BLASI Louis, Pierre, Gaëtan

Par André Balent

Né le 7 août 1891 à Torreilles (Pyrénées-Orientales), exécuté sommairement le 17 août 1944 à Sainte-Radegonde (Aveyron) ; commissaire de police à Narbonne (Aude) puis à Carcassonne (Aude) ; résistant de l’Aude puis de l’Aveyron (agent du réseau Gallia).

Originaire de Torreilles, un village du littoral de la Salanque (Pyrénées-Orientales), Louis Blasi était le fils de François Blasi, âgé de trente ans en 1891 et de Catherine Escudié. Cultivateur à Torreilles, ayant perdu prématurément son père, il s’engagea le 15 janvier 1910, comme volontaire, dans la Marine, en mairie de Toulon (Var). Il possédait, pour l’autorité miltaire une instruction de niveau 3 ("instruction primaire plus poussée") qui suggère qu’il a fréquenté après le certificat d’études, une école primaire supérieure.

Affecté au 5e dépôt de la la Flotte à Toulon, il fut d’abord apprenti marin à bord du "Masséna" du 1er février 1910 au 10 juillet 1910, puis apprenti canonnier sur le "Tourville" du 17 juillet au 25 décembre 1910. Le 1er juillet 1913, il fut promu quartier-maître canonnier. Il naviguait alors sur la "Vérité". Il fit ensuite partie de l’équipage du "Tourville" jusqu’au 1er août 1914. Le 23 décembre 1913,au cours d’une manipulation en service commandé, d’un cylindre de frein dans une casemate du navire, il fut blessé, à la main droite et perdit trois doigts. Le 1er août 1914, il embarqua sur le cuirassé "Le Gaulois". Cette unité faisait partie de la division active qui opérait en Méditerranée pendant la Première Guerre mondiale. Engagé d’abord dans l’escorte de convois, "Le Gaulois" fut ensuite engagé dans la bataille des Dardanelles. Ayant participé à la tentative franco-britannique dont le but était de forcer le détroit (18 mars 1915), "Le Gaulois" fut gravement endommagé par l’artillerie côtière turque et dut être réparé à Toulon. Louis Blasi fit partie de l’équipage de ce navire, affecté à nouveau en mer Égée, jusqu’au 8 octobre 1916. Il échappa ainsi au torpillage du "Gaulois" par un sous-marin allemand le 27 décembre 1916 près de l’île de Cythère (Grèce). Par la suite, Blasi fut affecté successivement à Brest (Finistère) puis à Ajaccio (Corse)du 9 novembre 1918 au 1er février 1919. Il fut démobilisé le 30 juillet 1919. Pour sa participation à la bataille des Dardanelles et à celles de la flotte en mer Égée, il reçut la médaille commémorative de l’Armée d’Orient et la médaille commémorative serbe.

De retour à Torreilles dès 1919, il reprit ses activités agricoles. Mais bientôt, il commença, le 8 mai 1922, une carrière de fonctionnaire de police.Il fut d’abord affecté à la brigade de police mobile de Montpellier (Hérault) où il finit par obtenir le grade d’inspecteur. Muté à Narbonne (Aude), il y fut promu commissaire central le 16 mars 1936 chargé des réfugiés et des étrangers. Le 13 août 1937, il devint commissaire principal des renseignements généraux à Carcassonne pour le département de l’Aude. Il fut en particulier chargé, après la Retirada de mettre en place le camp de Bram (Aude) destiné à l’hébergement de réfugiés républicains espagnols. Il eut de bonnes relations avec les internés. L’un d’entre eux, artiste, lui offrit sa caricature.

Révoqué par Vichy le 17 août 1941 pour appartenance à la franc-maçonnerie (loge de La Libre pensée de Carcassonne), il s’engagea dans la Résistance. Il participa à la manifestation carcassonnaise du 20 septembre 1942 en commémoration de l’anniversaire de la bataille de Valmy organisée par Albert Picolo âme du mouvement Combat dans le chef-lieu de l’Aude. Par la suite, agent du réseau Gallia, il devint, en 1943 suspect à la Gestapo. Le réseau Gallia en fit donc un agent P2 permanent et "volant". Il effectua diverses missions de renseignement sur la côte méditerranéenne. Ayant changé de secteur et ayant été affecté dans le département de l’Aveyron en octobre 1943, à cause d"imprudences dans ses relations personnelles" (témoignage de Maurice Jean, responsable audois de "Gallia" — repris par Lucien Maury, op. cit., I, p.136) — qui prit la décision de cette mutation).

