BORRELY Ernest, Arthur, Lucien

Par Jean-Marie Guillon

Né le 12 mai 1889 à L’Argentière-La-Bessée (Hautes-Alpes), mort le 18 septembre 1959 à Digne (Alpes-de-Haute-Provence) ; instituteur puis inspecteur de l’enseignement technique ; militant communiste puis socialiste ; conseiller général et président du conseil général des Basses-Alpes [Alpes-de-Haute-Provence] de 1945 à 1959.

Fils de Hylarius Borrély, gendarme à cheval, et de Angéline Nicolas, ménagère, Ernest Borrély devint instituteur dans les Basses-Alpes à sa sortie de l’École normale d’Avignon en 1909. Enseignant en Ubaye, puis Seyne-les-Alpes et Puimoisson, il milita à l’association Amicale des instituteurs et institutrices des Basses-Alpes puis au syndicat des instituteurs. Il en fut le secrétaire à sa création en 1919, et le resta jusqu’en 1923.
Il s’était marié le 24 septembre 1910 à Mane (Basses-Aples, Aples-de-Haute-Provence) avec Maria Brunel, institutrice à Puimoisson (Basses-Alpes, Alpes-de-Haute-Provence) et syndicaliste influente. Le 1er novembre 1919, elle préconisait dans Les Alpes Nouvelles (journal publié à Gap) l’adhésion des instituteurs à l’Internationale, communication qu’elle signait en qualité de « secrétaire du syndicat des membres de l’Enseignement laïque ».
Ernest Borrély rejoignit le PC en 1927 avec un groupe d’instituteurs. Il fut le secrétaire de la cellule de son village. En 1929, il assurait le secrétariat du Syndicat des membres de l’enseignement laïque des Basses-Alpes créé en mai 1925 et adhérant à la CGTU. L’Humanité du 5 mars 1928 avait annoncé sa candidature aux élections législatives dans la circonscription de Castellane, mais il refusa en raison de son désaccord avec la tactique électorale « classe contre classe ». C’est ce même désaccord qui l’amena à quitter le parti deux ans après, pourtant un rapport de police du 22 mai 1934 le qualifiait de « communiste notoire » et le signalait comme orateur dans deux réunions publiques à Vernet et à Castellane. En réalité, il venait de passer à la SFIO. Il avait participé à l’importante manifestation unitaire du 8 février 1934 et c’est sur sa suggestion que l’on avait placé en tête du cortège les fils d’insurgés de 1 851. Membre du comité départemental de Front populaire, il devint secrétaire général de la section SNI. Après le congrès d’unification du 17, il entra au bureau de l’UD-CGT le 27 novembre 1935 comme l’un des quatre secrétaires adjoints, et fut membre de la commission paritaire de conciliation mise en place en 1936. Toujours secrétaire adjoint de l’UD-CGT, il fut réélu le 22 mai 1938. Il était devenu l’un des leaders départementaux de la SFIO. Il administrait son organe fédéral, Le Travailleur des Alpes en 1938. Il était favorable au rapprochement avec le PC au congrès départemental de 1939.
Nommé au lycée Gassendi de Digne en 1933, il était alors professeur adjoint. Il devint inspecteur de l’enseignement technique en 1936. Il fut relevé de ses fonctions par Vichy le 10 décembre 1940 et mis à la retraite le 15 mars 1941. Il fut l’un des organisateurs de la Résistance bas-alpine avec Louis Martin-Bret* dans le cadre du mouvement Combat, puis des MUR. Membre de l’état-major départemental de cette organisation, responsable du NAP et de l’AS, en relation avec les FTP et le SOE, il fut arrêté à Digne une première fois dans la nuit du 20 au 21 janvier 1944. Libéré peu après, resté sur place et n’ayant pas cessé ses activités, il fut à nouveau arrêté en mai 1944. Maltraité par le SD, il fut emprisonné à Avignon, prison Sainte-Anne, d’où ses camarades parvinrent à le faire évader le 8 août alors qu’il était à l’infirmerie. Représentant la SFIO au CDL le 3 octobre 1944, il fut désigné comme vice-président du CDL en novembre après le départ de Meyère. Il participait à sa commission des décorations. Membre du comité d’épuration départemental, il avait refusé de présider le tribunal populaire de Digne constitué à la Libération. Membre de la Délégation municipale à la Libération, il fut élu au conseil municipal de Digne (liste unique) aux élections du printemps 1945 et devint adjoint au maire de la ville.
Redevenu rédacteur en chef du Travailleur des Alpes en juin 1945 en remplacement de Raymond Savary, il fut désigné lors du premier congrès fédéral du 1er avril 1945 parmi les membres de la direction départementale de la SFIO. Il s’occupait en particulier des prisonniers et des déportés. Il resta membre du bureau fédéral jusqu’à sa mort, en 1959. Il était favorable à la liste unique pour les élections municipales de 1945. Au sein de la SFIO, il préconisait une politique de rapprochement avec le PC ce qui l’opposait à Claude Delorme* et le marginalisait. Comme Gaston Bruschini* et Guigues*, il se mit en congé du parti après la désignation du Dr Jouve comme candidat aux élections du Conseil de la République en décembre 1946 alors qu’il était lui-même sur les rangs. Il était hostile à la Troisième Force. Cette attitude ne l’empêcha pas d’être attaqué par les communistes dans leur presse, en particulier en 1951 lorsque Pierre Girardot* lui reprocha d’avoir introduit le « négrier » Naegelen dans les Basses-Alpes et d’avoir fait élire le « vichyste » Massot (radical-socialiste). Présenté comme un renégat du Parti, il était accusé d’avoir préféré « les honneurs et les avantages matériels » à la cause des travailleurs. Cependant, la même année, Borrély vint témoigner en faveur de Girardot lorsque celui-ci passa devant le tribunal correctionnel de Digne à la suite d’un article antimilitariste paru dans Le Patriote bas-alpin.
Conseiller général du canton de Senez en 1945, le plus petit des cantons bas-alpins, où il fut élu après avoir fait jeu égal avec le candidat communiste (106 voix) au 1er tour. Au second, il devança le candidat radical de trois suffrages (122 contre 119) il fut aussitôt désigné comme président du Conseil général et le resta jusqu’à sa mort. au premier tour, il a été élu au 2e tour. Il succédait au docteur Dozou - réélu en 1937 comme SFIO. En 1951, il était réélu difficilement, face à un adversaire Républicain indépendant qu’il devança de 24 voix au premier tour et de 48 au second, sur 270 exprimés. Il fut réélu en 1958 dès le 1er tour avec 121 voix contre 97 à son adversaire communiste. Dans ces fonctions, il n’a cessé de lutter pour la survie des zones dépeuplées de son département et fut, en particulier, un défenseur des petites écoles de montagne. Dans sa profession de foi pour les élections du 7 octobre 1951, il mettait à son actif la réfection de routes et de bâtiments publics ainsi que l’adduction d’eau. Mais il citait aussi Jaurès dont il invoquait la foi dans "la Justice, la Liberté et la Paix".
Retraité de l’enseignement depuis 1951, il mourut le 18 septembre 1959.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article17320, notice BORRELY Ernest, Arthur, Lucien par Jean-Marie Guillon, version mise en ligne le 20 octobre 2008, dernière modification le 19 octobre 2020.

