SCHMAUS Guy [SZMOIS Pierre, Guy]

Par Paul Boulland

Né le 7 juillet 1932 à Paris (XIVe arr.) ; ouvrier fourreur puis fraiseur-outilleur ; syndicaliste CGT, secrétaire du CCE de Citroën ; militant communiste de région parisienne, membre du secrétariat de la fédération PCF de Seine-Ouest puis des Hauts-de-Seine (1965-1970) ; conseiller municipal de Clichy (Seine, Hauts-de-Seine) de 1983 à 2014, conseiller général des Hauts-de-Seine (1976-1988), conseiller régional d’Île-de-France (1976-1998), sénateur (1968-1986).

Le père de Guy Schmaus, Ferdinand Szmois, artisan fourreur, était un immigré juif polonais né à Cracovie, venu en France en 1923 pour rejoindre l’un de ses frères. Avant 1939, il était membre des Amis de l’Union soviétique et du Secours rouge international, puis adhéra au Parti communiste après la Libération. La mère de Guy Schmaus, Anna Grinshpann, vendeuse, était née à Paris (Ve arr.) en 1905. Sympathisante communiste, elle était elle-même issue de l’immigration juive polonaise et sa mère était proche des milieux socialistes avant la Première guerre mondiale. Ainsi, Guy Schmaus se souvient que sa grand-mère maternelle évoquait sa rencontre à Paris avec Léon Trotsky. L’atmosphère familiale était dépourvue de toute pratique ou référence religieuse et, selon son témoignage, Guy Schmaus ne prit conscience de ses « origines juives » que face à la politique antisémite de Vichy et à la menace nazie. Pendant l’Occupation, il fut en effet séparé de ses parents, contraints à la clandestinité, et caché avec son frère dans une colonie de vacances.

Guy Schmaus poursuivit sa scolarité jusqu’au niveau du Brevet élémentaire. Encouragé par son père, il entama un apprentissage de fourreur dans un petit atelier et, après l’obtention de son CAP, il travailla dans une maison de haute-fourrure, à Paris. Dès 1946, à l’âge de quatorze ans, il adhéra à l’UJRF et suivit une école fédérale de l’organisation de jeunesse en 1949. Il fut par la suite secrétaire du cercle UJRF du XVIIe arrondissement. Face aux difficultés du secteur de la fourrure, il se réorienta vers la métallurgie, qui offrait également de plus grandes possibilités militantes. Il suivit une formation professionnelle accélérée de fraiseur et obtint un CAP. En 1950, il adhéra à la CGT et au PCF. Il effectua son service militaire en Allemagne, durant dix-huit mois, dans l’artillerie, avec le grade de maréchal des logis, spécialiste PCT (poste de calcul de tir). Guy Schmaus se maria le 20 novembre 1954 à Paris (XIXe arr.) avec Raymonde Courtois, sténo-dactylo, elle-même membre du PCF et issue d’une famille communiste. Ils eurent trois enfants.

Après avoir travaillé dans diverses petites entreprises métallurgiques, Guy Schmaus s’efforça d’entrer chez Citroën, dans une démarche militante. Aidé par des camarades, il prépara son essai et fut embauché en 1957. Son objectif était d’intégrer les usines du XVe arrondissement, mais il fut affecté comme OP1 à l’usine de Clichy, au modelage métal. Resté très discret sur son engagement durant la première année, il passa ensuite fraiseur-outilleur. Dès la fin de sa période probatoire, il fut élu délégué du personnel dans son atelier. Élu ensuite au comité d’entreprise, il devint secrétaire du comité central d’entreprise couvrant les vingt-trois usines de la région parisienne.

