SANGUEDOLCE Joseph, Marcel

Par Jean-Michel Steiner

Né le 18 décembre 1919 à Somatino, Sicile (Italie), mort le 14 août 2010 à Firminy (Haute-Loire) ; mineur ; résistant et déporté ; militant CGT, membre de l’Union régionale de la Fédération des mineurs CGT ; secrétaire de l’UD de la Loire (1956-1977) ; militant des jeunesses communistes et du Parti communiste : membre du comité fédéral et du secrétariat fédéral de la Loire ; membre du comité central (1954-1985) ; maire de Saint-Étienne (1977-1983).

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Joseph Sanguedolce est né à Somatino, Sicile (Italie). Son père, Leonardo, né le 16 août 1892 à Sierra di Falco, travaillait dans les mines de soufre de la région de Caltasinetta, au centre de l’île. Il décida d’émigrer en 1921 puis, en 1923, fit venir sa femme, Mattea Munda, et ses enfants qu’il installa à Saint-Genest-Lerpt, petite ville ouvrière de l’ouest stéphanois.

Deuxième de six enfants, Joseph Sanguedolce fréquenta, avec son frère Vincent, l’école communale de Côte Chaude et était assidu aux activités de l’Amicale laïque du quartier. Il a gardé un vif souvenir de sa participation, aux côtés de son père, aux manifestations de soutien à Sacco et Vanzetti (1926-1927) et aux funérailles des victimes de la catastrophe du puits Combes (1928).

Après 1930, le père, malade, occupant un emploi de garde lavabos, la mère ne parlant pas français, les deux garçons durent travailler pour procurer une partie des ressources de la famille. Après avoir obtenu à onze ans le certificat d’études primaires, Joseph Sanguedolce devint lui-même ouvrier mineur. Le 27 janvier 1932, âgé de douze ans, il était trieur au puits Sagnat à Roche-la-Molière. Le 31 décembre 1935, il était rouleur. Il fut ensuite manœuvre du 24 février 1936 au 8 juin 1940.

En 1936, il adhéra aux JC et à la CGT, poursuivant sa fréquentation de l’Amicale laïque et pratiquant beaucoup le cyclisme, avec les jeunes communistes, mais aussi dans des compétitions. Si le jeune homme fut enthousiasmé par l’esprit du Front populaire, la période s’acheva durement avec le décès de Pompea, sa jeune sœur de onze ans (23 octobre 1936) puis celui de son père, le 15 janvier 1937.
Révolté par les accords de Munich et l’échec de la grève générale du 30 novembre 1938, Joseph Sanguedolce écrivit à propos du traité Germano-soviétique dans la biographie qu’il a rédigée pour le parti en novembre 1946 : « J’ai approuvé l’URSS qui a réussi à déjouer le plan des pays occidentaux tendant à l’isoler. »

Mobilisé le 8 juin 1940 au 5° régiment de génie du chemin de fer à Versailles, il fut fait prisonnier peu de temps après : « Le 14 juin 1940 j’étais pris avec mon régiment par les Allemands près d’Etampes alors que l’on battait en retraite. Dirigé sur Drancy puis au Stalag VIIa et VIIb d’où je m’évadais en mars 1941. » Repris près de la frontière, il était libéré le 16 juin 1941, « bénéficiant de la loi Scapini sur les aînés de cinq enfants dont le père était décédé. »

Dès son retour, il constitua un premier groupe de résistants à la côte Durieux. En décembre 1942, il fut l’initiateur, avec Jean Rullière, d’une grève des chemins de fer des mines. En même temps, il participait à des actes de sabotage et des vols de ronéos. Contacté en mars 1943 par Boisson, responsable régional du PCF, il reçut pour tâche d’organiser les JC dans la région. Le 21 juin 1943, arrêté par hasard par la police française à Saint-Étienne, il était trouvé en possession de tracts. Interné à la prison de Bellevue, transféré à Saint-Paul (Lyon), il fut condamné le 18 octobre 1943 à 5 ans de prison et envoyé à la centrale d’Eysses (Lot-et-Garonne) de décembre 1943 à février 1944.
Ayant prit part à l’insurrection de la centrale (18 février 1944), il fut envoyé au camp de Compiègne (30 mai) puis déporté à Dachau. Dans son livre, Résistance de Saint-Étienne à Dachau, publié en 1973, il évoque l’organisation de la solidarité entre les déportés communistes pour le partage des maigres ressources en eau pendant le transport. Affecté à son arrivée au Kommando d’Allach puis à l’usine de Kaufberen il reprit son activité de communiste organisant solidarité et sabotages.