Par Jean-Marie Guillon

SOURCES : Arch. Nat., F7/13 024, rapport du 22 mai 1934 et F7/13 741, 9 août 1921 ; F/1a/3 227 et 3240 ; F/cII/284, 285 et 286 — Arch. OURS, dossier Basses-Alpes. — Le Travailleur des Alpes, 2 octobre 1952. — Arch. Dép. Alpes-de-Haute-Provence, 6 M 090, recensement de Digne, 1936, f. 90. — Le Provençal, 2 février 1964. — Le Patriote bas-alpin n° 344 et 347, 15 juin et 6 juillet 1951. — Jean Garcin, De l’armistice à la Libération dans les Alpes-de-Haute-Provence (17 juin 1940 - 20 août 1944), Digne, chez l’auteur, 1983. — Pierre Girardot, La lavande et le Palais-Bourbon. Souvenirs pour une histoire du Parti communiste dans les Basses-Alpes, Paris, Éditions sociales, 1980. — Paul Feuilloley, Une randonnée préfectorale, Paris, Bordas, 1989. — Nicolas Pagnier, Le Parti socialiste dans les Basses-alpes de la Libération au congrès d’Épinay, Aix-en-Provence, mémoire de maîtrise d’Histoire (Aix-Marseille I), 1999, 126 p. — Le Travailleur des Alpes, 1929, 1936. — La Voix du peuple, n° 181, novembre 1935, p. 936 (BNF Gallica). Le Peuple], 3 mai, p.4, 14 juin 1938, p. 6 (BNF Gallica).. — Renseignements fournis par Jacques Girault et par G. Morin. — Notice du DBMOF de J. Maitron et Cl. Pennetier. — État civil en ligne cote 2 E 7/8/5, vue 78. — Roland Andréani, "Un établissement d’enseignement secondaire masculin de la Libération à la 5e République :le lycée Gassendi de Digne", Liame, n° 6, juillet-décembre 2000, p. 167-198.

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