BORNET Jules, Gilbert

Par Philippe Gratton, Claude Pennetier

Né le 26 juillet 1881 à La Chapelle-Hugon (Cher), mort le 10 septembre 1948 à La Chapelle-Hugon ; syndicaliste et militant politique (socialiste, puis communiste) ; ouvrier bûcheron ; fondateur et dirigeant de la Fédération nationale des Bûcherons (affiliée à la CGT) ; secrétaire de la Fédération nationale unitaire de l’Agriculture.

Jules Bornet
Jules Bornet
Carte de présentation des quatre candidats communistes aux élections législatives de 1936 dans le Cher

Syndicaliste convaincu, énergique et tenace, Bornet fut l’un des principaux militants à s’être intéressés au problème de l’organisation du prolétariat forestier.
Fils de Jean-Baptiste Bornet et de Marie Bordier, le jeune Bornet eut un scolarité primaire réussie puisqu’il obtint le brevet élémentaire. À vingt ans à peine, il contribua, avec des militants socialistes comme Mauger, Émile Dumas, P. Hervier et D. Veuillat, à faire renaître de leurs cendres les premiers syndicats bûcherons qui s’étaient constitués dans son département en 1891 et avaient disparu vers 1897-1898. Il fonda la Fédération nationale des bûcherons et partie similaires, dont il fut élu secrétaire général dès le congrès constitutif, tenu le 29 juin 1902, à la Bourse du Travail de Bourges. Le siège social, de la Fédération était fixé dans son village, à la Chapelle-Hugon. Le 20 février 1906, Bornet fit paraître un journal mensuel de quatre pages : Le Bûcheron, qui prit pour devises : « Tous pour un, un pour tous » et « L’émancipation des travailleurs ne peut être que l’œuvre des travailleurs eux-mêmes. » Cet organe dura jusqu’en mai 1907, date à laquelle il fut remplacé par Le Travailleur de la terre, résultat de sa fusion avec Le Paysan et L’Ouvrier horticole. Le rôle du journal consistait à coordonner le mouvement bûcheron qui disposait d’organisations dans seize départements (les plus importantes se trouvant dans le Cher, la Nièvre, l’Allier, le Loiret, l’Yonne et l’Indre). Bornet en rédigeait les principaux articles.

Jouissant d’une très grande autorité auprès de ses camarades, Bornet resta secrétaire de sa Fédération de 1902 à 1914, à l’exception d’une interruption de trois ans (1904, 1905, 1906) pendant lesquelles il fit son service militaire et fut alors remplacé par Veuillat. De 1906 à 1914, il représenta sa Fédération à tous les congrès de la CGT et à Amiens en 1906, J. Bornet signa l’ordre du jour syndicaliste révolutionnaire présenté par Griffuelhes*. Il représenta également sa Fédération au Comité interfédéral terrien formé pour étudier la possibilité d’unification des syndicats des bûcherons, des horticoles et des agricoles du Midi en une seule Union fédérative terrienne adhérente de la CGT. Bornet était partisan d’une unité qui conservât les syndicats tels qu’ils existaient et gardât aux Fédérations leur autonomie. Il semble même qu’il ait plutôt freiné le processus d’unification et empêché que celle-ci ne se réalisât, avant la Première Guerre mondiale, à la fois parce qu’il était en désaccord avec les secrétaires des deux autres Fédérations terriennes (Paul Ader, pour les Agricoles du Midi, Bled pour les Horticoles), et qu’il craignait qu’une telle unité, prématurée, ne dissipât les ressources financières de la Fédération bûcheronne, la plus solide et la plus stable, syndicalement. Alors qu’Ader et Bled n’attendaient d’améliorations à la condition ouvrière que par la grève et l’action économique, Bornet, militant socialiste, ne méprisait pas comme eux les projets de réforme législative : aux côtés du député socialiste de la Nièvre, L.-H. Roblin, il entraîna ainsi sa Fédération dans des revendications plus générales que celles de salaires : l’assujettissement des bûcherons à la loi sur les accidents du travail, retraites ouvrières, mise en régie directe des forêts domaniales, etc.

