BOSSUT Pierre, Jean, Maurice

Par Loïc Le Bars

Né le 30 juillet 1911 à Suresnes (Seine), mort le 5 mars 1993 à Paris (Xe arr.) ; instituteur puis directeur d’école primaire, PEGC et directeur de CEG, syndicaliste (École émancipée) et militant trotskyste (PCI, OCI...), membre du conseil syndical du SERP (1946-1968), membre du conseil syndical de la section de la Seine du SNI (1948 -1968), membre de la commission administrative de la FEN (1965 -1966).

Son père était mécanicien dans l’automobile et sa mère couturière. Titulaire du brevet supérieur, Pierre Bossut devint instituteur suppléant de 1934 à 1937. Il se maria à Suresnes, le 11 juin 1935 avec Henriette Knevel, couturière. Profondément pacifiste, il adhéra aux Jeunesses socialistes SFIO de la Seine dirigées par des militants trotskystes., conscient de la nécessité de donner une éducation pacifiste et internationaliste aux jeunes générations, Il participa aux activités des Amis de l’enfance ouvrière et à l’animation des groupes d’adolescents, les Faucons rouges, créés et parrainés par le parti socialiste SFIO. En juillet 1935, il se solidarisa avec les dirigeants des jeunesses de la Seine exclus du parti et participa à la création des Jeunesses socialistes révolutionnaires. Cette crise eut des répercussions au sein des Amis de l’enfance ouvrière. Le 11 novembre 1936, il quitta la conférence nationale de cette organisation avec ses camarades de la "Minorité révolutionnaire" animée par son ami Roger Foirier, lui aussi enseignant à Suresnes. Ensemble, ils fondèrent peu après la Fédération des pionniers rouges qui ne rencontra pas le succès escompté et fut dissoute en 1937.

Pendant la guerre, Bossut, sans militer activement, rendit de nombreux services aux organisations trotskystes avec lesquelles il était resté en contact. A la Libération, il participa à la reconstruction du groupe de l’Ecole émancipée dans la section du SNI de la Seine. Délégué au congrès du SNI, il intervint, le 28 décembre 1945 sur le rapport moral, indiquant qu’il n’y avait pas "d’opposition entre le reclassement et l’échelle mobile". Toujours instituteur à Suresnes, il milita au sein de la sous-section de Nanterre de ce syndicat. En mars 1946, il fut élu au conseil syndical du Syndicat de l’enseignement de la région parisienne (SERP), regroupant les syndicats enseignants de la Seine et de la Seine-et-Oise.

Bossut fut l’un des animateurs de la grève des instituteurs de la Seine déclenchée en novembre 1947 contre le plan de reclassement proposé par le gouvernement Schuman et le ministre Teitgen. En lançant ce mouvement, en accord avec les résultats de la consultation du personnel qui l’avait précédé, les dirigeants de la section de la Seine du SNI, proches de la tendance Force ouvrière dans la CGT, espéraient entraîner l’ensemble de leur syndicat dans l’action. Cette grève constitua un véritable évènement pour le milieu enseignant,. Déclenchée le 21 novembre, elle se prolongea jusqu’au 6 décembre pour la majorité des grévistes et même jusqu’au 9 pour quelques-uns. Dès le 20 novembre, un comité de grève réunissait, à côté des délégués mandatés par les sous-sections du SNI, les responsables de ce syndicat, des associations professionnelles (cours complémentaires) et même des représentants du SGEN. Plusieurs assemblées de grévistes furent convoquées pour décider de la suite du mouvement. Mais la direction nationale du SNI puis celle de la FEN refusèrent d’appeler à la généralisation de la grève. Malgré cela, les militants parisiens, toutes tendances confondues, continuèrent la grève pendant deux semaines après un référendum où les deux-tiers manifestèrent l’intention de poursuivre l’action. L’élargissement à la province et aux autres secteurs de l’Education nationale ne se réalisa pas. Dans ces conditions, les responsables majoritaires de la section de même que la plupart des militants de l’Ecole émancipée, dont Bossut, estimèrent qu’il était nécessaire de cesser la grève. Cette position fut entérinée par un référendum organisé le 6 décembre alors que la reprise du travail s’était déjà amorcée.

Lors de l’élection du bureau national du SNI à la proportionnelle, le 28 décembre 1947, dans un premier temps, L’Ecole libératrice annonça, le 27 novembre, la candidature individuelle de Bossut, membre du conseil syndical de la Seine. Puis elle annonça qu’il remplaçait Marcel Pennetier sur la liste conduite par Marcel Valliere. Avec 163 voix il ne fut pas élu. Lors du congrès du SNI (22-24 mars 1948), il fut assesseur de la première séance. Dans son inervention, il se félicita du choix de l’autonomie qui allait permettre au SNI de rester en contact avec les luttes de tous les travailleurs et de mieux conduire les luttes laïques. Lors de la désignation du Bureau national par le conseil national du 27 décembre 1949, il arrivait en 6eme position avec 118 voix (2 élus pour la liste C). En 1951, il figurait en 16e position. En 1959, il était en onzième position sur la liste « Pour un syndicalisme de combat et d’efficacité par les « Amis de L’École émancipée ». Candidat en 1957 en 13e position, 6e en 1958, en 1963, il fut le premier battu de la liste qui conserva ses deux élus et en 1965, il était candidat au-delà du 7eme.

Pierre Bossut apparut par la suite comme le chef de file des partisans de l’Ecole émancipée dans la section de la Seine du SNI. Toujours secrétaire de la sous-section de Nanterre, il fut désigné en 1948 comme tête de liste par ses camarades de tendance aux élections pour le conseil syndical de la section. Il y siégea sans interruption jusqu’en 1966. La même année, désigné comme responsable de s commissions laïques du conseil syndical du SERP et de la section de la Seine du SNI (jusqu’en 1952), il participa à ce titre à la création du Cartel départemental d’action laïque dont il devint le premier secrétaire. Secrétaire adjoint du SERP, élu au Conseil départemental de l’enseignement primaire en 1951, il en démissionna, à la demande du SNI à la fin de 1953 pour protester contre la politique gouvernementale répressive et antilaïque et fut réélu en janvier 1954. Il était toujours conseiller départemental au début des années 1960. Dans les congrès nationaux du SNI, il apparaissait comme un des principaux orateurs de sa tendance. Ainsi au congrès de Saint-Malo, dans la séance consacrée à la discussion du rapport laïque, le 20 juillet 1951, il souhaita « que les partis se mettent au service de l’école et non utilisent l’école à leurs fins partisanes ». En juillet 1954, il condamna avec force le colonialisme. Trois ans plus tard, le 18 juillet 1957, dans la discussion du rapport moral il reprocha à la direction du SNI l’insuffisance de sa politique algérienne. Au congrès de Strasbourg, le 5 juillet 1960, il déclara s’abstenir dans le vote sur le rapport moral alors que sa tendance votait contre. Dans son intervention, il déclara être réticent par rapport à l’autodétermination car il fallait revendiquer l’indépendance et, partisan de la nationalisation de l’enseignement, il estimait que le SNI avait abandonné ce projet pendant la campagne contre la loi Debré. Au congrès de 1962, il se montra favorable au projet pédagogique du SNI mais demandait au syndicat de ne pas se compromettre en discutant le projet de réforme de l’enseignement du gouvernement. Aux congrès suivants il dénonça le caractère de classe de cette réforme ce qui exigeait de ne pas d’isoler pour la combattre et de mener une « lutte d’ensemble sur le terrain de classe » (12 juillet 1965).

Pierre Bossut adhéra au Parti communiste internationaliste et participa à la commission ouvrière animée par Pierre Lambert. Par la suite, il continua à faire partie du conseil syndical du SERP dirigé par les majoritaires. Il en fut le secrétaire général adjoint de 1949 à 1954. L’accord entre les majoritaires et l’Ecole émancipée avait pour but d’empêcher les cégétistes de s’emparer de la direction de cette instance et reposait sur une commune volonté de défendre la laïcité contre les attaques dont elle commençait à faire l’objet. Cette alliance à la direction du SERP dura de 1948 à 1961. Dans les années 1960, la tendance Ecole émancipée se différencia de plus en plus nettement de la majorité fédérale. De 1952 à 1964, il fut élu, en tant que suppléant, à la Commission administrative de la FEN pour l’Ecole émancipée.

En 1954, Bossut devint directeur de l’école primaire de l’avenue Lavoisier à Dugny. Par la suite, il enseigna dans un cours complémentaire avant d’être nommé directeur du collège d’enseignement général Paul Langevin, toujours dans cette localité. Il milita également au sein de la section départementale de la Mutuelle générale de l’Education nationale. Après la démission des élus au Conseil départemental de l’enseignement primaire de la Seine, il fut candidat du SNI aux élections du 25 janvier 1954 pour l’ arrondissement de Saint- Denis. Il divorça en 1961 et eut alors pour compagne une institutrice appartenant elle aussi au groupe qui allait donner naissance par la suite à l’Organisation communiste internationaliste.

Pierre Bossut fut désigné pour représenter l’Ecole émancipée à la CA de la FEN de 1961 à 1966. En mai-juin 1968, il anima la grève dans son établissement. L’année suivante, il participa, avec ses camarades trotskystes exclus de l’Ecole émancipée, à la création de l’Ecole émancipée pour le front unique ouvrier.

Après avoir pris sa retraite en 1972, Bossut s’occupa de la librairie de l’OCI, la SELIO, responsabilité qu’il devait assumer jusqu’à sa mort. Divorcé en 1961, il se remaria en octobre 1974 à Sarcelles (Val d’Oise) avec Nicole Delamotte, professeur d’école normale et militante de l’OCI.

Toujours aussi profondément attaché à la laïcité et considérant que le CNAL avait failli à sa mission, Pierre Bossut fit partie, en 1979, des fondateurs du Comité pour l’appel aux laïques et prit la parole au meeting que ce dernier organisa au Zénith de Paris le 30 janvier 1982. Il devint membre du premier bureau de la Fédération des comités de défense laïque qui succéda en janvier 1984, à ce comité. La même année, il quitta la FEN, qui à ses yeux avait, entre autres choses, abandonné le combat laïque et rejoignit la CGT-FO, comme nombre de ses camarades trotskystes.

La maladie l’obligea, à la fin des années 1980 à restreindre son activité militante.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article17350, notice BOSSUT Pierre, Jean, Maurice par Loïc Le Bars, version mise en ligne le 20 octobre 2008, dernière modification le 23 avril 2020.

Par Loïc Le Bars

SOURCES : Arch. Nat., F 17/ 17778. — Presse syndicale. — Renseignements fournis par Nicole Bossut et Robert Hirsch.— Notes de Jacques Girault.

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