FOGEL Esther [née GAMEROW]

Par Daniel Grason

Né le 20 janvier 1901 à Wilne, Wilno, Vilnius (Biélorussie, Russie, Lituanie), morte en 1943 à Auschwitz (Pologne) ; mécanicienne en fourrure ; membre de Solidarité, de l’Union pour la résistance et l’entraide, puis du Travail allemand.

Esther Fogel
Esther Fogel

Cinquième de sept enfants Esther Garmerow naquit à Wilne, elle vint en France, travailla comme mécanicienne en fourrure. Elle épousa le 19 septembre 1925 à Paris Szlama Fogel, le couple demeurait 127 avenue Simon-Bolivar à Paris (XIXe arr.). Un enfant Thomas naquit en novembre 1925 à Paris (XIIe arr.).

La promulgation du statut des Juifs par le gouvernement de Vichy en octobre 1940 puis celui de juin 1941 plongea la communauté israélite dans de très grandes difficultés. Dès l’Occupation allemande, elle rejoignit l’association Solidarité qui deviendra l’Union juive pour la résistance et l’entraide (UJRE). En 1941 elle entra au Travail allemand (TA), un militantisme très dangereux qui consistait à distribuer des tracts en allemand. Ces libelles ronéotés étaient jetés par-dessus les murs d’enceinte des casernes, sur les banquettes des cafés, glissés subrepticement dans les poches des vêtements des militaires de la Wehrmacht accrochés à des porte-manteaux.

Elle fut arrêtée le 23 mars 1943 à 6 heures du matin lors d’une opération conjointe de la BS2 et de la BSi du commissariat de Puteaux (Seine, Hauts-de-Seine), en même temps que son mari dans une planque de l’organisation 8 rue du Docteur-Potain à Paris (XIXe arr.). Dans leur logement les policiers saisissaient des documents et des journaux ronéotés en allemand et en italien. Le même jour, à la même heure 62 autres militantes et militants de la M.O.I étaient interpellés dont Henri Krasucki.

Emmenée dans les locaux des Brigades spéciales à la préfecture de police, elle fut ensuite internée au camp de Drancy réservé aux juifs. Esther était dans le transport n° 55 de 1058 déportés en compagnie de son mari Szalama et de son fils Thomas qui partit le 23 juin 1943 à destination d’Auschwitz. L’armée Soviétique libéra le camp le 27 janvier 1945, sur les 1058 femmes et hommes de ce convoi, 72 avaient survécus dont 37 femmes, les trois membres de la famille Fogel étaient morts.

Les 18 et 19 mars 1945 Lucien Bizoire, ex-commissaire principal de Puteaux, puis chef de la 3ème section des Renseignements généraux comparut devant la cour de justice. Il dégagea sa responsabilité sur la BS2, l’un de ses oncles, général, sous-chef d’État-Major certifia que son neveu était « tout ce qu’il y a de plus antiallemand », qu’il avait rendu des services à un réseau de résistance dont lui-même était membre. Humour noir involontaire, un colonel, chef du 2ème bureau assura que Bizoire lui avait « fourni des renseignements sur la police française et allemande en ce qui concerne la répression des patriotes ».

Le Commissaire du gouvernement déclara que l’adjoint à la tête de la BS2, Pierre Gautherie : « Cent fois plus coupable » que Bizoire « a été gracié par le Général de Gaulle que je considère comme le premier Résistant de France ; je ne passerai pas outre, car il y aurait injustice et je demande une peine de travaux forcés à perpétuité ». Puis s’adressant à Bizoire, il lui lança : « Il faut que vous portiez le poids de votre châtiment jusqu’à votre dernier souffle ». Après délibération, la Cour condamna Lucien Bizoire à cette peine et à l’Indignité nationale.

Membre de la Jeunesse juive, militant de la Main d’Œuvre immigrée, Henri Krasucki déporté à Auschwitz dans le même convoi, il fut affecté dans un camp de travail dans les mines de charbon à Jawischowitz, il rentra à Paris le 28 avril 1945. Il témoigna dans le cadre d’une commission rogatoire sur l’activité de Lucien Bizoire. Il le reconnut sur photographie, déclara : « Il m’a brisé un nerf de bœuf sur les reins et a montré une satisfaction évidente en ajoutant même que j’avais les reins solides ». Il porta plainte contre Bizoire et une dizaine de tortionnaires.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article173681, notice FOGEL Esther [née GAMEROW] par Daniel Grason, version mise en ligne le 6 juin 2015, dernière modification le 9 juillet 2020.

Par Daniel Grason

Esther Fogel
Esther Fogel

SOURCES : Arch. PPo. KB 10, 77W 327, BA 1849. – David Diamant, Par-delà les barbelés, 1986. – David Diamant, Combattants, héros et martyrs de la Résistance, Éd. Renouveau, 1984. – Jean-Marc Berlière avec Laurent Chabrun, Les policiers français sous l’Occupation, Éd. Perrin, 2001. – Stéphane Courtois, Denis Peschanski, Adam Rayski, Le sang de l’étranger. Les immigrés de la M.O.I. dans la Résistance, Fayard, 1989. – Site internet CDJC.

PHOTOGRAPHIE : Arch. PPo. GB 178

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