Parce qu’elle savait unir les luttes générales et les luttes particulières, qu’elle était la plus ancienne et disposait de l’organisation la plus robuste, la Fédération des Bûcherons conférait à Bornet un prestige certain aux yeux de l’ensemble du prolétariat rural. À la veille de la Première Guerre mondiale, Bornet apparaissait comme l’un des dirigeants terriens les plus écoutés.
En 1919, Jules Bornet, à nouveau secrétaire de la Fédération bûcheronne (qui avait disparu pendant la guerre) fut le rapporteur de la commission d’unification des terriens au conseil fédéral national. Après la création, en 1920, de la Fédération de l’Agriculture, il devint délégué régional. Jules Bornet voyait avec inquiétude s’envenimer la lutte de tendances au sein de la CGT, aussi, le 1er mai 1921, à la Guerche, lança-t-il un appel pour que « cessent les luttes fratricides qui affaiblissent notre mouvement ». Au congrès de l’Union départementale CGT du Cher, de janvier 1922, Bornet s’éleva contre la neutralité de l’UD et demanda au congrès que le bureau confédéral reste à la CGT pour préparer la réunification, mais qu’il soit blâmé. Les jeunes bûcherons de La Guerche (Monot, Roch...), partisans de l’adhésion à la CGTU, et sur le plan politique à la IIIe Internationale, s’opposèrent à lui. Pendant six ans, Bornet ne joua plus aucun rôle ; il était simple adhérent de la CGTU.
Il rejoignit le Parti communiste en 1927. L’Émancipateur du 30 avril 1932 indiquait : « Cette adhésion remonte à plus de cinq ans, et, auparavant, il était un des meilleurs sympathisants du parti. » L’Émancipateur eut à plusieurs reprises à expliquer l’éclipse de celui qui devint le dirigeant communiste du sud du département du Cher. Pour J. Lagarde (L’Émancipateur du 21 janvier 1938) : « Bornet faisait partie de ces vieux militants anarcho-syndicalistes. Il a voulu voir avant d’adhérer, ce que ferait notre parti communiste et si vraiment là-bas, en URSS, c’était la construction d’un monde nouveau. C’est après avoir pu juger des réalisations qu’en 1927 il apportait son adhésion au parti. » Le qualificatif d’anarcho-syndicaliste est contestable, Jules Bornet tentait plutôt de concilier la tradition révolutionnaire des bûcherons de La Guerche et ses tendances réformistes. En 1927, son nom apparut souvent dans l’’Émancipateur. Il fut délégué à la conférence communiste régionale de novembre 1928, et la même année, la Fédération nationale unitaire de l’Agriculture proposa le poste de secrétaire fédéral à Bornet, qui refusa. Il accepta en 1929 et devint permanent rémunéré. Le siège de l’organisation et la direction du journal Le Travailleur agricole, furent installés à La Guerche jusqu’en 1931. Les années 1929-1931 permirent un réveil du syndicalisme bûcheron dans le Cher et la personnalité de Bornet y fut pour beaucoup ; le commissaire spécial de Bourges écrivait lui-même : « M. Bornet est le type même du paysan cultivé, connaissant d’ailleurs remarquablement les questions rurales ; dans les comités ou commissions forestières, il s’est révélé raisonneur, retors, il disserte en connaissance de cause et avec esprit de parti sur les plus petits détails aussi obtient-il souvent des avantages appréciables pour ses mandants. Mentalement supérieur à la plupart des militants de la région, et plus dangereux qu’eux avec ses dehors corrects et courtois, il ne fait aucun doute que dans son nouveau poste M. Bornet ne va pas manquer d’intensifier la propagande révolutionnaire auprès des populations rurales et, ce, sous le couvert de la défense corporative » (25 M 128).

