BORRÉLY Maria [née BRUNEL Maria, Rose, Mélanie ]

Par Hélène Échinard

Né le 16 octobre 1890 à Marseille, mort le 22 février 1963 à Digne ; institutrice ; syndicaliste de l’enseignement ; romancière ; épouse d’Ernest Borrély.

Maria Borrély
Maria Borrély
Sous le vent, réédition Jeanne Laffitte, 1980.

Maria était la troisième sur les cinq enfants du couple formé par Augustin Julien Brunel, gardien de la paix et Marie Arnaud, ménagère, domiciliés au n° 1 du boulevard de Strasbourg, dans le 3e arrondissement de Marseille, (Saint-Lazare, quartier à la fois populaire et proche du centre).

Son père avait derrière lui une longue carrière de sous-officier dans l’infanterie coloniale au bagne de Cayenne. Il fut ensuite inspecteur de police en civil avant de se retirer à Mane (près de Forcalquier, dans les Alpes de Haute-Provence), où il tint avec son épouse un bureau de tabac.

Maria, bien que marseillaise de naissance, fit ses études secondaires à Aix-en-Provence comme pensionnaire, puis à seize ans elle partit pour Digne, à l’école normale d’institutrices. Elle partageait alors son temps libre entre le domicile parental de Mane et la villa de son oncle aixois Duport qui avait financé ses études au lycée.

Au bout de trois ans, en 1909, Maria, sortie de l’ENI avec le brevet supérieur et le certificat d’aptitude professionnelle, occupa son premier poste d’institutrice à Certamussat, en Haute Ubaye, en pays montagnard. Elle y rencontra un collègue, Ernest Borrély, l’épousa le 24 septembre 1910 à Mane. Le jeune couple eut un premier enfant, Jacques, en 1911, leur second fils Pierre naquit dix ans plus tard. Les Prats-et-Thuiles puis Jausiers, communes voisines accueillirent Maria qui se trouvait en poste à Saint-Paul-sur-Ubaye quand Ernest Borrély partit pour le front de 1914 à 1917. Le couple obtint, en 1919 après un court séjour à Seyne-les-Alpes, un poste double à Puimoisson qu’il occupa pendant quatorze ans. En 1933, son mari étant nommé à Digne, Maria demandera sa retraite proportionnelle, afin de se consacrer entièrement à sa vocation littéraire, mettant en suspens son engagement politique et syndical.

Affectée par les blessures de son mari, elle vouait une haine tenace à la guerre et resta une ardente pacifiste. Elle fut aussi secrétaire du syndicat des membres de l’enseignement laïque (FMEL) de tendance anarcho-syndicaliste, et prônait dès le 1er novembre 1919 dans les Alpes Nouvelles, journal publié à Gap, l’adhésion des instituteurs à la IIIe Internationale. Elle fut, comme son mari militante communiste, se retira en même temps que lui du parti mais sans adhérer pour autant à la SFIO puisque son goût marqué dès l’adolescence pour la prose et la poésie et les fréquentations du couple la poussaient vers une autre carrière.

En effet, les Borrély recevaient, à Puimoisson, une élite intellectuelle en partie venue de Marseille et composée d’internationalistes prolétariens, d’idéalistes et de pacifistes. Parmi eux Lucien Jacques, découvreur de Giono, Jean Giono, lui-même, qui deviendra l’ami du couple Borrély, le peintre Jacques Thévenet (illustrateur entre autres des œuvres Giono), Gabriel Péri, ou encore le romancier Édouard Peisson fasciné par la mer comme Maria l’était par la terre.

Dès 1928, elle avait publié Aube, essai sur le végétarisme. En 1929, année de sa rencontre avec Jean Giono, elle envoya à André Gide le manuscrit de son premier roman paysan Sous le Vent, situé, comme Puimoisson, sur le plateau de Valensole, balayé par les éléments. Gide, enthousiasmé, la recommanda à Jean Paulhan, directeur de la NRF, qui fit publier Sous le Vent chez Gallimard (1930). Devant le succès de l’ouvrage (bonnes critiques de Victor Margueritte, Gabriel Marcel...), l’éditeur lui offrit un contrat pour dix romans. Le Dernier Feu (1931), préfacé par Jean Giono (qui venait de signer Regain sur un sujet analogue et de même inspiration biblique) fut pressenti pour le Fémina, choix compromis par le refus de Maria de tout déplacement à Paris. Enfin, Les Reculas, (1936, retenu également pour le Fémina), sur la vie d’un petit village montagnard, privé de soleil tout l’hiver, était le troisième des romans paysans de Maria, tous d’un style dépouillé, d’un réalisme sans concessions et, selon elle, basés sur « la solitude, la lutte contre une nature ingrate et le devoir d’amour envers les êtres qui souffrent ».