Il fut arrêté le 14 juin 1944 par la SIPO-SD dans un café près de la gare de Rodez (Aveyron) pour "menées anti-allemandes". Entre temps, il avait développé Gallia depuis Rodez : le réseau comptait une vingtaine de membres en Aveyron et quelques-uns en Lozère.

Louis Blasi fut emprisonné à Rodez, puis fut exécuté à la mitrailleuse avec vingt-neuf prisonniers résistants incarcérés à la caserne Burloup de Rodez le 17 août 1944 en fin de journée à Sainte-Radegonde par l’armée allemande (un détachement de SS de la Luftwaffe, venu d’Albi) abandonnant Rodez. Blasi était le plus âgé des trente : huit Aveyronnais, cinq étrangers, seize Français originaires d’autres départements, un fusillé à l’origine géographique indéterminée).

Le colonel Steuber, le commandant Reiner, le capitaine Lieb et une soixantaine de soldats ayant participé à la tuerie de Sainte-Radegonde furent faits prisonniers à Saint-Privat (Ardèche). Ils y furent exécutés pour celle-ci sans jugement le 3 septembre 1944. Mais ce furent deux membres du SD de Rodez qui prirent l’initiative du massacre : Stettien chef des renseignements de l’Aveyron et le caporal interprète Fienemann. Ils convainquirent le colonel Steuber chef de la Kommandantur de Rodez de donner l’ordre de l’exfiltration de prison puis de l’exécution des trente. Au procès de la "Gestapo" de Rodez (Toulouse, 6-11 juin 1951), Fienemann fut condamné vingt ans de bagne et vingt ans d’interdiction de séjour pour sa responsabilité dans le massacre de Sainte-Radegonde.

Le 20 août 1944, Rodez célébra, en présence du CDL dont c’était la première apparition publique, un grandiose hommage aux victimes de la tuerie de Sainte-Radegonde. Des milliers de personnes se rassemblèrent, place d’Armes, autour des cercueils rassemblés autour du monument aux morts. L’évêque de Rodez et Vabres, Mgr. Challliol, pourtant jusqu’au bout zélé maréchaliste, y participa et prit la parole avant de donner l’absoute.

Un monument a été érigé à Sainte-Radegonde sur les lieux du massacre de 1944. Son nom y figure. Il est également inscrit sur le monument aux morts de sa commune natale et sur la plaque commémorative de l’hôtel de Police de Carcassonne.

Une place de Torreilles (Pyrénées-Orientales) porte le nom de Louis Blasi.

Voir : Lieu d’exécution : fusillés de Sainte-Radegonde (Aveyron)

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article173035, notice BLASI Louis, Pierre, Gaëtan par André Balent, version mise en ligne le 20 mai 2015, dernière modification le 16 juin 2020.

Par André Balent

SOURCES : Arch. Dép. Pyrénées-Orientales, 1 R 505, f° 26. — Arch. com. Torreillles, état civil. — Lucien Maury, La résistance audoise (1940-1944), tome I, Carcassonne, Comité d’Histoire de la Résistance du département de l’Aude, 1980, 451 p. [p. 56, p. 136]. — Christian Font, Henri Moizet, Maquis et combats en Aveyron, Chronologie 1936-1945, Rodez & Toulouse, ONAC Aveyron, ANACR Aveyron, CRDP Midi-Pyrénées, 2e édition, 2001, 412 p. [p. 162, p. 257, p. 269, pp. 362-364]. —
Christian Font, Henri Moizet, Construire l’histoire de la Résistance. Aveyron 1944, Rodez & Toulouse, CDDP Rodez, CDHIP Rodez, CRDP Midi-Pyrénées, 1997, 343 p. [pp. pp. 225-229, 240]. — Notes d’Hervé Mollard et de Claude Pennetier. — Sites internet.

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