SCHONT Lucien [SCHONT Joseph, Lucien]

Par René Crozet, Jacques Girault

Né le 9 décembre 1903 à Malancourt-la-Montagne (Moselle), mort le 20 octobre 1988 à Metz (Moselle) ; instituteur puis principal de collège ; militant syndical du SNI ; militant mutualiste.

Fils d’un instituteur, né dans une commune française frontalière, Lucien Schont participa avec les enfants du village aux actes d’hostilité envers les Allemands (sabotage des fusils). Elève d’une école primaire supérieure, il entra à l’École normale d’instituteurs de Montigny-les-Metz en 1920. Nommé instituteur en 1923, il fut par la suite directeur d’école et principal de collège à Metz.

Marié en avril 1928 à Clouange (Moselle) avec la fille d’un négociant, veuf puis remarié en décembre 1969 à Metz avec la sœur de sa première femme, gérante de commerce, il eut avec elle six enfants.

En 1940, expulsé de Metz par les Allemands, Lucien Schont s’installa à Agen (Lot-et-Garonne) où, après avoir enseigné l’allemand, il fut nommé directeur départemental des réfugiés. Il fut aussi secrétaire départemental du Groupement des expulsés, réfugiés d’Alsace et de Lorraine. Grâce à ces fonctions et à sa connaissance de l’allemand, il rendit de grands services à la Résistance (Groupe lorrain Streif) comme agent de renseignements. Il aida également des réfractaires au Service du travail obligatoire, établit de faux papiers, distribua des cartes d’alimentation.

Lucien Schont milita au Syndicat national (CGT) puis au Syndicat national des instituteurs. En 1945, élu secrétaire adjoint de la section SNI de la Moselle, il participa activement à la réorganisation du syndicat et au référendum sur l’autonomie de la FEN, combattant à ce sujet le secrétaire départemental de la Fédération de l’Éducation nationale, Étienne Camy-Peyret qui militait pour le maintien à la CGT. En Moselle, le passage à l’autonomie fut nettement majoritaire, environ 60 %. Bien que militant de la tendance favorable à l’autonomie, il soutenait le secrétaire de la FEN, cégétiste, car, pour les militants du SNI de Moselle, la lutte contre le Syndicat général de l’Éducation nationale (CFTC) primait sur tout ; il appréciait les brillants succès de Camy-Peyret. Par la suite, il soutint de même Paul Berger devenu secrétaire de la FEN.

Il fut membre de la commission exécutive jusqu’à la fin des années 1950 et à partir de 1947 et membre de la commission administrative de la FEN-Moselle. Candidat au bureau national du SNI, désigné pour la première fois à la proportionnelle, sur la liste A « Pour une action constructive dans l’indépendance du syndicalisme », conduite par Henri Aigueperse, il fut élu par le conseil national, le 28 décembre 1947 et désigné pour les commissions de l’action laïque, des œuvres post et périscolaires, des jeunes et comme responsable des affaires d’Alsace-Moselle. Réélu au bureau national, le 27 décembre 1949, en dixième position, il devint membre des commissions d’action laïque, de l’Union française, des finances. Candidat au bureau national en onzième position sur la liste « Pour un syndicalisme indépendant et constructif » conduite par Aigueperse, il fut réélu par le conseil national du 27 décembre 1951. En janvier 1952, le bureau national le chargea de suivre les questions relatives à la direction d’école. Il ne se représenta pas en décembre 1953 et Denis Forestier indiqua que « pour des raisons familiales », il réduisait « le champ de ses responsabilités ». Élu en quatrième position pour siéger à la commission administrative paritaire centrale en novembre 1948, il fut réélu en 1952. Il avait une si grande influence au SNI-Moselle et dans l’administration que cela lui valut des inimitiés personnelles.

Lors du congrès national du SNI, le 21 juillet 1947, Lucien Schont fut le rapporteur sur la situation en Alsace-Lorraine. Il présida les réunions du conseil national du SNI, le 17 juillet 1950 et le 15 juillet 1953. Il présida une séance du congrès national et intervint, le 21 juillet 1951, pour se prononcer contre le bilinguisme en Alsace-Moselle, que le SNI combattait activement dans les trois départements, alors que le Parti communiste français et la CGT étaient pour. Il présida aussi la sixième séance du congrès de Paris, le 19 juillet 1952. Lors du congrès national, le 22 juillet 1955, à Pau, dans la séance consacrée à la laïcité, il intervint pour souhaiter que le régime de l’Alsace-Lorraine ne soit pas étendu à tout le pays. Ce rapport sur le Statut scolaire local expliqué pour la première fois après-guerre aux représentants des instituteurs du reste de la France suscita en Moselle et en Alsace une polémique très bruyante qui mobilisa toute la droite. À Metz Le Républicain Lorrain et Le Lorrain (clérical) se déchaînèrent durant des semaines et plus.

À l’occasion du référendum du 2 janvier 1962, le secrétaire de la FEN-Moselle, Roland Fack, militant communiste, poussé par la fédération du PCF, appela dans un communiqué à voter “non" sans avoir consulté le bureau de la section. Avec quatre autres sections départementales, la FEN-Moselle eut droit à la une de l’Humanité. Lucien Schont fut l’instigateur d’un communiqué anonyme publié dans Le Républicain Lorrain qui désavouait celui de Fack. Jean Darroy mit en jeu toute sa diplomatie pour éviter un clash à la CA extraordinaire de la FEN convoquée aussitôt, et prépara la relève à la CA d’avril 1962 qui élut à la quasi-unanimité Paul Berger, “Unité et Action“. Roland Fack en ressentit une vive amertume.

En 1947, Lucien Schont participa à la création de la section de Moselle de la Mutuelle générale de l’Éducation nationale, et fut élu membre de la commission administrative départementale de 1947 à 1986. De 1951 à 1969, élu administrateur national de la MGEN, il participa aux commissions suivantes : Solidarité-orphelinat, Défense et amélioration de la Sécurité sociale, GMD.

Dans le cadre de ses activités mutualistes et associatives, Lucien Schont, créateur de l’œuvre des Pupilles de l’école publique en Moselle, en devint le vice-président de 1946 à 1980, et à ce titre, fonda une colonie de vacances à Etival (Vosges) avec l’appui des Éclaireurs de France et surtout de la Fédération des œuvres laïques dirigée par Jean Darroy. Il participa, en Moselle, à la mise en place et à la gestion de la Mutualité accidents élèves, de l’Autonome et à la création de l’Amicale des Fonctionnaires qui prit une grande extension.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article172725, notice SCHONT Lucien [SCHONT Joseph, Lucien] par René Crozet, Jacques Girault, version mise en ligne le 2 mai 2015, dernière modification le 25 mars 2021.

Par René Crozet, Jacques Girault

SOURCES : Documentation MGEN et informations fournies par Jules Thiéser, ancien président de la section de Moselle de la MGEN et par l’épouse de Lucien Schont. — Bulletins du SNI et de la FEN Moselle, L’Ecole libératrice. — Notes de Paul Berger.

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