KASMAN Boruch alias MANOUKIAN Nicolas

Par Daniel Grason

Né le 8 novembre 1908 à Otwock en Mazovie (Pologne), mort en 1943 à Auschwitz (Pologne) ; tailleur ; communiste ; militant de la Main d’œuvre immigrée (M.O.I.).

Fils de Srul et de Rosa, née Jakubowith, Boruch Kasman vint vivre en France, il épousa Rebecca Gamerow. Un enfant naquit, la famille vivait 57 rue de Lancry à Paris (Xe arr.). militant de la Main d’œuvre immigrée , il fut interpellé dans son domicile de refuge avec sa femme, 3 avenue des Chasseurs à Paris (XVIIe arr.).
Lors de la chute d’une trentaine de militants de l’organisation dont celle d’Henri Krasucki quelques auparavant des listes de noms avaient été saisies lors des perquisitions domiciliaires. Dans le domicile du couple Kasman les policiers saisirent des tracts du Parti communiste clandestin et une liste de souscription. Ils découvraient la carte d’identité de Maurice Berkovitz accompagné d’un acte d’état civil au nom de Sorel. Rebecca était chargée de « laver » la pièce d’identité en faisant disparaître la mention « Juif ». Le 30 mars au matin, les policiers arrêtèrent Maurice Berkovitz.
Les militants de la militant de la Main d’œuvre immigrée étaient interrogés, brutalisés, parfois torturés dans les locaux du commissariat de Puteaux (Seine, Hauts-de-Seine), puis par les hommes de la BS2 à la Préfecture de Police. Boruch Kasman interné au camp de Drancy sous le matricule 1070 était le 18 juillet 1943 avec sa femme Rebecca dans le convoi n° 57 de un millier de déportés à destination d’Auschwitz, 440 furent gazés dès l’arrivée au camp. Quand l’armée Soviétique libéra le camp le 27 janvier 1945 il ne restait que 43 survivants dont 16 femmes, Boruch Kasman était mort.
Les 18 et 19 mars 1945 Lucien Bizoire, ex-commissaire principal de Puteaux, puis chef de la 3ème section des Renseignements généraux comparut devant la cour de justice. Il dégagea sa responsabilité sur la BS2, l’un de ses oncles, général, sous-chef d’État-Major certifia que son neveu était « tout ce qu’il y a de plus anti-allemand », qu’il avait rendu des services à un réseau de résistance dont lui-même était membre. Humour noir involontaire, un colonel, chef du 2ème bureau assura que Bizoire lui avait « fourni des renseignements sur la police française et allemande en ce qui concerne la répression des patriotes. »
Le Commissaire du gouvernement déclara que l’adjoint à la tête de la BS2, Pierre Gautherie : « Cent fois plus coupable » que Bizoire « a été gracié par le Général de Gaulle que je considère comme le premier Résistant de France ; je ne passerai pas outre, car il y aurait injustice et je demande une peine de travaux forcés à perpétuité ». Puis s’adressant à Bizoire, il lui lança : « Il faut que vous portiez le poids de votre châtiment jusqu’à votre dernier souffle ». Après délibération, la Cour condamna Lucien Bizoire à cette peine et à l’Indignité nationale.
Membre de la Jeunesse communiste, militant de la militant de la Main d’œuvre immigrée, Henri Krasucki déporté à Auschwitz fut affecté dans un camp de travail dans les mines de charbon à Jawischowitz, il rentra à Paris le 28 avril 1945. Il témoigna dans le cadre d’une commission rogatoire sur l’activité de Lucien Bizoire. Il le reconnut sur photographie, déclara : « Il m’a brisé un nerf de bœuf sur les reins et a montré une satisfaction évidente en ajoutant même que j’avais les reins solides ». Il porta plainte contre Bizoire et une dizaine de tortionnaires.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article173866, notice KASMAN Boruch alias MANOUKIAN Nicolas par Daniel Grason, version mise en ligne le 11 juin 2015, dernière modification le 6 octobre 2019.

Par Daniel Grason

SOURCES : Arch. PPo. PCF carton 14 rapports sur l’activité communiste pendant l’Occupation, KB 10, BA 1849. – Bureau Résistance GR 16 P 317030 (non homologué). – David Diamant, Par-delà les barbelés, 1986. –Jean-Marc Berlière avec Laurent Chabrun, Les policiers français sous l’Occupation, Éd. Perrin, 2001. – Site internet CDJC.

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