En 1958, Guy Schmaus était encore membre du bureau de la section communiste XVIIe-Batignolles. Militant désormais à Clichy, il fut muté à la fédération Seine-Ouest dont il intégra très rapidement le comité fédéral en 1959. La direction fédérale notait alors : « sous son impulsion, l’activité et l’organisation du parti et du syndicat se sont renforcées. De l’avis des dirigeants de l’USTM, il est actuellement l’un des meilleurs militants de chez Citroën dans la Seine ». De fait, l’implantation de la CGT et du PCF chez Citroën constituait un enjeu stratégique et politique majeur. Guy Schmaus fut donc intégré au bureau fédéral, en 1961. Mais, face à la répression patronale, l’activité militante était extrêmement difficile dans l’entreprise. Un informateur de la direction, infiltré dans une cellule communiste, contribua au licenciement des adhérents qui n’étaient pas protégés par le statut de délégué. Au cours de l’année 1961, une « opération » de la direction de Citroën aboutit au licenciement de Guy Schmaus. Désormais connu comme militant CGT et communiste, il ne parvint pas à se faire embaucher dans une grande usine. Grâce à la solidarité militante, il trouva un emploi dans le petit atelier d’un sympathisant communiste. Après quelques mois, il devint permanent, partageant son temps entre la direction de la section communiste de Clichy, dont il était le premier secrétaire, et le bureau de la fédération Seine-Ouest, où il était en charge des organisations de masse.

En 1965, Guy Schmaus intégra le secrétariat fédéral, chargé de la propagande, en remplacement de Dominique Frelaut qui venait d’être élu maire de Colombes. Il conserva cette responsabilité au sein de la nouvelle fédération des Hauts-de-Seine puis devint responsable aux cadres en 1968, au sein du secrétariat puis du bureau fédéral, après 1970. Guy Schmaus suivit les cours des écoles centrales d’un mois et de quatre mois du PCF. En 1967, le secrétariat du parti proposa que Guy Schmaus suive les cours de l’École supérieure des sciences sociales du PCUS, à Moscou, mais il ne put s’y rendre, pour des raisons familiales.

En septembre 1968, Guy Schmaus fut élu sénateur, le PCF bénéficiant alors d’un rapport de forces favorable parmi les grands électeurs, notamment grâce à sa progression aux élections municipales de 1965. Guy Schmaus était alors le plus jeune élu de la Haute Assemblée. Il fut réélu en 1977 et ne se représenta pas en 1986. Au Sénat, il fut membre de la commission des affaires culturelles et intervint régulièrement en séance pour évoquer la situation des salariés des usines Citroën. En 1976, il fut également élu conseiller général des Hauts-de-Seine, dans le canton de Clichy, mandat qu’il conserva jusqu’en 1988. Enfin, il siégea au conseil régional d’Île-de-France, d’abord en tant que parlementaire, puis comme élu, de 1986 à 1998.

Après la Libération, Clichy fut dirigée sans discontinuer par des maires socialistes (Georges Levillain puis Gaston Roche). En 1983, Guy Schmaus nourrissait l’espoir d’une percée communiste, perspective écartée par la candidature d’une figure nationale du Parti socialiste, Jacques Delors, qui fut élu mais céda son mandat à Gilles Catoire, en 1985, lorsqu’il devint ministre des Finances. Guy Schmaus fit toutefois son entrée au conseil municipal en 1983, prenant la tête du groupe communiste. Il siégea durant cinq mandats, jusqu’en 2014, date à laquelle il ne se représenta pas. Ces trois décennies furent régulièrement marquées par les tensions entre la majorité socialiste et les élus communistes, tensions qui culminèrent en 2008, lorsque ces derniers s’opposèrent au plan local d’urbanisme et perdirent leurs délégations. S’il ne fut plus candidat aux élections municipales de 2014, Guy Schmaus prit cependant une part active à la campagne électorale, soutenant les candidats du Front de gauche.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article173332, notice SCHMAUS Guy [SZMOIS Pierre, Guy] par Paul Boulland, version mise en ligne le 28 mai 2015, dernière modification le 10 septembre 2015.

Par Paul Boulland

SOURCES : Arch. du Comité national du PCF. ─ Le Parisien, 29 mars 2012. ─ Paul Boulland, Acteurs et pratiques de l’encadrement communiste à travers l’exemple des fédérations de banlieue parisienne (1944-1974), thèse de doctorat d’histoire, Paris 1, 2011. ─ Entretien avec Guy Schmaus, mars 2000. ─ État civil.

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