SIBLOT Charles

Par René Gallissot, Jacques Girault

Né le 6 juillet 1912 à Ténès (Algérie), mort le 22 octobre 1981 à Sète (Hérault) ; instituteur en Algérie puis dans l’Hérault ; militant du SNI ; militant communiste.

Son père, paysan, quitta les Vosges faisant alors partie de l’Empire allemand pour l’Algérie. Devenu gendarme français en Algérie où il épousa une originaire de Malte. Ils eurent trois filles et un garçon, Charles Siblot. Après avoir obtenu le brevet supérieur, ce dernier entra à l’Ecole normale d’instituteurs de la Bouzaréah, section de “l’enseignement indigène“.

Il se maria avec Angèle Piazza, née en Algérie d’un père garibaldien et d’une mère bretonne qui avait passé sa jeunesse dans la commune mixte de Teniet-el-Had dans l’Ouarsenis et parlait l’arabe. Le couple eut deux enfants.

Influencé par les idées antimilitaristes et anarcho-syndicalistes, nommé instituteur en 1935 dans les hauts plateaux du Constantinois, à Saint Donat puis au douar de Beni-Haoua, près de Ténès, il entra en conflit avec l’administration française et les Européens. En 1938, alors que la famine régnait dans la population arabe, il adhéra au Parti communiste algérien.

Militant du Syndicat national des instituteurs, Siblot organisa les premiers syndicats d’ouvriers agricoles. Mobilisé en septembre 1939, il reprit son poste d’instituteur rural et participa à la neutralisation des groupes de colons fascisants au moment du débarquement américain. En 1943, il s’engagea dans l’armée mais malade fut réformé en Tunisie. Il reprit son poste d’instituteur. Son enseignement et son militantisme contribuèrent à la formation de partisans nationalistes locaux.

Siblot, nommé en 1945 instituteur dans la Mitidja à Marengo (Hadjout) et deux ans plus tard à El-Biar au sud d’Alger, devint maître de classe d’application de l’ENI de la Bouzaréah. Partisan des méthodes de Célestin Freinet, il obtint des résultats pédagogiques en promouvant la libre parole des élèves dans des journaux de classe.

Militant du Syndicat national des instituteurs, délégué au congrès national du SNI, il intervint lors du congrès national, le 23 mars 1948, dans la discussion sur les questions corporatives et souligna le désintérêt du SNI pour l’Outre-mer. Le 23, sur la question de l’affiliation, il demanda de rester à la CGT car c’était l’intérêt des fonctionnaires de rester unis dans la CGT.

Militant du PCA, Siblot collaborait au journal Alger Républicain. Il fut candidat à des élections. En février 1956 il prit l’initiative, avec d’autres, d’une « Lettre d’un groupe d’enseignants à leurs collègues d’Algérie ». Après avoir dénoncé le “bilan du colonialisme“ et celui de la politique de Jacques Soustelle, elle soutenait l’« appel pour une trêve civile » d’Albert Camus et Emmanuel Roblès, appuyé par Ouzegane, Lebjaoui…, reconnaissait “le bien fondé de la lutte du peuple algérien pour la réalisation de ses aspirations nationales“. Elle appelait à la négociation “avec les représentants qualifiés du peuple algérien“, pour construire une “Communauté Algérienne nouvelle, fraternelle et stable, parce que fondée sur l’égalité, la justice et le respect mutuel“.

Au début de la “Bataille d’Alger“, dans la nuit du 31 mai 1956, Siblot fut arrêté par les parachutistes avec d’autres signataires, communistes et militants nationalistes. Des interventions du SNI auprès du Ministre résidant Robert Lacoste, obtinrent que ces européens soient expulsés et frappés d’interdiction de séjour. On ne savait pas qu’il participait aussi au réseau clandestin comprenant Maurice Audin et Henri Alleg.

Charles Siblot fut nommé à Sète. Il figurait sur la liste « Pour l’unité, la démocratie et l’efficacité du SNI », présentée par les anciens « cégétistes », en 18e position pour l’élection du bureau national en décembre 1957. A nouveau candidat sur une liste analogue en décembre 1959, il fut battu. Il lutta avec détermination pour la paix en Algérie.

Resté en relations avec le PCA, de retour en Algérie en 1962, Charles Siblot fut nommé conseiller au Ministère de l’Éducation. Il y partagea la responsabilité des “campagnes nationales d’alphabétisation“ et de formation des maîtres. Mais ses activités politiques furent à nouveau illégales, il repartit en France en 1965. Revenu peu après, mais il dut de nouveau quitter définitivement l’Algérie et s’installa en 1968 à Sète. Il retourna en Algérie de façon épisodique.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article173357, notice SIBLOT Charles par René Gallissot, Jacques Girault, version mise en ligne le 29 mai 2015, dernière modification le 29 mai 2015.

Par René Gallissot, Jacques Girault

SOURCES : Notice dans la Maitron Algérie par R. Gallissot. — Presse syndicale. — G. Donnat, Afin que nul n’oublie. L’itinéraire d’un anticolonialiste Algérie-Cameroun-Afrique. L’Harmattan, Paris, 1986. — J. Galland, En Algérie « du temps de la France », 1950-1955, Éditions Tirésias, 1998. — J.-L. Einaudi, Un rêve algérien, PUF, 2001. — Mémoire familiale (Paul et Aline Siblot).

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