SEGUY Paul, Marie, Robert

Par Luc BENTZ, Martine LE GAL

Né le 15 décembre 1910 à Montluçon (Allier), mort le 4 janvier 2011 à Saint-Cyr-sur-mer (Var) ; instituteur, puis professeur de cours complémentaire ; militant syndicaliste, associatif et mutualiste ; secrétaire général de la section du SNI de la Seine (1954) et secrétaire général adjoint du SERP (FEN Seine), membre du bureau national du SNI (1961-1965), membre de la commission administrative nationale de la FEN (1954-1965), secrétaire général de l’USFEN, créateur d’associations (ADOSEN, APAJH).

Né dans une famille d’origine corrézienne, fils d’un employé des chemins de fer, Robert Seguy dont les parents habitaient Paris, en raison de la guerre, passa son enfance à Argentat (Corrèze) auprès d’un grand-père autodidacte d’une vaste culture qui le marqua profondément. Revenu à Paris après l’armistice, il fut reçu en 1922 à l’école primaire supérieure Turgot en 1922. Il y resta jusqu’à la classe préparatoire à l’École de physique et chimie de Paris.

Devant gagner sa vie, il devint surveillant à Turgot pendant cinq ans. Il fréquenta les milieux trotskystes et participa à toutes les grèves et manifestations antifascistes tout en poursuivant ses études à la Faculté des Sciences (chimie) puis des Lettres (espagnol). En 1936, il enseigna comme instituteur à Gennevilliers.

Il se maria le 19 septembre 1938 à Marseille (Bouches-du-Rhône) avec Jeanne Degui.

Mobilisé en août 1939, fait prisonnier lors de l’attaque allemande de mai-juin 1940, il fut retenu en captivité en Allemagne orientale. Libéré en 1945, Robert Seguy fut nommé à l’école de garçons du boulevard Berthier à Paris (XVIIe arr.), Robert Coustal étant le délégué de l’arrondissement au comité de grève en 1947. Puis en 1951, il devint professeur au cours complémentaire de la rue de Florence.

Seguy fut remarqué par Edmond Breuillard, secrétaire général de la section du Syndicat national des instituteurs de la Seine (1944-1949), qui lui demanda de rejoindre le conseil syndical. Conseiller syndical de 1948 à 1962, élu au titre de la majorité fédérale, il fut élu au conseil départemental de l’enseignement primaire en janvier 1954 et régulièrement réélu. Il resta au conseil syndical membre de droit en tant que conseiller départemental de 1962 à 1964. Membre du bureau de 1949 à 1962, en 1953, il devint secrétaire général adjoint de la section de la Seine. Il assurait, selon son témoignage, l’essentiel du travail administratif puisque le secrétaire général Ernest Margaillan était devenu en octobre 1953 secrétaire permanent de la Fédération de l’Éducation nationale. Au début de 1954, il devint officiellement secrétaire général de la section de la Seine. Il devint parallèlement secrétaire général adjoint du Syndicat de l’enseignement de la région parisienne (SERP), appellation jusqu’en 1967 de la section de la Seine de la FEN, dont le secrétaire général depuis la Libération était Paul Ruff, militant de la majorité nationale appartenant au Syndicat national de l’enseignement secondaire. Il participa à de multiples initiatives dans les secteurs laïques, corporatif, pédagogique et sur le problème algérien.

Porte-parole de la « majorité » dans les congrès du SNI et de la FEN à l’époque où les luttes de tendances étaient particulièrement violentes, surtout avec la minorité communiste, Robert Seguy intervint régulièrement dans les congrès nationaux et dans les réunions du conseil du SNI, faisant souvent partie des commissions des résolutions. Le 17 juillet 1953 au congrès de Pau, il défendit les choix du bureau national ; le 21 juillet 1955, il présenta la situation de la section de la Seine. En 1959, le 7 juillet, il critiqua les propos de Georges Fournial, qu’il estimait dictés par le Parti communiste français, sur les ordonnances de janvier et les élections municipales. Lors du congrès de 1960, le 5 juillet, dans la discussion du rapport moral, Fournial ayant annoncé que les membres de sa tendance voteraient le rapport moral, Seguy dénonça cette tactique qu’il fallait, selon lui, repousser car il ne pouvait y avoir une motion de synthèse.

