1945, à la constitution de l’Association départementale des victimes du nazisme dont il devint membre du comité d’honneur. Enfin, du 10 au 14 juillet 1945, il fut délégué aux États généraux de la Renaissance française qui se déroulèrent à Paris.

Nommé conseiller municipal de Château-Regnault en septembre 1944, Miguel Sauvage fut élu maire de la localité. Il fut réélu après la victoire totale de la liste d’Union républicaine antifasciste composé de communistes, de militants cégétistes, de membres du Front national et de l’Union des femmes françaises aux élections municipales du 29 avril 1945. Le 10 août suivant, Miguel Sauvage épousa Christiane Rogissart, institutrice et fille de l’écrivain Jean Rogissart, à Joigny-sur-Meuse (Ardennes). Nommé instituteur au cours complémentaire de Nouzonville à la rentrée scolaire d’octobre 1945, il démissionna alors de son poste de maire de Château-Regnault.

Entre temps, Miguel Sauvage n’avait pas accepté la décision de dissoudre les anciens milices patriotiques rebaptisées Gardes civiques et républicaines prononcée par le Comité central du Parti communiste français réuni à Ivry du 21 au 25 janvier 1945. Après le congrès national qui se tint du 26 au 30 juin 1945, il prit ses distances avec le parti pour le quitter discrètement un jour de janvier 1948 en refusant de renouveler sa carte d’adhérent. Toutefois, Miguel Sauvage resta fidèle à ses convictions. Très attaché à l’idéal communiste et à l’Union soviétique où il effectua plusieurs séjours, il devint un compagnon de route du PCF et le demeura jusqu’à la fin de sa vie. Pendant une quarantaine d’années, il figura sur les listes communistes présentées aux élections municipales à Nouzonville.

Parallèlement, Miguel Sauvage s’engagea dans le combat pour la paix. Signataire de l’appel de Stockholm en mars 1950 pour la mise hors la loi de la bombe atomique, il adhéra au comité ardennais du Mouvement de la paix qui s’était constitué en mai 1950. Animateur du comité local de Nouzonville qu’il représenta aux assises départementales du 29 octobre suivant, il conduisit la délégation ardennaise qui participa à la grande journée de la paix organisée à Verdun le 25 février 1956 et y remit un message de paix aux délégués allemands. Dans le même temps, Miguel Sauvage mena la lutte contre le réarmement allemand au sein du comité départemental anti-CED (Communauté européenne de défense). A l’occasion du débat parlementaire sur la CED qui s’ouvrit le 28 août 1954, il fit partie de la délégation des Ardennes reçue à l’Assemblée nationale et au quai d’Orsay.

Miguel Sauvage donna toutefois la priorité à l’action syndicale. Membre de la FEN-CGT jusqu’en 1954, il fut un des animateurs de la tendance minoritaire, d’abord cégétiste, puis "Unité et Action" au sein de la section ardennaise du SNI pendant plus de vingt ans. Nommé au comité syndical le 21 décembre 1944, il présida alors à la commission d’appréciation des services de la Résistance. Élu au comité syndical le 19 novembre 1945, il y siégea jusqu’au 6 mai 1970, avec une interruption du 7 octobre 1948 au 29 octobre 1951. Pendant les trois premières années de son mandat syndical, Miguel Sauvage occupa le poste de secrétaire de rédaction du Bulletin de la section ardennaise du SNI du 24 janvier 1946 au 7 octobre 1948. Dans le même temps, il représenta le syndicat du Conseil départemental des parents d’élèves. Enfin, pendant sa mise à l’écart, il fut délégué de la section aux Etats généraux de la France laïque qui se tinrent les 10 et 11 avril 1949 à Paris. Il siégea aussi à la commission administrative de la section des Ardennes de la FEN du 28 octobre 1950 au 8 novembre 1951.

Devenu professeur de sciences physiques, discipline supprimée par la réforme de l’enseignement de 1966, Miguel Sauvage termina sa carrière professionnelle en occupant la fonction de sous-directeur au collège Rouget-de-Lisle à Charleville-Mézières. A la retraite depuis 1970, il vécut à Nouzonville avec son épouse qui décéda le 19 juillet 1989. Toujours avide de connaissances, il se passionna pour l’astronomie et la Chine communiste. Avec la modestie, la simplicité et le sens moral qui le caractérisaient, Miguel Sauvage n’appréciait ni les honneurs (à l’exception de son grade d’officier des Palmes académiques) ni les réceptions officielles. Les rares invitations auxquelles il répondait étaient celles réservées à la mémoire de son père ou de son beau-père.

Malade, Miguel Sauvage mourut à l’hôpital de Charleville-Mézières. Il fut inhumé dans l’intimité le 5 juin 2002 à Nouzonville.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article172612, notice SAUVAGE Miguel par Didier Bigorgne , version mise en ligne le 27 avril 2015, dernière modification le 18 avril 2017.

Par Didier Bigorgne

Photographie du militant dans les années 1980.
Photographie du militant dans les années 1980.

SOURCES : Arch. Dép. des Ardennes, 1M 15 ; 3M 8 et 9. — Bulletin de la section ardennaise du Syndicat national des instituteurs, 1944 à 1971. — L’Ardenne Nouvelle, 1945 à 1947. — Liberté, 1950 à 1952. — L’Humanité-Dimanche, Une semaine dans les Ardennes, 4 mars 1956. — Presse locale. — Didier Bigorgne, Miguel Sauvage, secrétaire général du Comité départemental de Libération des Ardennes. Itinéraire d’un instituteur, Terres Ardennaises, octobre 2004. — Témoignage de l’intéressé.

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