SAVATIER René [SAVATIER Marie, Joseph, René]

Par Jacques Girault

Né le 29 mars 1892 à Poitiers (Vienne), mort le 20 juin 1984 à Poitiers ; professeur d’université ; résistant.

Fils d’un avocat qui avait présidé l’Association catholique de le jeunesse française et l’œuvre des cercles avec les catholiques Albert de Mun et Léon Harmel, René Savatier, docteur en droit en 1916, était devenu avocat à la cour d’appel de Poitiers. Agrégé de droit privé et criminel, chargé de cours de droit criminel à Bordeaux en 1919, il devint professeur de droit civil et comparé à la Faculté de Droit de Poitiers en 1920 dont il fut doyen de 1955 à 1959. Il y enseigna jusqu’à sa retraite en 1963. Il présida le jury de l’agrégation de droit.

Il se maria en juillet 1921 à Poitiers. Le couple eut douze enfants dont dix vécurent. L’un deux Paul Savatier adapta pour la télévision le roman d’Aragon Les beaux quartiers.

Militant catholique, il devint maire de Lésigny (Vienne) en 1931 succédant à son père et à son grand-père. Il le resta jusqu’aux élections de 1953 pour lesquelles il ne se représenta pas.

En plus de ses cours, il écrivait des ouvrages de droit, dont La Russie bolcheviste vue à travers ses lois (Paris, Sirey 1928), des articles dans les revues spécialisées et prononçait des conférences sur le communisme, la famille, le divorce, la profession d’enseignant notamment. Il afficha son hostilité au Front populaire et au communisme en soutenant les candidats de droite.

Au début de la guerre, René Savatier dans un premier temps se montra loyal vis-à-vis du maréchal Pétain, rappelant que son père avait été sous ses ordres à Verdun. Délégué départemental du Secours national et des prisonniers, il participa à l’accueil des réfugiés dans les locaux de la faculté et dans sa commune. Puis, selon le rapport du Recteur, en septembre 1942, il « se livrerait à une propagande hostile au gouvernement ». Il refusa de faire partie du comité de propagande du Maréchal et se livrait à la propagande gaulliste. Il « interdit à ses fils d’assister à la cérémonie du serment de l’Athlète ». Lors d’une visite dans une pouponnière, accueilli aux cris de “Vive le Maréchal“, il aurait dit à voix haute « ne pourrait-on pas leur apprendre autre chose ». Il se montra ferme à l’égard de l’occupant à propos de la propagande pour un film sur les prisonniers en Allemagne. Son fils aîné était requis en Allemagne dans le cadre du Service du travail obligatoire. Arrêté en septembre 1942, René Savatier fut emprisonné à la Pierre levée après sa condamnation à un an de prison en novembre pour détention de munitions de chasse, Son collègue Jean Charbonnier assura ses cours pour que sa famille puisse recevoir son traitement.

Quand se constitua le Comité départemental de Libération, au printemps 1944, René Savatier en devint le président. Il le resta jusqu’aux décisions du gouvernement provisoire concernant l’enseignement. En septembre1945, il fut chargé par René Capitant, ministre de l’Éducation nationale, d’une mission de représentation du gouvernement de Gaulle issu de la Libération. Professeur invité à l’université McGill, il dut donner à travers tout le Canada des conférences sur la Résistance française qui avait une mauvaise image dans ce pays. En 1945, en Grande-Bretagne, il reçut la "King’s Medal for Courage in the Cause of Freedom".

Après la guerre, il soutint le maire de droite Jacques Masteau.

Son travail universitaire lui valut les titres de docteur honoris causa de plusieurs universités étrangères et d’être membre correspondant de l’académie des Sciences Morales et Politiques et de l’académie royale de Belgique. Son nom fut donné à une rue du centre de Poitiers ainsi qu’à une salle de la cour d’appel du palais de justice de Paris.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article172710, notice SAVATIER René [SAVATIER Marie, Joseph, René] par Jacques Girault, version mise en ligne le 2 mai 2015, dernière modification le 4 octobre 2020.

Par Jacques Girault

ŒUVRES : Le fichier de la BNF comportait 65 titres dont ses cours de droit civil et les rééditions de ses ouvrages.

SOURCES : Arch. Nat., F17 28218.— Notes de son petit-fils Bertrand Savatier.

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