Bornet fut candidat aux élections législatives de 1932 dans la circonscription de Saint-Amand ; malgré sa popularité, il ne put empêcher un important recul des suffrages communistes au profit du socialiste Lazurick. Au premier tour, Bornet obtint 14,7 % des voix des électeurs inscrits - 22,6 % au communiste Guillot en 1928. Le socialiste avait obtenu 17 % des voix, il se retira au deuxième tour. Bornet se maintint et conserva 14,5 % des suffrages.
Bornet fut candidat au conseil général à La Guerche en 1934 et devint adjoint au maire de La Chapelle-Hugon en 1935. En 1936, il était secrétaire du rayon de La Guerche et se présenta aux élections législatives. Devancé de peu au premier tour par le socialiste Lazurick - 21 % pour Bornet, 22,2 % pour Lazurick - il se désista pour ce dernier au deuxième tour et assura ainsi son élection. Il fut candidat aux élections sénatoriales d’octobre 1938. Le 30 janvier 1938, la CGT avait organisé une « grande manifestation syndicale en l’honneur de J. Bornet » à La Guerche. Cinq cents travailleurs écoutèrent les discours de Pichon, Parsal, Chatout, Hervier (L’Émancipateur, 11 février 1938).

Par arrêt préfectoral dn date du 4 avril 1940, il fut astreint à résidence forcé"e sur le territoire de la commune de La Chapelle-Hugon rt par celui du 3 juin 1940 astreint à résider au Centre des Hirtaignes. Une perquisition avait eu lieu à son domicile le 9 avril 1940, permettant de une documentation communiste antérieure à la guerre. La police le décrivait ainsi : "Taille 1 m 71, cheveux gris, barbe grise, front hauteur moyenne, teint coloré, visage allongé, corpulence moyenne".

Bornet fut arrêté comme communiste le 18 février 1941 et interné à Saint-Paul-d’Eyjeaux (Haute-Vienne). Il participa au Comité départemental de Libération créé en août 1944 et fut un des animateurs du Front national dans le Cher.

Il participa au premier congrès de la Fédération de l’Agriculture après-guerre, en 1945.

Jules Bornet s’était marié le 25 février 1908 à La Chapelle-Hugon avec Joséphine Bally ; le couple n’eut pas d’enfants.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article17313, notice BORNET Jules, Gilbert par Philippe Gratton, Claude Pennetier, version mise en ligne le 20 octobre 2008, dernière modification le 28 décembre 2019.

Par Philippe Gratton, Claude Pennetier

Jules Bornet
Jules Bornet
Carte de présentation des quatre candidats communistes aux élections législatives de 1936 dans le Cher

ŒUVRE : « L’organisation syndicale chez les bûcherons » Le Mouvement socialiste, 15 novembre 1906. — « Le VIe congrès de la fédération des Bûcherons », Le Mouvement socialiste, 15 décembre 1908.
Bornet dirigea les journaux : Le Bûcheron et Le Travailleur agricole (1929-1932).

SOURCES : RGASPI, 495 270 636. — Arch. Dép. Cher, 25 M 127-128, 33 M 107-109. — Comptes rendus des IIe et VIIe congrès bûcherons. — Le Bûcheron. — Le Travailleur de la Terre. — Le Mouvement socialiste. — Roblin, Les Bûcherons du Cher et de la Nièvre, leurs syndicats, Paris, 1903. — Matillon, Les Syndicats ouvriers dans l’agriculture, Paris, 1903. — Souchon, La Crise de la main-d’œuvre agricole en France, Paris, 1914. — É’Émancipateur. — Le Travailleur agricole. — Le Syndiqué du Cher. — A. Gosnat, mémoire de maîtrise, op. cit. — Cl. Pennetier, Le Socialisme dans le Cher, op. cit. — Caroline Andréani, Du bon côté de la barrière, essai d’histoire de la Fédération nationale agroalimentaire et forestière CGT, Le Temps des cerises, 2002. — État-civil La Chapelle-Hugon.

ICONOGRAPHIE : Une photographie de Jules Bornet a été publiée dans Histoire du mouvement syndical des ouvriers agricoles, forestiers et similaires, éd. de la CGT, novembre 1952, p. 7.

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