En novembre 1954, à la suite du congrès de la FEN, Robert Seguy fut élu membre suppléant à la commission administrative nationale de la FEN, avec la mention de sa section (Seine), au titre du collège des sections départementales dont les membres étaient désignés par les courants de pensée en fonction du vote d’orientation,. En novembre 1955 il devint membre titulaire et fut renouvelé jusqu’en 1965. Il fut au début membre des commissions corporative et d’éducation sociale. En novembre 1962, il fut désigné comme membre titulaire de la CA nationale de la FEN, mais cette fois au titre du SNI.

Il fut élu au Conseil d’enseignement du premier degré dans le collège professeurs de cours complémentaires garçons en novembre 1958 et réélu en 1959 comme candidat du SNI. Le 17 novembre 1958, il l’emporta alors que Jeanne Lordon connaissait la défaite dans le collège féminin, l’Association nationale des professeurs de cours complémentaires ayant mené contre le SNI et sa “Madame Pédagogie” une campagne déstabilisante et malhonnête, déformant ses positions.

En 1956, il créa la Banque du sang du SNI qui deviendra l’Association des donneurs de sang de l’Éducation Nationale. En 1962, avec Lucie Nouet, il fonda et fut le premier président de l’Association d’aide et de placement des adolescents handicapés devenue l’Association pour adultes et jeunes handicapés dont l’action pour l’intégration scolaire et dans le monde du travail contribua largement à modifier le regard de la société sur le monde du handicap. Il en exerça la présidence du 9 février 1962 jusqu’à l’assemblée générale du 17 novembre 1968 puis fut désigné comme président fondateur d’honneur.

D’autre part, Robert Seguy donnait parfois des articles dans la partie pédagogique de L’École libératrice, ainsi en 1960-1961, une série sous le titre « La connaissance de la matière ». À la demande de Jean Debiesse, directeur du Commissariat à l’énergie atomique et futur président de la Ligue de l’enseignement (1975-1978), il publia une brochure pédagogique Initiation aux sciences nucléaires, dont le titre était repris dans la partie pédagogique (CEG) de L’École libératrice en 1960-1961. Il présenta une mini-série sur ce sujet à la télévision scolaire.

Le 23 décembre 1957, il fit partie de la commission de dépouillement de l’élection du bureau national du SNI par le conseil national. Le 16 janvier 1958, il fut désigné par le bureau national comme membre de la commission chargée d’examiner le problème posé par l’existence et l’activité d’organisations catégorielles. Aux journées nationales d’études des cours complémentaires, les 5-6 avril 1960, il présenta le rapport sur « Les sections spécialisées des cours complémentaires. La liaison avec l’enseignement technique ». Il fit partie de l’équipe qui rédigea un rapport sur les travaux dirigés, les travaux expérimentaux et d’observation des enfants dans les collèges d’enseignement général.

En décembre 1961, candidat sur la « Liste pour un syndicalisme indépendant, réaliste et constructif », Robert Seguy fut élu membre du bureau national du SNI au moment où Robert Coustal quitta cette instance et le secrétariat permanent. Seguy devint membre des commissions administratives et corporatives. En octobre 1962, il cessa ses responsabilités à la section de la Seine, remplacé par Aimé Jacq, après avoir mis le pied à l’étrier à un jeune militant Alain Chauvet.