Après la libération du camp (30 avril 1945), il fut évacué le 23 mal et arriva à Roche-la-Molière début juin 1945. Il semble avoir un temps exercé la profession de monteur en cycles.Très vite, Joseph Sanguedolce reprit sa double activité, syndicale et politique. En juillet 1945, il était élu secrétaire de cellule, puis secrétaire de section. En 1946, entré au comité fédéral, il figurait en dernière position sur la liste des candidats PCF pour la Loire lors du scrutin législatif de novembre.

En janvier février 1947, à l’issue d’un stage d’un mois en école centrale du parti, le responsable porta l’appréciation suivante : « secrétaire de section, intelligent. Avait beaucoup à apprendre, cachait souvent l’ignorance par des formules toutes faites, assez inégal, progrès, doit se développer sérieusement, peut accéder à fonctions supérieures. »

Ayant retrouvé son travail à la mine, Joseph Sanguedolce prit part aux conflits qui touchèrent cette corporation en 1947 et 1948. Arrêté le 26 octobre 1948 à l’issue d’un meeting, il se retrouva avec 225 mineurs à la prison de Bellevue. Condamné à 4 mois de prison, il sortit en janvier 1949. Les Houillères décidèrent sa révocation.

En février, le congrès CGT des mineurs du Bassin de la Loire l’élut 1er secrétaire du syndicat. Après un court passage au secrétariat de la Fédération régionale des mineurs, il revint dans la Loire comme secrétaire général adjoint (1952-1956) puis secrétaire général de l’UD-CGT (1956-1977).

Joseph Sanguedolce fit partie de la délégation de la Fédération de la Loire à différents congrès du PCF, notamment à Strasbourg (1947) et au Havre (1956). Élu au comité central lors du 13e congrès (1954), il a été réélu jusqu’au 24e congrès (1982), mais non réélu au 25e congrès (1985).

Le 27 juillet 1956, le secrétariat du Parti décida de lui confier la présidence du comité de direction du Patriote de Saint-Étienne, fonction qu’il exerça jusqu’à la disparition de ce quotidien régional en décembre 1958.

Lors de la grève de 1948, il avait rencontré Simone Douillon, militante syndicale et employée au dépôt SNCF de Lyon, fille de Jean-Louis Douillon, mécanicien et de Suzanne Croizet. Joseph et Simone se marièrent le 8 juillet 1950 à Roche-la-Molière. En 1955, ils vinrent s’installer dans le nouveau quartier stéphanois de Beaulieu où le 15 mai 1961, devait naître leur fille, Nadine.

L’élection municipale de 1977 constitua une surprise à Saint-Étienne et un tournant dans la vie de Joseph Sanguedolce. Son image de dirigeant communiste et cégétiste suscitait dans une partie de la population des craintes exploitées par ses adversaires de droite et résumées par un slogan alors peint sur un mur : « Jamais un sicilien, jamais un stalinien ne sera maire de Saint-Étienne ! ». Selon plusieurs témoignages, c’est Georges Marchais lui-même qui le désigna pour remplacer Michel Olagnier, candidat « naturel » du PCF depuis 1953. La candidature de Sanguedolce bénéficia du contexte politique : l’unité de la gauche avait le vent en poupe depuis la signature du Programme Commun (1972) et les cantonales de 1976 ; le maire sortant, Michel Durafour, ministre du Travail, polarisait contre lui une partie des électeurs d’une ville connaissant de sérieuses difficultés d’emploi et la campagne fut marquée par la situation critique de Manufrance, entreprise emblématique de la réussite économique passée de la ville et de son malaise récent. Comme secrétaire de l’Union départementale, Sanguedolce avait aussi tissé des liens étroits avec le monde stéphanois de la culture (en particulier avec Jean Dasté) et avec le réseau des amicales laïques. En tête au premier tour de scrutin (33 279 voix contre 32 265), la liste de la gauche unie - « Changer pour vivre mieux à Saint-Étienne » l’emporta le 20 mars 1977 avec 43 600 voix contre 41 119 voix à la liste Durafour. Second maire ouvrier de Saint-Étienne, Joseph Sanguedolce fut le seul ayant appartenu au PCF.