L’installation définitive à Digne, l’abandon de sa profession alors que son mari était de plus en plus impliqué dans le journalisme militant furent pour Maria autant de désillusions. Elle coupa ses contacts avec ses éditeurs et par là avec la NRF (1936), tout en continuant à écrire romans, nouvelles et poèmes désormais d’inspiration mystique, tournée vers les Évangiles et la pensée hindoue.

La politique de Vichy, en révoquant Ernest Borrély à la fin de 1940, sortit Maria de l’ascèse dans laquelle elle s’était enfermée. Elle accueillit au domicile conjugal des résistants bas-alpins et connut des moments difficiles après l’arrestation de son mari et de plusieurs de ses camarades.

À la Libération, Maria se replongea dans la métaphysique, remaniant ses premières œuvres en s’inspirant de l’Apocalypse selon saint Jean. Elle voulut rencontrer Alexandra David-Néel, retirée à Digne depuis 1946. Leurs échanges furent fructueux, Alexandra, étonnée et heureuse d’avoir pour voisine une romancière ayant une connaissance livresque du monde tibétain, Maria tirant profit de la pratique et de la philosophie de l’exploratrice.

L’inhumation de Maria Borrély, sans fleurs ni discours, le 25 février 1963, au cimetière de Saint-Véran où Ernest Borrély reposait depuis quatre ans, fut plus discrète que celle de son mari et ne laissa que peu de traces dans la presse. En octobre 1990, le collège Maria Borrély de Digne organisa d’importantes manifestations pour commémorer le centième anniversaire de la naissance de Maria avec pour point fort la journée du 16. Il en reste l’édition d’une carte postale et d’un timbre à date de la Poste.

L’œuvre posthume dactylographiée et non publiée de Maria Borrély, organisée selon des cycles (de l’Arbre, du Soleil) pour les romans comme Le Don (achevé), Le Soleil du Midi (inachevé), poèmes ou nouvelles, a été déposée aux archives départementales de Digne par son fils Pierre, auteur de deux documents privés déposés aux mêmes archives : « Précisions biographiques concernant Maria et Ernest Borrély » et « Maria Borrély, une carrière littéraire pas comme les autres ».

Une partie de son œuvre littéraire a été étudiée par Cécile Bougeard.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article17321, notice BORRÉLY Maria [née BRUNEL Maria, Rose, Mélanie ] par Hélène Échinard, version mise en ligne le 20 octobre 2008, dernière modification le 16 février 2009.

Par Hélène Échinard

Maria Borrély
Maria Borrély
Sous le vent, réédition Jeanne Laffitte, 1980.

ŒUVRE : Les Alpes Nouvelles, journal publié à Gap, article du 1er novembre 1919 — Aube, essai sur le végétarisme - à compte d’auteur chez Figuière, Avignon, 1927. — Sous le Vent,- Gallimard, 220 p., 1929 ; réédition Jeanne Laffitte (Marseille), 220 p. 1980. — Le Dernier Feu - Gallimard, 222 p., 1931 ; réédition Jeanne Laffitte (Marseille), 171 p., 1983. — Les Reculas, - Gallimard, 1936, réédition Édition de Provence (Mallemoisson) 1996. — Les Mains vides, roman, écrit en 1932 sur le thème du chômage, a été publié par Pierre Borrély aux éditions Bernard Vial, 1989 (Château-Arnoux).

SOURCES : Études sur Maria Borrély : Annales de Haute-Provence, bulletin trimestriel de la Société scientifique et littéraire des Basses-Alpes, t.39 n°248 (1967) : Hommage à Maria Borrély (p. 309-319) ; articles de Bernard Yvonne : » Le dernier feu : une œuvre profondément humaine » ; Collier Raymond : « Maria Borrély et la Haute-Provence » ; Dunand Marcel » Maria Borrély, institutrice bas-alpine », suivi de quelques poèmes inédits (p. 320-329), et t. 40 n°251 (janvier-juin 1968) qui donne Le Dernier Feu avec la préface de Giono (p. 1-143), imprimerie Roger Vial (Digne) copyright Gallimard, 1931 ; Bougeard Cécile, Approche imaginaire et mythique : l’univers romanesque de Maria Borrély, lieu de survie de l’imaginaire et d’expression d’une identité féminine, Université des lettres et sciences humaines d’Angers, mémoire de maîtrise de lettres modernes, direction Arlette Boulomié, dactylographié, Angers 1998 [A.D. (04) 00778 ] ; Curnier Pierre, La Haute-Provence dans les lettres françaises, Chantemerle, 1973 ; Reynaud Georges : « Maria Borrély », notice dans Marseillaises, vingt-six siècles d’Histoire, dirigé par Dray-Besousan Renée, Échinard Hélène, Goutalier Régine, Marand-Fouquet Catherine, Richard Éliane, Vidalou-Latreille Huguette, Association les Femmes et la Ville, Édisud, Aix-en-Provence, 1999.

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