BORTENSTEIN Mieczyslaw, dit M. CASANOVA, dit WALTER

Par Rodolphe Prager

Né le 15 septembre 1907 à Varsovie (Pologne), mort en déportation à Auschwitz vers 1942 ; membre des Jeunesse communistes en Pologne et en France, puis militant trotskiste ; combattant de la guerre civile en Espagne.

Dès son plus jeune âge Mieczyslaw Bortenstein adhéra, dans sa ville natale, à l’Organisation sioniste Haschomer Hazaïr où il ne resta que quelques mois avant de s’affilier, en 1923, aux Jeunesses communistes clandestines. Son action le fit arrêter à deux reprises ; la seconde fois, l’été 1926, à la veille de passer son baccalauréat, il demeura deux mois en prison et fut libéré sur caution. Il dut quitter la Pologne et se rendre en Belgique en décembre 1926 où il se fit embaucher comme plombier. Au bout de peu de temps, il fut expulsé de ce pays en raison de son engagement politique et vint en France en 1927. Il y poursuivit son activité dans les Jeunesses communistes et se préoccupa, en particulier, du sort des travailleurs immigrés polonais. Arrêté au cours d’une distribution de tracts, en août 1930 il se vit condamné à trois mois de prison et reconduit en Belgique après avoir purgé sa peine.

Indésirable aussi bien en Belgique qu’en France, M. Bortenstein en fut réduit désormais à vivre sous des noms d’emprunt. De retour en France en 1932, il y vécut illégalement, muni de faux papiers d’ouvrier agricole fournis par le Secours rouge. Des critiques formulées à l’encontre de la politique menée par le Parti communiste entraînèrent, en 1934, son exclusion de ce Parti pour déviationnisme. Il rallia la Ligue communiste, organisation trotskyste française.

Peu de temps après l’éclatement de la guerre civile espagnole, en 1936, M. Bortenstein se rendit dans ce pays pour combattre le fascisme. Il résida à Barcelone à l’hôtel Falcon réservé aux résidents étrangers proches du Parti ouvrier d’unification marxiste (POUM) dirigé par d’anciens membres du mouvement trotskyste. L’adhésion à ce parti leur ayant été refusée, les militants trotskystes, étrangers en grande majorité, créèrent le Groupe bolchevik-léniniste et publièrent La Voz Leninista. M. Bortenstein participa activement à sa vie. Il combattit en 1937 sur le front d’Aragon, participant, en particulier, aux combats de Belchite et de Codo au mois d’août, dans une unité composée en majorité de membres des Jeunesses libertaires. Auparavant, il avait été détenu quelque temps en prison à Barcelone à la suite des événements de mai 1937.

Revenu de nouveau à Barcelone, M. Bortenstein exerça en 1938 les fonctions d’administrateur d’une usine d’armements. Le groupe trotskyste avait été sévèrement atteint par la répression. Ses principaux animateurs attendaient en prison leur jugement pour une présomption d’assassinat d’un agent de la Guépéou infiltré dans les rangs du POUM, rendu responsable des arrestations des dirigeants de ce parti. En dépit de ces conditions difficiles, M. Bortenstein demeura sur place jusqu’aux derniers jours précédant l’entrée des troupes de Franco à Barcelone, le 26 janvier 1939. Il suivit, alors le tragique exode des populations vers la frontière française. Il arriva à Perpignan d’où il fit parvenir immédiatement une relation des derniers événements qui fut publiée dans La Lutte ouvrière du 17 février 1939 (organe du Parti ouvrier internationaliste) sous la signature de Casanova. Sous ce nom parut en mai dans un numéro spécial de la revue Quatrième Internationale dirigée par Pierre Naville, intitulé : L’Espagne livrée. Comment le Front populaire a ouvert les portes à Franco, qui reliait l’analyse trotskyste et son expérience personnelle. En réponse à une sévère critique de cette brochure reproduite dans la revue Que faire d’André Ferrat*, Léon Trotsky consacra un de ses derniers articles demeuré inachevé en raison de son assassinat en août 1940, à une défense de la brochure de « Casanova ».

Les derniers mois précédant l’éclatement de la Guerre mondiale, M. Bortenstein vécut illégalement à Paris. Il voulut s’engager dans l’armée française pour la durée de la guerre ce qui lui eut permis de régulariser sa situation et d’éviter l’internement, mais il refusa de signer le contrat de cinq ans dans la Légion étrangère qui lui fut proposé. On le condamna du coup à six mois de prison, pour infraction à un arrêté d’expulsion, et on le transféra en février 1940 au camp du Vernet. M. Bortenstein déclina l’offre faite aux internés de se rendre en Algérie pour travailler à la construction du chemin de fer trans-saharien, en 1941. Il caressa l’espoir de se rendre aux États-Unis grâce aux démarches diligentes des trotskystes américains et attendit un visa qui ne vint pas, dans un camp de transit proche de Marseille. Cet espoir déçu, il fut transporté au camp de Drancy qu’il quitta le 20 juillet 1942 (une autre source date son départ du 19 août 1942) à destination d’Auschwitz. Il périt probablement dans les fours crématoires.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article17323, notice BORTENSTEIN Mieczyslaw, dit M. CASANOVA, dit WALTER par Rodolphe Prager, version mise en ligne le 20 octobre 2008, dernière modification le 26 décembre 2017.

Par Rodolphe Prager

ŒUVRE : numéro spécial de la revue Quatrième Internationale : L’Espagne livrée. Comment le Front populaire a ouvert les portes à Franco, 1939.

SOURCES : La Lutte ouvrière, n° 109, 17 février 1939. — Quatrième Internationale, n° 17, mai 1939. — Reprint. Cahiers de la Quatrième Internationale, février 1971 — Léon Trotsky, La Révolution espagnole, Paris, 1975, p. 510, 555, 556. — Témoignage de Victor Borten, 1978.

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