Malgré d’importants efforts en matière d’environnement, de culture (création des rencontres cinématographiques) la situation économique est restée au cœur de la mandature. La municipalité a hésité entre la défense d’une industrialisation traditionnelle (proposition de réouverture des mines alors qu’à La Ricamarie disparaissait le puits Pigeot, “dernier géant”) et le choix des nouvelles industries (construction du pôle technologique régional de l’Agence pour le Développement de la Production Automatisée) pour lesquels les investissements faisaient cruellement défaut. Au soir du premier tour du scrutin de mars 1983 les résultats constituèrent une douche froide pour J. Sanguedolce. Avec 36 025 voix le maire sortant, seul candidat à gauche, devançait à peine son concurrent de droite (François Dubanchet, 34 448) qui disposait d’importantes réserves de voix. La polarisation idéologique locale et nationale suscita une forte mobilisation au second tour : si le résultat fut serré (50,9% pour Dubanchet), il n’en constitua pas moins pour Sanguedolce une cruelle déception. Cet échec qu’il estima injuste, il l’expliqua par l’anticommunisme forcené de ses adversaires de droite et par le comportement ambigu d’une partie de l’électorat socialiste. Joseph Sanguedolce tenta vainement en 1989 et en 1995 de reprendre la mairie.
Entre Saint-Étienne et son pied à terre de Beauzac (Haute-Loire), il occupa une partie de sa retraite à écrire. Dans son autobiographie Le chant de l’alouette, le fils de mineur sicilien immigré dans la région stéphanoise relate la vie des mineurs de Roche-la-Molière, les chemins de son engagement. La guerre, la Résistance et les deux grandes grèves de l’après-guerre (1947 et 1948), y tiennent une grande place. Dans Parti pris pour la vie, publié en avril 1993, il replaçait son propre parcours dans la longue durée de l’histoire sociale du bassin stéphanois. En 1998, il reprit son premier ouvrage sous un nouveau titre : La Résistance de Saint-Étienne à Dachau Allach : contre la mort programmée, faisant témoigner certains de ses compagnons de Résistance d’origine étrangère, en réponse aux slogans xénophobes et négationnistes de l’extrême droite.

Avec Camille Pradet et d’autres responsables de l’Association nationale des anciens combattants de la Résistance (ANACR), Joseph Sanguedolce contribua à faire aboutir le projet ancien de « Lieu de Mémoire de la Seconde Guerre mondiale ». En avril 1999, l’inauguration du « Mémorial Résistance et Déportation de la Loire » traduisit le succès de ses efforts. Président de la nouvelle structure associative, il donna de sa personne en témoignant devant un jeune public qu’il savait sensibiliser.

Membre du comité départemental de la Loire de l’ANACR (1954-1984), élu président d’honneur de la FNDIRP de la Loire en 1986, Officier de la Légion d’honneur (20 octobre 1989), Croix de guerre 39-45, Croix du Combattant et du Combattant volontaire de la Résistance, Médaille de la Déportation pour faits de Résistance, Joseph Sanguedolce est décédé à Firminy (Haute-Loire), le 14 août 2010.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article173247, notice SANGUEDOLCE Joseph, Marcel par Jean-Michel Steiner, version mise en ligne le 25 mai 2015, dernière modification le 17 mars 2021.

Par Jean-Michel Steiner

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Manifestation pour Manufrance, 1980, avec Georges Séguy sur les marches de l’Hôtel de ville de Saint-Étienne.

ŒUVRE : Résistance de Saint-Étienne à Dachau, préface de Benoît Frachon, introduction de Maurice Moissonnier, Éditions Sociales, 1973. — Le Chant de l’alouette, Presse Publicité Loire, 1987. — Parti pris pour la vie : l’aventure des hommes, préface de Louis Viannet, VO Éditions, 1993. — La résistance à Dachau-Allach : contre la mort programmée, Médiris, 1998.

SOURCES : Arch. Dép. Loire, 1 R 2003, registres de matricules de 1939. — Arch. du PCF, notes de Claude Pennetier, questionnaire 13.11.46. — AD 63 1296W 73, cliché par Eric Panthou. — J.-M. Steiner, Métallos, mineurs, manuchards. Ouvriers et communistes à Saint-Étienne (1944-1958), PUSE, 2014. — État civil de la commune de Roche-la-Molière, 3 E 190/32. — BaseINSEE.

ICONOGRAPHIE : Joseph Sanguedolce lors d’un débat l’opposant à François Dubanchet en 1983.

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