ROSENBLATT Michel

Par Nadia Ténine-Michel

Né le 21 novembre 1927 à Paris (XIIe arr.), mort le 11 avril 2020 du Covid 19 ; mécanicien en machines de bureau puis journaliste ; militant communiste ; maire adjoint (1959-1970) puis maire (1970-1978) de Montfermeil (Seine-et-Oise, Seine-Saint-Denis), conseiller général de Seine-Saint Denis (1967–1979).

Le père de Michel Rosenblatt, ouvrier puis artisan tailleur pour hommes, était originaire d’une famille juive résidant dans une bourgade alors située dans l’empire austro-hongrois et qui appartint ensuite à la Pologne, puis à l’Ukraine. Il en émigra vers Berlin, puis Paris où il épousa la mère de Michel Rosenblatt, issue elle aussi d’une famille juive de Pologne et Lituanie, mais née en France. Sténodactylo, elle cessa de travailler à la naissance de son second fils et milita dans les années trente au mouvement Amsterdam-Pleyel et après la guerre au PCF. Le père de Michel Rosenblatt, sympathisant communiste, ne put obtenir la nationalité française malgré plusieurs demandes et quand il s’engagea en 1939 pour la guerre, il fut versé dans l’armée polonaise du général Anders repliée en France. Michel Rosenblatt fut influencé dans son parcours militant par sa grand-mère maternelle qui l’emmena à sa première manifestation lorsqu’il avait huit ans.

La famille Rosenblatt résidait à Montfermeil depuis les années trente dans une maison qu’elle y avait fait construire. Michel Rosenblatt obtint son certificat d’études primaires en 1939 et prolongea sa scolarité d’une année au cours complémentaire. Puis les persécutions antisémites le contraignirent avec sa famille à quitter Montfermeil et à se réfugier dans la clandestinité avec de faux papiers à la cité de la Butte rouge de Chatenay-Malabry (Seine, Hauts-de-Seine). Après une année dans une école d’ajustage dans le quartier des Buttes Chaumont à Paris (XIXe arr.), il entra chez un artisan où il apprit le travail des métaux et devint mécanicien en machines de bureau. Il travailla surtout dans de petites entreprises sauf de 1950 à 1954 chez Remington d’où, membre du comité d’entreprise, il fut licencié avec tout le bureau syndical CGT à la suite d’une grève.

Michel Rosenblatt avait adhéré aux Jeunesses communistes à la fin de 1944 et au PCF en 1945. En 1950, il était secrétaire du cercle UJRF de Montfermeil où il était revenu en 1949 (la maison familiale avait été pillée). Il fut alors arrêté à la suite d’une distribution mouvementée de tracts contre la guerre d’Indochine et resta emprisonné pendant six semaines. Il se maria le 2 juin 1951 à Clichy-sous-Bois avec Jeanne, Renée Goubeaux, secrétaire médicale à l’hôpital de Montfermeil et elle aussi militante. Ils eurent deux filles, Claude et Annie.

En 1953, Michel Rosenblatt fut élu conseiller municipal de Montfermeil, dont il devint premier adjoint en 1959 en même temps que secrétaire de la section du PCF. De 1962 à 1966, il fut membre du comité fédéral du PCF de Seine-et-Oise puis Seine-et-Oise nord. Après la création des nouveaux départements de banlieue parisienne, en 1966, il siégea en Seine-Saint-Denis, puis au sein de la commission fédérale de contrôle financier, de 1968 à 1970. En 1964, il devint journaliste et permanent comme rédacteur, puis directeur de l’hebdomadaire départemental du PCF, la Renaissance de Seine-Saint-Denis et le resta jusqu’en 1970. Il avait suivi une école centrale d’un mois du PCF.

En 1964, il se présenta aux élections cantonales, les dernières pour le département de Seine-et-Oise avant sa partition, mais ne put battre le député UNR Raymond Valenet, très bien implanté. Michel Rosenblatt fut élu conseiller général de Seine-Saint-Denis en 1967 dans le nouveau canton de Montfermeil au deuxième tour avec 51,8 % des suffrages exprimés face à deux candidats (Cinquième République et Centre démocrate). Il devint maire de Montfermeil en janvier 1970 à la mort de son prédécesseur Henri Vidal et sa liste d’union de la gauche fut confirmée aux élections municipales de 1971 avec 51, 1% des suffrages exprimés. Il fut réélu en 1977.