Au congrès national du SNI de juillet 1962, il fut rapporteur de la question sociale (« la Sécurité sociale et son avenir »). En octobre 1962, il quitta ses responsabilités à la section de la Seine et devint permanent du SNI aux côtés de Pierre Desvalois et de James Marangé, secrétaire permanent adjoint au secrétaire général pour les questions corporatives. Non formellement élu membre du secrétariat permanent, officiellement limité à sept membres dont le secrétaire général, il fut présenté comme « secrétaire du SNI » à l’instar des secrétaires permanents lors de l’élection suivante. Il eut notamment en charge la lourde question de l’intégration dans les divers départements français des institutrices et instituteurs rapatriés d’Algérie ainsi que, notamment en collaboration avec Louis Rigaud secrétaire de la section du SNI d’Algérie devenue Association professionnelle des instituteurs français en Algérie la mise en œuvre des accords de coopération avec ce pays et également avec le Maroc. En 1964, il fut désigné comme responsable des affaires extra-métropolitaines, membre des commissions corporative, administrative et des relations internationales.

En octobre 1962, Robert Seguy devint secrétaire général de l’Union sportive de la FEN (USFEN), qui fonctionnait depuis 1950, poste nouvellement créé auprès du président Adrien Lavergne. Sa signature apparut pour la première fois dans L’École libératrice, le 28 juin 1959, dans un article consacré à la préparation de la rentrée scolaire, mais, à partir de novembre 1963, il signa plus régulièrement. Réélu au bureau national en décembre 1963, il fut indiqué comme « responsable permanent » des affaires extra-métropolitaines — mais non « secrétaire permanent » —, outre son mandat de secrétaire général de l’USFEN.

De 1962 à 1968, il participa à toutes les activités internationales du SNI, notamment aux différents congrès de la Confédération mondiale de la profession enseignantes (CMOPE) à Stockholm, Adis Abeba, Rotterdam. Auprès de l’UNESCO, il représenta la Fédération internationale des associations d’instituteurs, l’une des deux composantes avec la Fédération internationale des personnels de l’enseignement secondaire officiel de la CMOPE. Il fut, comme représentant de la CMOPE, observateur au congrès de la Fédération Internationale des Syndicats Enseignants, organisation initiée par le monde communiste à Alger en 1965.

À la rentrée 1965-1966, Robert Seguy fut annoncé comme partant vers la fin de l’année civile. Le secrétaire général du SNI, Pierre Desvalois annonça que Michel Lasserre lui succèderait comme responsable des questions extra-métropolitaines. A la même époque, il quitta la CA nationale de la FEN tout en continuant à exercer les fonctions de secrétaire général de l’USFEN.

Robert Seguy prit sa retraite administrative en octobre 1968 et quitta ses dernières responsabilités.

Le maire d’Alfortville (Val-de-Marne), Joseph Franceschi, ancien instituteur suppléant, l’appela à ses côtés. Il adhéra alors au Parti socialiste et participa à la vie municipale. En 1973, il quitta la région parisienne pour La Laigne (Charente Maritime) dont il devint maire socialiste en 1977. Il cessa ses fonctions en 1982 pour des raisons de santé et regagna la région parisienne. Veuf, il se remaria le 30 juillet 1975 à La Laigne avec Françoise Gauthier, employée de bureau.

Ses dernières années se passèrent à la maison de retraite de la Mutuelle générale de l’Éducation nationale de Saint-Cyr-sur-Mer.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article173041, notice SEGUY Paul, Marie, Robert par Luc BENTZ, Martine LE GAL , version mise en ligne le 20 mai 2015, dernière modification le 17 octobre 2019.

Par Luc BENTZ, Martine LE GAL

SOURCES : Arch. Nat., F17/17778. — Arch. Fondation J. Jaurès, 12EF17. — Presse syndicale. — Entretien de Martine Le Gal avec Robert Seguy. — Témoignages de Robert Seguy aux séminaires de recherches Centre fédéral-Université de Paris I (le syndicalisme enseignant dans la région parisienne SERP-SNI de 1944 à 1962, la naissance de l’APAJH). — Notes de Jacques Girault et de Robert Hirsch. — Entretiens avec Alain Chauvet, Roland Berthilier, Jean-Louis Garcia.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément