BOTTIGELLI Émile, Marius, Lucien

Par Jacques Girault, Claude Willard

Né le 26 mai 1910 à Chambéry (Savoie), mort le 12 décembre 1975 à Villefranche-sur-mer (Alpes-Maritimes) ; professeur ; militant communiste, traducteur des ouvrages de Marx et Engels aux Éditions sociales.

Fils d’un commerçant tailleur, Émile Bottigelli avait été élève au lycée de Chambéry jusqu’en 1927, puis au lycée du Parc à Lyon (1927-1930) où il avait adhéré aux étudiants socialistes en 1929, sans y avoir milité. Licencié d’allemand en 1934 à la Sorbonne, il travaillait depuis 1933 avec les réfugiés du Parti communiste allemand (Institut pour l’étude du fascisme) et, par la suite au Comité de vigilance des intellectuels antifascistes. Assistant à Vienne en 1930-1931, lecteur à Leipzig en 1934-1935, il vécut la victoire du Parti national-socialiste en Allemagne

Secrétaire administratif du Syndicat des professeurs de lycées (1933-1934), agrégé d’allemand en 1935, il fut nommé pour accomplir son service militaire, au Prytanée militaire de La Flèche (Sarthe), mais fut réformé au bout de dix jours. Habitant Le Mans, il avait adhéré au Parti communiste en juillet 1936. Secrétaire de la cellule Barbusse au Mans, il devint membre du bureau régional de la Sarthe (novembre 1936-septembre 1937), chargé des questions de la presse et responsable de la commission d’éducation. Il collaborait à L’Unité ouvrière et paysanne de la Sarthe, sous le pseudonyme de « Gil ».

Marié en mars 1936 à Saint-Jean-Mayenne (Mayenne) avec une ancienne modiste, Juliette, Antoinette Gilfrich, fille d’un horloger et d’une ouvrière casquettière, communiste depuis novembre 1936, trésorière de sa cellule, il avait trois enfants en 1947.

Émile Bottigelli était aussi le secrétaire de la section de l’établissement du Syndicat du personnel de l’enseignement secondaire (FGE-CGT) à partir de 1938. Selon la biographie remplie pour la section des cadres, en mai 1937, il indiquait avoir eu des relations, pendant ses études, avec des étudiants trotskistes, devenus socialistes, et qu’il y avait un gros travail à faire parmi les intellectuels pour lutter contre l’influence des trotskistes. Il ajoutait que c’était "peut-être une des raisons qui m’a fait adhérer au parti. Car il m’a semblé nécessaire de mettre les intellectuels dans le parti afin de détruire certaines accusations surtout venant des milieux intellectuels trotskistes". Il ne fut pas renouvelé comme membre du comité régional en 1938, sans que l’on en connaisse les raisons (mutation ou décision politique ?).

Dans la biographie qu’il remplit pour le PCF en 1947, figurait la mention qu’il avait été « vidé du Prytanée militaire en octobre 1936 pour mon activité politique mais sous d’autres prétextes légaux ». Il n’avait pas donné ces détails dans la biographie écrite en 1937, où il indiquait être le secrétaire de la Maison de la culture du Mans.

Nommé à Marseille, Émile Bottigelli indiquait avoir été secrétaire de la Maison de la culture de Marseille (octobre 1937-octobre 1939). Lors du pacte germano-soviétique, selon sa biographie, « j’ai expliqué à Marseille que ce n’était pas une trahison mais une sauvegarde des conquêtes du socialisme ». Nommé professeur à Caen (Calvados) en octobre 1939, il fut coupé du Parti communiste.

Mobilisé le 15 avril 1940, fait prisonnier à l’école d’artillerie de Vannes, il s’évada fin février 1941 du stalag 103 ; il séjourna en Savoie puis rentra à Marseille pour reprendre son poste après avoir été démobilisé le 26 mars 1941. Il reprit contact avec le Parti à la fin de 1941, contact interrompu jusqu’en octobre 1942 et renoué par l’intermédiaire de Jérôme Ferrucci, responsable du travail parmi les intellectuels à Marseille. Il organisa le comité national des professeurs dans la ville, en février 1943, à la demande de la direction nationale du comité. Plus tard, Georges Sadoul le chargea d’organiser le comité national des intellectuels dans les Bouches-du-Rhône puis en Provence. Au début de 1944, il participa aux réunions de la direction du mouvement en zone Sud à Toulouse, à Lyon et à Nice. Le CNI devint alors Union nationale des intellectuels. Après avoir repris contact avec le Front national, il fut chargé d’organiser la parution de sa presse dans la région en mai 1944. Illégal à partir de juin, il participa au lancement de La Marseillaise de Marseille, la dirigea comme rédacteur en chef d’août à novembre 1944.

Émile Bottigelli occupa à partir de juillet 1945 le poste de chef-adjoint de la section de la presse à la direction de l’information à Baden-Baden. Il démissionna en juillet 1946 et reprit alors un poste dans l’enseignement au lycée Marcelin Berthelot à Saint-Maur (Seine). Membre du Syndicat national de l’enseignement secondaire, il adhérait à la cellule Politzer dans l’établissement, alors qu’il habitait dans le VIe arrondissement. Séparé de son épouse, il vivait avec Marcelle, Marie Tisserand, ancienne élève de l’ENS de Sèvres, agrégée de philosophie en 1950 (décédée en 1991), dite Simone Esprels, journaliste à l’Humanité qu’il devait épouser en mai 1960 à Saint-Cloud.

Bottigelli avait été chargé de la partie allemande des Éditions sociales. En 1954, il demanda l’autorisation, auprès de la direction du PCF, de se rendre trois semaines en Allemagne pour obtenir des textes de Marx et Engels, parus en langue allemande (la Mega sans doute), à traduire en vue d’une édition française, ce qui nécessitait qu’il prenne contact avec le Parti socialiste unifié d’Allemagne. Le secrétariat donna son accord mais refusa de lui donner une recommandation.

Il devint enseignant à l’École normale supérieure de Saint-Cloud puis, à partir de 1964, maître-assistant d’allemand à la faculté des lettres de Nanterre. Il soutint une thèse de doctorat d’État en 1969 sur travaux, à partir de ses diverses traductions des textes de Marx. En 1971, il fut nommé maître de conférences, puis professeur à l’Université de Nice.

Émile Bottigelli participa à l’édition des œuvres de Marx et d’Engels aux Éditions sociales (une trentaine d’ouvrages dont il assura la traduction, les notes, la rédaction des présentations toujours longues et détaillées, les nombreuses rééditions). En outre, il publia la correspondance, à partir du fonds que possédait Marcel-Charles Longuet, de nombreux socialistes français et étrangers, dont Paul et Laura Lafargue.

Il faisait partie aussi du comité de rédaction de La Pensée et de La Nouvelle Critique depuis janvier 1956. En 1958, se solidarisant avec les militants (Annie Kriegel, Victor Leduc, Lucien Sebagh) écartés du comité de rédaction de cette dernière, il en démissionna avec Jean-Toussaint Desanti. Dans les années 1970, il mena une action critique à l’égard de la ligne du Parti communiste en rapport avec divers contestataires, dont Victor Leduc.


Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article17363, notice BOTTIGELLI Émile, Marius, Lucien par Jacques Girault, Claude Willard, version mise en ligne le 20 octobre 2008, dernière modification le 12 octobre 2021.

Par Jacques Girault, Claude Willard

SOURCES : RGASPI, 495-270-3019, 517-1-1 896. — Arch. comité national PCF — DBMOF. — Notes d’Alain Dalançon.

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