BOUCHACOUR Roger

Par Daniel Grason, Jean-Pierre Ravery

Né le 29 décembre 1903 à Villefranche (Rhône) ; fusillé le 10 avril 1942 au Mont-Valérien, commune de Suresnes (Seine, Hauts-de-Seine) ; ajusteur ; militant communiste et résistant.

Roger Bouchacour
Roger Bouchacour
Photographie fournie par son neveu à Jean-Pierre Ravery

Fils de Philippe et de Marie-Louise, née Monnier, Roger Alexandre Bouchacour était le deuxième enfant d’une famille d’agriculteurs installée à Decines (Rhône). Les Bouchacour quittèrent le milieu rural pour Argenteuil (Seine-et-Oise, Val-d’Oise).
Après un certain temps, la famille revint s’installer dans le Beaujolais. Elle exploita un café rue de la Quarantaine à Villefranche, à deux pas des usines Marduel et Mulsant. Roger Bouchacour était resté à Argenteuil et travailla comme ajusteur dans l’usine automobile La Lorraine. En visite chez ses parents, il fit la connaissance de Marcelle, Claudia Buet née le 29 janvier 1911. Le mariage eut lieu en septembre 1932. Puis le couple s’installa à Argenteuil, 110 rue de Paris (aujourd’hui rue Maurice-Utrillo). Ils n’eurent pas d’enfant.
Roger Bouchacour était un homme de haute stature. Sportif il participa à des courses cyclistes. Le club « Argenteuil sportif » le récompensa en 1928 et 1930. Selon une mention gravée sur une médaille, il devint directeur sportif du club en 1931 et le resta jusqu’en 1936.
Roger Bouchacour était décrit par ceux qui l’ont connu comme un homme gai, farceur et bricoleur. Il était très estimé de sa belle-famille chez qui il vint passer ses congés.
En juin 1936, il fut l’un des responsables du syndicat CGT de l’usine La Lorraine d’Argenteuil.
Après la déclaration de guerre et l’interdiction des organisations communistes, il fut mobilisé à Caen. De là, il fut expédié à Ouargla dans le Sahara à 500 kilomètres au sud d’Alger. Malade, il fut démobilisé en août 1940 et dut résider en zone libre chez ses beaux-parents. Il rejoignit clandestinement Argenteuil.
Au cours du mois de juillet 1941, Roger Bouchacour rencontra un militant qu’il avait connu à l’entreprise La Lorraine à Argenteuil (Seine-et-Oise, Val-d’Oise). Celui-ci lui demanda de s’occuper des Comités populaires, il accepta, transporta des ramettes de papier. Il fit connaissance avec Daniel Baron qui travaillait depuis avril 1939 chez Willème à Nanterre, l’entreprise fabriquait des camions poids lourds. Il rencontra deux autres militants, l’un travaillait chez Simca à Nanterre, l’autre chez Lobstein à Colombes (Seine, Hauts-de-Seine).
Sous l’impulsion de Félix Pozzi, de Sannois (Seine-et-Oise, Val-d’Oise) celui-ci était un ancien combattant des Brigades internationales, ex-militant syndicaliste CGT et communiste de chez Goodrich (Kléber-Colombes) à Colombes. Sous son impulsion des militants diffusaient la propagande clandestine dans une douzaine d’usines de Nanterre, Colombes, Courbevoie, Boulogne-Billancourt et Courbevoie, ainsi que dans les villes de Carrières-sous-Poissy, Houilles, Cormeilles-en-Parisis, Saint-Cloud, Bezons et Nanterre.
Il fut arrêté le 17 septembre 1941 pour avoir distribué un tract du Parti communiste clandestin devant l’usine de camions Willème. Roger Bouchacour fut inculpé pour « aide à l’ennemi, activité communiste », détenu plusieurs jours dans les locaux du commissariat. Il fut livré aux autorités allemandes et incarcéré à la prison de la Santé.
Le 24 mars 1942, le tribunal du Gross Paris siégea, 11 bis Rue Boissy-d’Anglas, à Paris (VIIIe arr.). Le commissaire de Puteaux et un brigadier témoignèrent à charge contre les inculpés. Treize condamnations à mort furent prononcées, dont celle de Roger Bouchacour pour « intelligence avec l’ennemi ». Le 10 avril 1942, il fut passé par les armes au Mont-Valérien. L’abbé allemand Stock dit dans son Journal de guerre, « La plupart des communistes moururent en criant : "Vive le Parti communiste ! etc." » Voir Félix Pozzi.

Inhumé au cimetière parisien d’Ivry-sur-Seine (Seine, Val-de-Marne), il a été après la guerre ré-inhumé au cimetière communal d’Argenteuil, son nom a été inscrit sur le monument aux morts. Une cellule du PCF prit son nom. Roger Bouchacour a été homologué FFI.
Le commissaire et le brigadier de Puteaux furent jugés. Le quotidien Franc-Tireur rendit compte du verdict du commissaire B... et titra « Un tortionnaire qui s’en tire à bon compte ». Le journaliste soulignait les liens familiaux du commissaire Lucien B..., neveu de d’ex-directeur de la police judiciaire, ex-maire du IVe arrondissement de Paris sous Vichy, des liens de parenté également avec un général. Le général de Gaulle venait de gracier Pierre Gautherie, adjoint du commissaire de la BS2. Le commissaire Lucien B... sauva sa tête, il fut condamné aux travaux forcés à perpétuité et à l’indignité nationale. Les écrivains collaborationnistes Georges Suarez et Robert Brasillach avaient été condamnés à mort et exécutés, Franc-Tireur concluait : « On finit par se demander [s’ils] n’ont pas été victimes d’une erreur judiciaire ».

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article17378, notice BOUCHACOUR Roger par Daniel Grason, Jean-Pierre Ravery , version mise en ligne le 23 mars 2017, dernière modification le 18 septembre 2018.

Par Daniel Grason, Jean-Pierre Ravery

Roger Bouchacour
Roger Bouchacour
Photographie fournie par son neveu à Jean-Pierre Ravery

SOURCES : Arch. PPo. BA 1928, BA 2117, CB 90.31 (main courante du commissariat de Puteaux), KB 7, KB 10, KB 42, KB 44, KB 85, 77W 3124. – Bureau Résistance GR 16 P 76404. – DAVCC Boite 5-Liste S 1744-183/42 (notes de Thomas Pouty). – Renseignements fournis par son neveu, Maurice Ducrot. – L’Humanité, 28 au 29 octobre 1945. – Franc-Tireur, 20 octobre 1945. – La Renaissance de Seine-et-Oise, 3 novembre 1945. – Travail, journal de la CGT d’Argenteuil, avril 1946. – L’Humanité-Dimanche, 22 au 28 novembre 2007. – Sites Mémoire des Hommes. Franz Stock, Journal de guerre. Écrits inédits de l’aumônier du Mont Valérien, Cerf, 2017, p. 78. – Mémorial GenWeb.

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