Durant les mandats municipaux de Michel Rosenblatt, et surtout au cours des années 1960, la ville avait connu une croissance démographique exceptionnelle (8 271 habitants en 1954, 21 178 en 1968) et changeait aussi de physionomie. À un habitat pavillonnaire se juxtaposait un ensemble de cités habitées par des populations de plus en plus déshéritées. En 1965, fut bâti le grand ensemble des Bosquets, comptant 1 500 logements, ainsi que d’autres ensembles plus réduits. De plus, la zone pavillonnaire, lotie sur de grandes propriétés morcelées, s’accroissait. Michel Rosenblatt se souvient d’avoir accordé jusqu’à 120 permis de construire par an dans ce secteur. Les charges de la commune étaient donc très lourdes. En 1953, environ un tiers de sa superficie n’était pas couvert par l’adduction d’eau. Il fallait créer un réseau d’assainissement, inexistant jusqu’alors. C’est également l’époque où virent le jour les autres équipements, notamment scolaires, sportifs ou sanitaires, indispensables à une population qui avait presque triplé. Il fallait aussi, en prévision de l’avenir, constituer rapidement un patrimoine foncier et résister aux appétits des promoteurs. Mais surtout, Michel Rosenblatt estimait indispensable d’assurer des services sociaux, notamment cantines et colonies de vacances, pour des bénéficiaires de moins en moins solvables. Des tiraillements apparurent au sein du bureau municipal, Michel Rosenblatt s’opposant à ses camarades, surtout des enseignants, disait-il, qui voulaient donner "la priorité au confort de la ville". Sa victoire aux élections de 1977 était jouée à quelques dizaines de voix, aussi l’inquiétude monta et des points de vue s’opposèrent. Marqué par des difficultés financières chroniques, par un divorce grandissant entre une cité populaire dont la dérive ne faisait que commencer (Les Bosquets) et le quartier pavillonnaire de Franceville, la gestion de la ville était jugée trop personnelle et traditionnelle par les nouveaux élus. Michel Rosenblatt démissionna de son poste de maire en octobre 1978 (ou plutôt fut poussé à la démission par la fédération communiste et le groupe communiste du conseil) déclarant se consacrer à son mandat de conseiller général. Il ne se représenta pas aux élections cantonales de 1979. L’instituteur Gilles Guimet lui avait succédé à la mairie, mais la ville fut perdue par la Parti communiste aux élections de 1983.
Michel Rosenblatt reprit alors sa profession de réparateur de machines de bureau jusqu’à sa retraite en 1988. Par la suite, il cessa d’adhérer au PCF, estimant que celui-ci s’éloignait de la classe ouvrière, mais en resta très proche.
Selon Dominique Dellac, conseillère départementale de Seine-Saint-Denis, il aurait réadhéré au PCF avant son décès du Covid 19 dans la nuit du 11 au 12 avril 2020 à 92 ans. Il était affaibli par un AVC et le décès de sa femme. Son successeur à la mairie de Montfermeil, Gilles Guimet, mourut également du Covid-19, le 17 avril 2020

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article173305, notice ROSENBLATT Michel par Nadia Ténine-Michel, version mise en ligne le 6 juillet 2015, dernière modification le 14 mai 2020.

Par Nadia Ténine-Michel

SOURCES : Arch. Dép. de Seine-et-Oise et Yvelines : 1 W 431, 1021, 1116, 1128, 1104 ; W 2, 45, 72. ─ Arch. Dep. Seine-Saint-Denis : 16 W 1 et 24. ─ Arch. du comité national du PCF. ─ Le Monde, 16 mars 1971, 2 octobre 1973 et 8 mars 1983. ─ Courrier de juin 2003 et entretien avec Michel Rosenblatt, 9 septembre 2003. — État civil. — Note de Gérard Bertrand, avril 2020.

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