FOGEL Szlama (Salomon), David

Par Daniel Grason

Né le 13 décembre 1896 à Rawa-Ruska (Pologne), mort en 1943 à Auschwitz (Pologne) ; tailleur ; membre de la sous-section juive du Parti communiste ; militant de la Main d’Œuvre immigrée (M.O.I).

Szlama (Salomon) Fogel
Szlama (Salomon) Fogel

Szalama Fogel gagna l’Allemagne pour exercer sa profession de tailleur, il s’engagea dans le mouvement Spartakiste et combattit les armes à la main en novembre 1918. Il vint en France en 1923, épousa le 19 septembre 1925 à Paris Esther Gamerow, le couple demeurait 127 avenue Simon-Bolivar à Paris (XIXe arr.). Un enfant Thomas naquit en novembre 1925 à Paris (XIIe arr.). Szlama Fogel était titulaire d’une carte d’identité valable jusqu’au 28 novembre 1942.

La promulgation du statut des Juifs par le gouvernement de Vichy en octobre 1940 puis celui de juin 1941 plongea la communauté israélite dans de très grandes difficultés. La famille Fogel ne baissa pas la tête. À la suite de filatures, Szlama Fogel fut arrêté le 23 mars 1943 à 6 heures du matin lors d’une opération conjointe de la BS2 et de la BSi du commissariat de Puteaux (Seine, Hauts-de-Seine) pour « propagande communiste clandestine » dans une planque de l’organisation 8 rue du Docteur-Potain à Paris (XIXe arr.). Le même jour, à la même heure 62 autres militantes et militants de la M.O.I étaient interpellés dont Henri Krasucki.

Interné au camp de Drancy réservé aux juifs, Szlama Fogel était dans le transport n° 55 de 1058 déportés en compagnie de sa femme Esther et de son fils Thomas qui partit le le 23 juin 1943 à destination d’Auschwitz. L’armée Soviétique libéra le camp le 27 janvier 1945, sur les 1058 femmes et hommes de ce convoi, 72 avaient survécus dont 37 femmes, les trois membres de la famille Fogel étaient morts.

Les 18 et 19 mars 1945 Lucien Bizoire, ex-commissaire principal de Puteaux, puis chef de la 3ème section des Renseignements généraux comparut devant la cour de justice. Il dégagea sa responsabilité sur la BS2, l’un de ses oncles, général, sous-chef d’État-Major certifia que son neveu était « tout ce qu’il y a de plus antiallemand », qu’il avait rendu des services à un réseau de résistance dont lui-même était membre. Humour noir involontaire, un colonel, chef du 2ème bureau assura que Bizoire lui avait « fourni des renseignements sur la police française et allemande en ce qui concerne la répression des patriotes ».

Le Commissaire du gouvernement déclara que l’adjoint à la tête de la BS2, Pierre Gautherie : « Cent fois plus coupable » que Bizoire « a été gracié par le Général de Gaulle que je considère comme le premier Résistant de France ; je ne passerai pas outre, car il y aurait injustice et je demande une peine de travaux forcés à perpétuité ». Puis s’adressant à Bizoire, il lui lança : « Il faut que vous portiez le poids de votre châtiment jusqu’à votre dernier souffle ». Après délibération, la Cour condamna Lucien Bizoire à cette peine et à l’Indignité nationale.

Membre de la Jeunesse juive, militant de la Main d’Œuvre immigrée, Henri Krasucki déporté à Auschwitz dans le même convoi, il fut affecté dans un camp de travail dans les mines de charbon à Jawischowitz, il rentra à Paris le 28 avril 1945. Il témoigna dans le cadre d’une commission rogatoire sur l’activité de Lucien Bizoire. Il le reconnut sur photographie, déclara : « Il m’a brisé un nerf de bœuf sur les reins et a montré une satisfaction évidente en ajoutant même que j’avais les reins solides ». Il porta plainte contre Bizoire et une dizaine de tortionnaires.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article173679, notice FOGEL Szlama (Salomon), David par Daniel Grason, version mise en ligne le 5 juin 2015, dernière modification le 9 juillet 2019.

Par Daniel Grason

Szlama (Salomon) Fogel
Szlama (Salomon) Fogel

SOURCES : Arch. PPo. KB 10, 77W 327, BA 1849. – David Diamant, Par-delà les barbelés, 1986. – David Diamant, Combattants, héros et martyrs de la Résistance, Éd. Renouveau, 1984. – Jean-Marc Berlière avec Laurent Chabrun, Les policiers français sous l’Occupation, Éd. Perrin, 2001. – Stéphane Courtois, Denis Peschanski, Adam Rayski, Le sang de l’étranger. Les immigrés de la M.O.I. dans la Résistance, Fayard, 1989. – Site internet CDJC.

PHOTOGRAPHIE : Arch. PPo. GB 178

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